dimanche 28 mars 2010

Conques à Condom

Mon récit précédent s'est terminé brutalement car étant à l'office du tourisme de Conques, j'ai dû m'arrêter brutalement au moment de la fermeture.

La nuit à Golinhac a été paisible. Comme durant la journée je ne dois pas traverser de village avec commerces, j'attends l'ouverture de l'épicerie pour acheter un casse-croûte. Le temps est superbe, un beau soleil réchauffe l'atmosphère. Le chemin jusqu'à Conques est plus facile que la veille. Arrivant à 15h30 à Conques, cela me donne le temps de visiter le trésor de la basilique et le musée, puis de squater l'ordinateur de l'office de tourisme afin de mettre à jour mon blog, et enfin de faire un tour dans le village. Cette petite cité médiévale est magnifique et bien restaurée. Je suis accueilli à l'abbaye par des hospitaliers bénévoles. Au repas, j'ai la bonne surprise de retrouver Alain qui arrive d'Estaing. Il n'est pas passé par Golinhac, il a pris une variante plus facile, mais a quand même fait près de 40km dans la journée. Le repas avec les hospitaliers est très sympathique, chaleureux. Les échanges sont riches. Comme chaque soir, nous échangeons des messages avec Caroline. Comme la liaison téléphonique n'est pas bonne, nous communiquons par sms:
- Caroline: "jcapte que dalle! on s'appelle 2m1 soir. A Conques jdevrais avoir du réseau! Ca sera plus simple. J'espère que tt va bien pr toi."
- moi: "Pour moi tvb. J'espère que tu n'en as pas trop bavé aujourd'hui. demain ce sera plus cool. conques est très joli. Alain est arrivé jusqu'ici. demain il ira probablement comme moi à Livinhac. A demain"
- Caroline:"Mais il est fou!! Il s'est fait plus de 40km dans la journée! Je suis fier de vous, vs avez un super rythme. Jvous appelle 2m1 pour faire le point"
Au cours de nos marches et de nos soirées dans les gîtes, nos échanges sont devenus de plus en plus profonds, créant entre nous une certaine complicité, une amitié. Alain et moi avons pris Caroline en affection, elle nous appelle ses petits papas.
Après une bonne nuit de repos, nous profitons de notre présence à l'abbaye pour bénéficier des laudes, puis de la messe. A l'issue, nous recevons de la part d'un des pères, la bénédiction du pèlerin devant l'autel de Ste Foy. Nous déjeunons ensuite avec les hospitaliers. Pendant qu'Alain visite un peu Conques, je passe à la poste pour m'alléger des vêtements d'hiver et je reprends le chemin. Il commence par une montée raide vers la chapelle Ste Foy qui nous donne une vue splendide sur Conques. Le temps est superbe et je prends mon casse-croûte de midi devant la chapelle St Roch de Noihlac. Jolie petite chapelle avec de beaux vitraux modernes mais chatoyants. Le chemin reste en crête jusqu'à Decazeville où la descente et la remontée sont rudes. Je fais étape chez "Corinne la pèlerine" (Dioscore) près de l'église St Roch. Comme elle était à Conques, nous l'attendons une heure au soleil avec Alain qui vient de me rejoindre. Nous avons des échanges profonds. Je lui relate l'agonie et le décès de mon père qui nous a beaucoup marqué par sa profondeur spirituelle. Quand Corinne arrive, nous allons prendre notre douche chez le curé d'en face car Corinne a des problèmes de douche. Elle nous fait un excellent repas bio et les échanges au cours du repas sont riches et profonds.
Le lendemain, nous faisons nos courses à Livinhac et nous reprenons la route chacun de notre côté. Mais avec nos arrêts respectifs, nous nous suivons de peu et nous retrouvons de temps en temps. Ces moments de solitude nous permettent chacun de réfléchir, méditer et prier. A midi, nous nous retrouvons au pied de l'église de St Félix, jolie petite église du XI° siècle très curieuse. Nous pique-niquons au soleil sur des bancs. L'après-midi nous cheminons ensemble jusqu'à Figeac. Là, Alain va visiter le musée Champolion, très intéressant, pendant que je fais un tour dans les ruelles moyenâgeuses et à l'église St Sauveur qui a une superbe chapelle avec des boiseries peintes représentant des tableaux de la bible. Je prends ensuite le chemin qui remonte sur le plateau par le "Cingle". J'y rencontre deux jeunes élèves de terminale. Ils m'offre gentiment du chocolat et nous échangeons pendant un moment bien sympathique. Je reprends ensuite jusqu'à la Cassagnole où Alain me rejoint. Nous sommes chaleureusement accueillis par Marie-Claude qui nous installe dans un gîte avec coin cuisine. Pendant que je lance la lessive avec elle, nous avons ensemble un échange profond. Alain et moi achetons quelques provisions et nous préparons notre dîner que nous partageons en échangeant. Alain fait peu à peu un cheminement intérieur qui l'émerveille. Par téléphone nous avons Caroline qui nous suit une étape derrière et nous convenons de nous retrouver à Moissac d'où ils partiront ensemble pour Paris.
