Je devrais dire plutôt "fin provisoire". En effet, voilà maintenant dix mois que j'ai arrêté, ou plus exactement: que j'ai dû arrêter. Depuis plusieurs semaines, j'avais une gêne douloureuse en bas du ventre et en fin de journée, une grosseur assez conséquente. A Salons, j'ai consulté un médecin qui a diagnostiqué une hernie crurale qui nécessitait une opération (elle faisait 6cm). Il m'a vivement conseillé de m'arrêter et de rentrer chez moi pour me faire opérer. J'ai donc continué jusqu'à Cotignac et ai profité de la voiture de mes amis venus de Besançon pour rentrer. Je n'ai pas pris le temps de mettre à jour mon site tout de suite, d'abord parce qu'il m'a fallu une semaine pour "atterrir", retrouver mes marques, puis je suis reparti dans le tourbillon de la vie quotidienne qui m'a un peu fait oublier la mise à jour de mes récits. A la veille de repartir, je tiens quand même à le faire.
Mais revenons à l'endroit où je me suis arrêté, c'est à dire à Arles. Après une bonne nuit de repos, je commence ma journée en mettant à jour mon blog: Annie très gentiment m'a prêté son ordinateur. A midi, je vais en ville prendre un casse-croûte sur la petite place voisine, puis je vais visiter les monuments. Arles détient plusieurs vestiges romains en bon état de conservation ou bien restaurés. Je commence par les thermes de Constatin, puis je fais le tour du musée Picasso qui est dans un beau bâtiment, les arênes retiennent un moment mon attention car elles sont très grandes et belles. Un passage par l'amphitéâtre avant de visiter le cloître de St Trophime, puis je descends voir les crypto-portiques. C'est un ensemble très curieux de portiques construits par les romains pour supporter le forum et compenser le dénivellé du terrain. Après un petit tour dans l'espace Van Gogh, je me dirige vers les allées des Alyscamps et la chapelle St Honorat qui est le point de départ du chemin d'Arles. Lieu mythique immortalisé par Van Gogh. Je rentre vers 18h30, fatigué mais content de ma visite. Je trouve Annie en plein ouvrage de broderie, elle réalise des travaux magnifiques. Après avoir bavardé un moment avec elle, je prépare les trajets de mes deux journées suivantes. Annie est une excellente cuisinière, elle a préparé un succulent repas. Au cours du dîner nous avons des échanges et partages très profonds et sympathiques.
Après une très bonne nuit, je prends la route vers 8h à travers les rues d'Arles en direction de l'abbaye de Montmajour. C'est un ensemble magnifique. Je n'ai pas pu la visiter car elle n'était pas encore ouverte et je n'aurais probablement pas eu le temps d'en profiter vraiment. Vu la taille et la richesse apparente des bâtiments, on devine que ce devait être une abbaye très importante. Annie m'a parlé d'un hébergement à Mouriès, mais je n'en suis pas sûr, je trace donc sur une petite route très peu fréquentée. Je croise deux pélerins. Mon chemin coupe le tracé d'un acqueduc romain. A Paradou, pendant mon casse-croûte, j'appelle Mouriès sans succés Finalement je tombe après plusieurs appels sur une personne qui ne s'en occupe plus mais qui me donne les coordonnées d'un autre contact. Je tombe sur un répondeur. Je reprends le chemin et arrive finalement à Mouriès. Sur la porte du presbytère, je trouve les coordonnées de plusieurs contacts. Je passe plus de dix appels différents pour enfin tomber sur le diacre qui vient m'ouvrir...... la salle de cathé! pas de lit, pas de réchaud, rien....En fait, il n'y a pas de gîte! Comme il est trop tard pour que je reprenne la route, je m'en contente. Le diacre va me chercher un lit picot. La douche (froide) et le lavabo sont dans la cour. Après une douche bénéfique mais très rapide, je fais ma lessive comme d'habitude, mets à jour mes notes, prépare des itinéraires futurs puis vais prendre un repas dans un restaurant voisin. Lors de mon passage à Salvetat, Isabelle de Toulouse m'avait donné les coordonnées d'Yves Deroubaix de Salons, responsable de l'association Jacquaire locale. Je l'appelle pour trouver un gîte pour le lendemain et le rencontrer pour faire le point des gîtes futurs. Je tombe sur son épouse, membre aussi de l'association. Etant absents le soir, elle me propose de me trouver un gîte et de me rencontrer dans l'après-midi. Le lit picot étant assez dur, ma nuit est moyenne.