Après une nouvelle nuit de repos, nous repartons à travers le plateau du Quercy sec et désertique. Nous apercevons de nombreuses casettes (huttes de bergers en pierre) et quelques dolmens. Je n'ai pas suivi le chemin que j'ai préparé, mais le GR et je le regrette. Nous arrivons au dessus de Cajarc avec une jolie vue sur la ville. Nous passons par la poste où je m'allège encore un peu, le temps étant de plus en plus beau et chaud. Nous nous installons au gîte municipale qui est propre et confortable. Quelques courses nous permettent de faire quelques provisions pour notre dîner et notre déjeuner du lendemain. Nous échangeons encore et je suis touché de voir l'émerveillement d'Alain à se laisser transformer et cheminer.
L'étape du lendemain nous amène à travers de longues forêts et des chemins bordés de murs de pierre jusqu'à Vaylats au couvent des Filles de Jésus. Après la douche, lessive et courses, nous suivons les vêpres de 18h puis nous partageons le souper avec les soeurs et un hospitalier bénévole qui est là en convalescence.
Le lendemain, nos routes se séparent car je file vers Cahors alors qu'Alain coupe en direction de Lascabanes. J'arrive à Cahors vers 14h30 et galère un peu pour trouver un hébergement car beaucoup sont fermés. L'office de tourisme me trouve quelque chose au foyer des jeunes travailleurs. Ma soeur Hélène arrive par le train et nous nous retrouvons. Après notre installation et ma douche, nous faisons une petite visite de la vieille ville puis nous allons à la messe à l'église St Barthélémy. Nous dînons dans une brasserie avant de rejoindre le foyer.
Après une bonne nuit de repos nous prenons le chemin de Lascabanes sous un ciel plutôt humide. Nous passons par le pont de Valendré, superbe! En arrivant en haut de la côte nous sommes obligés de nous couvrir de nos ponchos. Le chemin a été modifié pour passer devant un gîte et c'est là que nous voyons que les GR ont un côté économique plus que de tradition. En passant par ce gîte, comme nous cherchions des toilettes, nous sommes gentiment invités à boire un café. Le chemin est boueux, nous marchons sous le vent et la pluie. A midi, nous nous abritons sous un porche d'école pour casser la croûte. Comme nous sommes près d'un bureau de vote, plusieurs citoyens passent bavarder un peu avec nous. Nous repartons mais le temps se lève un peu, la pluie s'arrête. Hélène marche à son rythme et je règle le mien sur le sien. A deux kilomètres de Lascabanes, elle commence sérieusement à fatiguer. Là, Caroline qui a suivi le même chemin qu'Alain nous rejoint. Nous arrivons au gîte où nous nous installons. Après la douche, à 18h, nous sommes accueillis à l'église par le père Kerveillant, prêtre ouvrier de la mission de France, ermite à Lascabanes, veilleur sur le chemin. Il nous accueille par le lavement des pieds, comme le Christ, et l'eucharistie. C'est un moment assez fort. Nous retrouvons ensuite l'hôtesse du gîte avec son doux sourire. Elle nous a préparé une excellente soupe et un poulet au vinaigre succulent. Après le repas, je passe un moment à échanger avec Caroline qui elle aussi chemine intérieurement.
Le lendemain, nous démarrons tous les trois ensemble, mais à un moment, Caroline bifurque vers Moncuq alors qu'Hélène et moi continuons sur le plateau. Comme elle fatigue vite, je prends un raccourci et évite les dénivelés. Le temps est variable, mais nous évitons la pluie et le temps s'améliore peu à peu. A midi nous retrouvons Caroline près de Montlauzun. Nous déjeunons avec un chien très gentil mais un peu collant. Il se couche souvent sur les pieds douloureux d'Hélène. L'après-midi nous continuons ensemble et à quatre kilomètres de Lauzerte, Alain arrive à notre rencontre. Après avoir avancé un peu, il a fait demi-tour pour nous rejoindre. Nous arrivons au gîte de Lauzerte où Bernadette et Michel nous accueillent. Le gîte est superbe, luxueux. Hélène étant arrivée épuisée, Michel lui propose de l'emmener un bout de chemin en voiture le lendemain. Il nous emmène visiter des caves de Lauzerte qui ont servi de carrière lors de la construction de la ville. Nous dînons avec nos hôtes, très accueillants et plein d'histoires sur le chemin et les pèlerins. Nous passons une excellente soirée.
Au matin, nous laissons Hélène pour faire les dix premiers kilomètres qui ne sont que montées et descentes. Michel avait bien vu, Hélène aurait vite été épuisée. Parti sous le soleil, nous trouvons la brume dans une vallée, elle nous quitte à Duffort la Capelette où nous retrouvons Hélène. Après un pique-nique au soleil près d'une chapelle, nous marchons ensemble jusqu'à cinq kilomètres de Moissac en échangeant de temps en temps deux par deux. Là, Hélène sentant venir la fatigue, nous interpellons une voiture qui par chance va à Moissac. Le chauffeur la prend en charge et la dépose à la gare où nous la retrouvons une heure après. Hélène a décidé de rentrer à Paris avec Alain et Caroline. Nous nous installons au gîte Ultrëia tenu par Rom, un Irlandais qui après avoir fait le chemin et vécu la maladie de sa femme a décidé de changer de vie. Au cours du repas, les échanges sont riches et profonds.
A 6h15 le lendemain matin, mes trois compagnons embarquent dans un car qui les amène à Agen au TGV de Paris. Après ces quinze jours, je me sens un peu seul. Nos échanges ont été tels que des liens se sont noués et je suis heureux d'avoir pu assister au cheminement intérieur de mes deux compagnons. Je suis aussi heureux d'avoir pu marcher un peu avec Hélène. Cette nouvelle journée est un peu rude du fait de la solitude et du macadam sur une bonne partie du chemin. J'arrive à Flamarens chez Isabelle et Xavier. C'est Nadine qui m'accueille. ce n'est que vers 20h que mes hôtes arrivent. Le repas du soir avec échanges est sympathique et me fait un peu oublier la solitude. Nous nous séparons après la prière familiale pour aller dormir. C'est le lendemain matin juste avant mon départ que j'ai un partage un peu plus profond avec Isabelle. Le chemin est un peu plus court que la veille car les gîtes suivant étant fermés, je m'arrête à Lectoure, ce qui me permet de visiter la cathédrale et la ville qui ont un cachet particulier. Je m'arrête dans un gîte où il n'y a pas de chauffage ni de repas. Je me fait un repas rapide et me couche rapidement. Cela accentue le sentiment de solitude.
Comme le lendemain mon rendez-vous avec mes amis Michèle et Philippe est à 20h à Condom, je fais le détour par La Romieu où je visite l'abbatiale et le cloître sous un beau soleil. Comme je suis arrivé à midi, je m'offre un petit repas dans le petit restaurant Angeline, sur la place du village. L'hôte est très sympathique et me raconte la légende des chats d'Angeline. Quand j'arrive à Condom vers 18h, je file à la cathédrale pour la visiter ainsi que le cloître. Elle est magnifique et mérite elle aussi le détour. En attendant l'heure du rendez-vous je m'abrite dans un café.
Vers 20h15, mes amis arrivent et m'emmènent chez eux. J'y passe deux jours de repos qui me font beaucoup de bien et me permettent de les retrouver. Le dimanche soir ils me ramènent à Condom pour que je reprenne la route demain matin. Ce n'est que dans un petit hôtel que je trouve un gîte, car tout est fermé.

lundi 15 mars 2010

Reprise du chemin

Après trois jours de repos à Montbrison, temps passé entre autre à échanger sur le chemin avec mon amie, j'ai téléphoné pour réserver les trois premiers gîtes. Les hôtes m'ont vivement déconseillé de partir, le chemin est impraticable avec plus de 50cm de neige et des congères, le bord des routes est tout aussi impraticable avec les rejets de chasse-neige. Je suspends donc la reprise en retournant trois semaines à la maison. Ce qui me permet de profiter un peu de mes enfants et petits-enfants car Florian est venu passer quelques jours à la maison avec sa petite famille, et Amandine et Luc ont fêté le premier anniversaire de Gabin.