Je pars de bonne heure en prenant le chemin au plus court, ce sont de petites routes. Quand je passe à Cure-Bourse, je me rappelle que des cousins éloignés y vivent, mais je n'ai pas leur adresse et je ne me souviens plus où c'est. J'y étais venu il y a .... 36 ans! J'avise un conducteur du coin mais il ne connait pas tout le monde. Il ne peut me renseigner. Je continue donc jusqu'à Salons. Je m'arrête dans un jardin dans le centre ville pour manger mon sandwich. J'appelle Yves Deroubaix et je tombe sur sa femme, Michèle, qui me donne son adresse. Je la rejoins. Elle m'accueille très chaleureusement dans une superbe maison bâtie au pied d'un rocher avec une piscine en angle. Elle me donne une liste d'adresses pour les hébergements futurs. Je lui demande alors où est l'hôpital. Comme elle me demande pourquoi, je lui parle sommairement de ma gêne douloureuse dans le ventre, elle m'annonce alors que son mari est médecin et qu'il peut très bien m'ausculter. Elle est elle-même infirmière. Je ne pouvais pas mieux tomber! Au lieu de perdre mon temps aux urgences de l'hôpital j'accepte volontiers l'idée. Je lui explique un peu plus en détail mon problème, elle diagnostique une hernie, ce que je crégnais. Comme son mari n'est pas là et qu'elle l'attend, elle me propose de prendre une douche et de me baigner dans la piscine. Je prends une douche et quand je commence à laver mon linge, elle me le prends pour le laver en machine. A l'arrivée d'Yves, je lui explique mon problème, il m'examine et confirme la hernie. Il me conseille alors vivement de m'arrêter et de rentrer me faire opérer. Il accepte que je continue et fasse Cotignac, mais avec prudence. Ils m'invitent ensuite à partager leur repas. Nos échanges sont très sympathiques, intéressants et profonds. Nous parlons entre autre du chemin et de leurs engagements dans la région, de leur chaîne d'accueil. Après une baignade, ils me font visiter leur maison puis Michèle m'emmène chez Maurice qui m'hébergera ce soir. Son accueil est très sympathique, nos échanges intéressants, mais si Michèle et Yves étaient intéressés par le côté foi du Chemin, ce n'est pas le cas de Maurice. Il me montre sur Google le tracé du chemin. Je le relève sur mon GPS. La nuit est très bonne et réparatrice.
Après le petit-déjeuner, Maurice m'accompagne jusqu'à la sortie de la ville pour me mettre sur le chemin. Lors de la traversée, il me montre un peu le coeur de la vieille ville. Nous marchons d'un bon pas et il me quitte à l'entrée de la Via Aurélia, après l'autoroute. Je passe devant une borne milliaire. Le chemin est tout droit, il suit une ancienne voie romaine. A partir d'Eguille, je suis un chemin forestier ombragé et agréable en ce temps chaud. A l'entrée d'Aix, j'appelle Daniel qui, prévenu par Michèle, me donne son adresse, c'est à moins d'un kilomètre. Quand j'arrive chez lui, il n'est pas là, il est à un enterrement. Un maçon et ami qui travaille chez lui m'ouvre et m'installe. Douche, lessive et repos. A son arrivée, Daniel m'emmène faire tamponner la crédanciale à la paroisse puis me fait faire un tour rapide de la vieille ville et me fait voir en particulier la cathédrale. Ma visite est rapide car il y a une messe, mais j'ai un rapide aperçu. Elle est très curieuse et superbe. Il y a un très beau baptistère. il faudra que je revienne la visiter en détail avec mon appareil photo, je l'avais laissé à la maison. Retour à la maison, apéros, repas bien arrosé, longue discussion sur le Chemin, l'Eglise, les prêtres.... A 22h30, je monte me coucher. La nuit est un peu difficile car le lit est court et le matelas un peu fatigué.