Le 8 mars, la météo étant un peu plus favorable, je rejoins Le Puy qui est quand même sous la neige. Un petit tour dans la ville et la cathédrale me permet de la découvrir un peu.
Le lendemain une messe à 7h à la cathédrale avec bénédiction de pélerins démarre ce nouveau tronçon. Nous sommes trois à assister à cet office: Alain 64 ans, Caroline 23 ans et moi. Spontanément nous prenons la route ensemble. La montée se fait dans la neige sous un ciel plutôt favorable. Nous cheminerons ainsi jusqu'à St Privat où nous avons retenu au gîte de Jean-Marc et Marie. Nous découvrons un accueil chrétien très chaleureux. Finalement, nous sommes 7 pélerins dans ce gîte. Nous passons une soirée très sympathique. Le lendemain, le temps est couvert avec un peu de neige virevolatant. Nous traverserons des paysages splendides sous le blanc de la neige, mais dans l'ensemble le chemin est praticable. Nous faisons étape au Falzet. Le gîte est normalement fermé, mais les hôtes nous accueillent très gentiment avec un excellent repas. Alain, Caroline et moi avons continué ensemble. Un germain très "teuton" s'est aussi arrêté au même gîte. Nous éviterons de continuer avec lui car son esprit critique est difficilement supportable. Après une bonne nuit, nous repartons sous la neige avec un ciel encore plus bas. La montée sur la chapelle St Roch se fait dans une neige épaisse. Après le col, le ciel se dégage un peu et le paysage change. Nous allons jusqu'à Aumont Aubrac. Nous allons au gîte de la ferme du Barry où nous faisons connaissance d'autres pélerins: Isabelle et Xavier.
Au réveil, le temps semble un peu plus clément. En fait, le soleil arrive peu à peu et la traversée de l'aubrac se fait sous un beau ciel bleu. Nous sommes par contre obligés de suivre un peu la route car la neige a fait de gros congères entre les murs du chemin. Nous cheminons ainsi jusqu'à Nasbinals.
Après une bonne nuit au gîte nous repartons sous le soleil. La montée sur le col de l'Aubrac est superbe avec ses champs de neige. Nous sommes obligés de passer par la route car la neige fait plus de 80cm avec de nombreux congères. Nous passons à Aubrac sous le soleil et la neige soufflée par un vent glacial. nous ne nous y éternisons pas et redescendons par la route jusqu'à Belvezet où nous reprenons le chemin. La neige a disparu et le temps est printannier. A St Chély d'Aubrac, Caroline et Alain décident de s'arrêter. Caroline souffre d'un genoux et Alain est fatigué. Pour ma part, je continue jusqu'à St Côme d'Olt où je suis très gentiment accueilli au couvent de Malet.
Dimanche, tranquillement, je prends la route en flânant dans St Côme, joli petit village médiéval fortifié. En longeant le Lot, j'arrive à Espalion pour la messe de 10h30. Je reprends la route ensuite jusqu'à Estaing puis je monte à Golinhac. Ce tronçon est rude est la journée longue. J'arrive enfin au bout du chemin, mais tout est fermé. J'ai la chance de rencontrer la future gérante du camping qui m'ouvre le gîte du camping. Un repas très frugal: sachet de soupe, pâtes et abricots secs, puis dodo. (mon récit se termine brutalement car je suis à l'office du tourisme de Conques et c'est l'heure de fermeture)

vendredi 12 février 2010

Saint Jacques de Compostelle, c'est parti

Depuis longtemps je parle de faire le pélérinage de Saint jacques de Compostelle. Voilà, c'est parti! Le 26 janvier au soir, à la Chapelle du Refuge, à l'Hôpital St Jacques, notre curé bénit mon pélérinage en présence de quelques amis. Le lendemain matin, de bon coeur, je pars. Amandine est venu avec Gabin me dire au revoir avec Clothilde. Il fait froid (-4°C), mais le temps est sec. Il y aura même un peu de soleil dans la journée. A hauteur de la Sécurité Sociale, Gaby Vieille, un ami de l'association m'apperçoit et m'accompagne quelques mètres en me souhaitant bonne chance. Dans la journée, je marche d'un bon pas, mais ne sentant pas la soif, je ne pense pas à boire. Vers 16h, deux kilomètres avant l'abbaye d'Acey, une violente douleur à la hanche gauche me prend et je termine les 33km de trajet difficilement. Bien que l'hôtellerie soit fermée à cette époque, les moines m'accueillent gentiment et m'hébergent à l'hôtellerie des familles. Ils sont à mes petits soins. La douleur étant si violente, j'ai le moral à zéro, j'appelle Clothilde pour lui dire que je serai peut-être obligé de lui demander de venir me chercher afin de me faire soigner. Comme la communication passe mal, nous sommes coupés. Elle appelle mon Ostéopathe qui lui donne quelques conseils et Clo m'envoie un gentil sms pour me les transmettre et m'encourager. Je bois beaucoup au cours de la soirée, mais je passe une nuit épouvantable, ayant du mal à trouver une position. Je m'endors finalement et au matin, cela va mieux. Je repars doucement et je pense à boire très souvent. Il fait froid, c'est gris, il neige à petits grêlons. Je traverse la campagne désertique dans le froid et la neige pour arriver à Lamarche/Saône (28Km) où je trouve une chambre d'hôtes bien accueillante. L'hôtesse me lave gentiment mon linge que je reparts le lendemain dans de bonnes conditions. Je soigne mes pieds car depuis Acey, j'ai quatre ampoules à chaque pied. Je n'ai pas souffert de ma hanche, mais la nuit, je la sens.
Il neige pendant la nuit et je pars donc dans la neige. Je traverse une forêt blanche, calme, silencieuse. Seul le crissement de mes pas dans la neige et le tac tac de mes bâtons rompent cette sérénité. La neige devient plus dense et humide. Dans la matinée, dans les bois, sous la neige j'appelle le notaire de mon père car je souhaite le voir au passage à Dijon. comme il ne sera pas disponible, nous traitons par téléphone, sous la neige...., mais nous prenons rendez-vous pour 18h à Talant. Vers 16h, j'arrive à Chevigny st Sauveur (25km) où j'avise un bureau de poste. Je me soulage de deux kilos de matériel que je renvoie à la maison: déodorant, dentifrice, crème de rasage, et divers autres bricoles pas lourdes mais qui au final font leur poids. En sortant j'avise un arrêt de bus et vois que la ligne va à Talant. Afin d'être au rendez-vous après avoir fait quelques courses, je prends le bus. La traversée de Dijon ne présente pas d'intérêts. Ma soeur Hélène m'y rejoint avec son mari, ils sont à Dijon pour le week end. Je passe une soirée sympathique avec mes deux nièces qui occupent la maison de mon père. Dans la soirée j'ai quelques nouvelles de mon entreprise, c'est la catastrophe! Ils sont au chômage technique et ils parlent de dépôt de bilan! Je penserai à eux souvent durant ce pélérinage car ils en auront bien besoin.
Après une nuit difficile, je reprends la route en direction d'Uncey. Le temps alternera entre la chute de neige et le soleil. Je longe le canal jusqu'à Pont de Pany, puis attaque la montée sur Sombernon sous une tempête de neige. La redescente sur Uncey est un peu longue mais il ne neige plus. J'arrive de nuit vers 19h après 42km. Ouf! Ma hanche ne me fait pas souffrir, mes pieds, couçi couçà! Chaque nuit, c'est la même chose, le début est pénible et les douleurs se calment vers 1h du matin. Comme Hélène et Jean-Marie ont prévu de passer, je les attends le lendemain matin. Je ne me mets en route que vers 11h. Comme j'ai perdu un peu de temps, Antoine me dépose près de St Thibaut. Cela m'évite la traversée de la montagne. Je fais quand même 21km jusqu'à Aisy sur Thil. Je m'arrête dans une chambre d'hôtes dont l'hôte est très sympathique mais très bavard... Je revois mon itinéraire sur Vézelay car cela va être la traversée du Morvan.
Départ huit heures pour attaquer la traversée des forêts morvandelles sous la neige et le silence. Les montagnes noires sont silencieuses et désertes. Quelques écureuils gambadent de temps en temps. Seul le crissement de mes pas et le tac tac de mes bâtons rompent cette quiétude. Ce désert humain est paré d'une beauté sauvage. La neige cache tout et couvre le sol d'un beau linceul immaculé. Cette beauté étreint l'âme et incite à la méditation. Il neige un peu, mais cela ne me gêne pas, mes vêtements me protègent bien. Ma hanche va bien, mon pied gauche aussi, par contre le droit me chagrine de plus en plus. Une plaque de glace me fait faire un salto non contrôlé et je tombe sur le côté droit. J'en ai le souffle coupé.