Daniel m'a gentiment préparé un casse-croûte pour la route. Avec son épouse, il m'ammène à la sortie d'Aix et laisse au bord de la route. Comme je n'arrive pas à joindre le gîte de Pourrière, je décide de ne pas y passer et de tracer jusqu'à St Maximin (39km). Je prends au plus court par la N7, je la quitte à Chateauneuf le Rouge pour suivre un charmant petit vallon. Je passe devant la stèle de Marius Caïus (ou plutôt le socle de...). Mais très rapidement je retrouve la N7. Arrivé à 16h45 à St Maximin, je vais visiter la cathédrale, très belle avec de belles stalles et le tombeau de Ste Marie-Madeleine, III° tombeau de la chrétienté.
Daniel avait appelé l'Office du Tourisme qui lui avait donné les coordonnées d'une chambre d'hôtes faisant un prix pour les pélerins. Je l'ai appelée à midi pour réserver. Comme c'est à 3.5km de St Maximin et compliqué pour y accéder, Isabelle l'hôtesse vient me chercher devant la cathédrale. Elle m'installe dans une jolie maison au milieu des bois. Comme elle va au spectacle de fin d'année de son fils, elle ne fait pas le dîner ce soir-là. Après la douche et la lessive, je repars donc à pied vers St Maximin. Au bout d'un kilomètre une voiture me prend et me dépose au centre ville. Je repère un restaurant vietnamien où je prends un excellent repas, avec des baguettes, ce qui me fait penser à mon amie malaisienne. Le repas à peine terminé, Isabelle m'appelle pour me proposer de venir me chercher. Elle me ramène donc au logis où je fais la connaissance d'un couple d'Italiens très sympathiques en vacances dans le gîte contigüe. Je me couche et passe une bonne nuit bien réparatrice.
Debout à 7h30, je prends un copieux petit-déjeuner avec Isabelle, très chaleureuse, qui m'interroge sur les motivations de mon pélerinage. Je lui porte témoignage sur ma conversion à La Salette et les dons reçus à Cotignac. Ce fut un moment de partage très profond, elle est touchée par cet échange.
Je pars ensuite en direction de St Maximin où je visite le cloître du couvent Royal et refais un tour de la cathédrale et prends un repas dans un restaurant sur le cours. Je fais ensuite les courses pour le pélerinage des pères de familles du week-end. Mon sac est bien rempli et plus lourd. Je prends la route pour Bras où je dois retrouver mes amis de Besançon. Comme il n'y a que 9km, je fais la route tranquillement d'autant qu'il fait très chaud. Depuis que j'ai quitté le sud-ouest, il fait chaud et c'est plus pénible de marcher. D'ailleurs, depuis St Gilles, je marche en sandales et ma foi, c'est très agréable. A un moment, trouvant une pieere à l'ombre je m'arrête et m'assoie.... Je bondis rapidement: je me suis assis sur une fourmillière de grosses fourmis rouges qui m'attaquent de partout et me mordent partout: cuisses, bras, cou..... Je me brosse rapidement pour tout enlever et je repars. Je m'arrête durant une heure dans un bar à Bras. Je fais un passage à l'épicerie pour acheter quelques fruits frais puis prends le chemin du bivouac. Le ciel est menaçant et sur la météo ils annoncent des averses orageuses, j'hésite entre continuer et chercher un local paroissial. Comme le gros nuage s'éloigne vers l'Est, je continue et quitte le village. A 750m du village, de grosses gouttes se mettent à tomber. Je fais tout de suite demi-tour mmais très vite cela se transforme en violente averse. Je m'arrête quelques minutes sous un arbre pour mettre la protection sur le sac, moi je suis déjà trempé. Je cours vers un abri bus peu étanche où j'attends la fin de l'orage. Quand cela se calme un peu, je reviens au coeur du village. J'avise un couple de personnes agées abritées dans l'entrée de leur garage. je leur demande s'il y a un local paroissial. Elles me répondent par l'affirmative et m'indiquent la personne qui s'en occupe. Heureusement elle est chez elle. Elle me répond que la salle n'est pas en état, mais je demande à la voir. Elle m'y emmène par l'église à laquelle elle est contigüe. Le local est vétuste, mais c'est mieux que la pluie et le sol détrempé. Je le prends et j'appelle Pierre pour le prévenir du changement puis j'ouvre la fenêtre et fais un peu le ménage. Je prépare ensuite mon sac pour laisser dans la voiture les choses inutiles pour les deux jours à venir. Je mets mon tee-shirt à sécher puis je vais commander une pizza pour le soir. Je profite de la sortie de la ventilation de la pizzeria pour me réchauffer et me sécher.
Quand arrive la voiture, ce sont des retrouvailles émues avec Pierre et Jean-louis. Nous tombons dans les bras les uns des autres: j'avais tenu mon engagement de les retrouver là, sur le chemin du retour pour marcher avec eux vers Cotignac. Nous prenons un repas copieux, célébrons complies puis nous nous couchons. J'avais trouvé un matelas pour Jean-Louis, mais il n'en a pas voulu, je l'ai donc récupéré ce qui fait que c'est un peu moins dur que le sol.
Après une nuit courte, nous prenons le chemin de Gigery, 30km dans la garrigue. A Brue Auriac, nous retouvons une paroissienne qui nous attend pour la messe à la chapelle du cimetière. Il fait chaud et Jean-Louis peine, il a quand même 71 ans! Je lui prête mes bâtons pour qu'il essaie. Cela semble bien l'aider car il les gardera durant les deux jours. Quand à moi, je me rends compte que je ne peux plus marcher sans les bâtons, je rame! Mais avec l'entraînement, 3500km quand même, je trotte comme un lapin. Comme il y a eu beaucoup de coupes avant Gigery, on se trompe un peu. Heureusement, mon GPS me permet de corriger rapidement la trajectoire.
Arrivé à Gigery, comme d'habitude, nous prenons notre douche froide sous le tuyau d'arrosage, cela fait beaucoup de bien par cette chaleur, puis lessive, repas, complies et couchage dans mon hamac tendu entre deux oliviers. La nuit est très fraîche.
Le lendemain nous reprenons le chemin traditionnel, mais à Ponteves Pierre est obligé d'arrêter, il a mal à la hanche et craint pour ses pieds. Jean-Louis qui la veille pensait arrêter décide de continuer. Avec Serge, nous montons d'une traite le Bésillon en 45 minutes. Marc nous rejoint 15 minutes après en disant que Jean-Louis peine et qu'il l'a laissé il y a une demie-heure pour une pause de 10 minutes. Je redescends donc à sa rencontre pour lui prendre son sac, mais au bout de 700m, je le trouve montant hardiment avec les bâtons. Il a regagné 10 minutes sur Marc. Nous faisons une bonne pause au col, puis nous redescendons sur notre lieu habituel de pique-nique où, à l'ombre des pins nous restons 2h30 pour un casse-croûte et une sieste. Nous repartons ensuite vers le monastère St Joseph où nous retrouvons Pierre qui a récupéré la voiture à Bras. Il nous prend les sacs et nous continuons sur Cotignac où, après un passage à la basilique, nous installons notre bivouac sous les arbres en contrebas du sanctuaire. Le soir, la messe nous réunit avec les autres pélerins de plus en plus nombreux. Après un repas frugal, nous rejoignons la basilique pour la veillée puis l'adoration nocturne, confessions, méditation. Moment profond que j'apprécie particulièrement depuis que je viens là, compte tenu des grâces que j'y ai reçues.
Le lendemain matin certains se rendent au sanctuaire St Joseph, d'autres restent, j'en suis. Puis nous participons à une belle messe avec les familles qui nous ont rejoints. Après un casse-croûte rapide nous reprenons la route vers Besançon. Cela me fait tout drôle de rentrer.
Je mets à peu près huit jours pour atterrir, retrouver mes habitudes. Je suis un peu "satellisé". Au cours du Chemin, j'ai rencontré des pélerins qui faisaient le Chemin pour la cinquième, vers huitième fois. Je me disais: "ho, je l'ai fait une fois, je ne le referai pas". Voilà maintenant dix mois que je suis rentré, mon emploi du temps était bien rempli, je ne me suis pas ennuyé, au contraire, j'ai goûté chaque instant, chaque rencontre, mais chaque jour j'ai revu des images de mon Chemin, j'ai repensé à des rencontres, des moments vécus, des paysages .... Je repartirai! Et déjà, cette année, entre août et novembre, je trouverai quelques jours pour finir ce que je n'ai pas fait: de Cotignac à Besançon en passant par ND du Laus et La Salette. Ce sera certainement en septembre. Mais c'est sûr, je le ferai cette année, à moins d'un empêchement indépendant de ma volonté.