J'arrive enfin à l'abbaye de La Pierre qui Vire (27km). Les moines m'y accueillent gentiment et me donnent une chambre chaude et confortable. A 17h30, je retrouve avec plaisir la chapelle que j'ai connu en 1973 au cours d'une retraite de discernement. Le monastère a bien changé depuis, mais il y règne toujours ce calme, cette paix, cette sérénité, ce silence... Les psaumes bien cadencés et chantés par les moines apaisent et incitent à faire silence en soi.
Quand je soigne mes pieds, je constate que mon pied droit me fait mal parce qu'une ampoule s'est infectée. Je décide donc de rester 24h ici. Un temps de retraite fera du bien.
Quand je marche, mes pensées naviguent. Je prie, je médite les intentions que je porte, les miennes et celles que l'on m'a confiées. Ces temps de prières me rappellent les moments que nous avons passé ensemble au chevet de mon père et cela me rapproche de chacun et de lui en particulier. Mais mon pied me chagrine et occupe un peu trop mon esprit. Je surveille mon cap grâce à mon GPS que j'apprécie, car cela n'est pas évident de savoir où l'on est surtout au milieu de ces forêts noires et sauvages.
Je passe donc une journée de calme à l'abbaye, participe aux offices et bénéficie de la messe quotidienne. Le reste du temps, je me repose dans ma chambre en lisant un livre sur Ste Thérèse de Lisieux que j'ai emprunté à la bibliothèque.
La cicatrisation de mon pied se fait rapidement et le lendemain, je repars vers Vézelay. Cette nuit, la pluie est tombée et le vent a bien soufflé. Une bonne partie de la neige a fondu. Après avoir suivi pendant un temps le torrent de Trinquelin, je reprends les petites routes sinueuses du Morvan. Aujourd'hui, le temps est à la pluie et au vent. Mon pied va bien et j'arrive vers 16h à la basilique où les frères m'accueillent (36km). Je redescends à l'entrée du village vers le gîte. Au passage, je fais quelques courses pour le soir et le pique-nique du lendemain et je vais à l'office du tourisme demander les hébergements vers Nevers. A 18h je remonte à la basilique pour les vêpres et la messe. A 19h30, je redescends manger, soigner mes pieds, laver mes affaires et dormir.
Après une nuit à peu près correcte, je reprends la route en direction de Nevers. je m'affranchis du tracé St Jacques car j'ai vu qu'il faisait beaucoup de détours. Je trace donc au plus court, selon mon itinéraire. Je traverse des campagnes désertiques. Le temps est relativement beau et j'ai vite chaud. Je marche donc en polo. Vers 17h30, j'arrive à l'hébergement après Corbigny (34km). C'est un couple qui pratique l'accueil pélerin. Ce sont des gens charmants, très accueillants et d'une gentillesse qui touche profondément. Tout en ayant une profession dans le service des eaux, il est diacre et sa femme est responsable diocésaine du cathéchisme. Leur accueil est une véritable leçon d'accueil chrétien. Je passe un moment très chaleureux avec eux que je ne suis pas prêt d'oublier.
La nuit est bonne et réparatrice même si comme chaque nuit ma hanche me taquine ainsi que mes côtes. Je reprends la route vers Premery. Le matin, il pleut à verse et mon pantalon est trempé, mais cela ne traverse pas. Avec mon poncho, je me sens protégé. Le temps s'améliore dans l'après-midi et je peux de nouveau marcher en polo malgré le froid. A Premery (33km), je suis accueilli au restaurant des 4 saisons par un couple très gentil qui m'ouvre leur accueil pélerin et leur restaurant alors que c'est normalement fermé le soir. Je peux donc dormir au chaud et prendre une bonne douche comme chaque soir. Le repas du soir est même un vrai régal.
La nuit fut moyenne car j'ai dormi sur un convertible au confort relatif. Aujourd'hui samedi, j'offre ma journée pour l'une de mes intentions. Cette journée est pénible. Il pleut toute la matinée, ce n'est que dans l'après-midi que le temps se lève un peu. Mes pieds et mon dos me font mal. En arrivant à Nevers (30km), je passe à l'office du tourisme. Il n'y a ni cybercafé ni informatique sur Nevers pour mettre à jour mes cartes dans mon GPS. C'est le trou! Je trouve un hébergement confortable à St Gildard, le couvent où repose Ste Bernadette. Je passe un moment prier près d'elle puis je file en ville faire quelques courses. A 18h je peux suivre une belle messe en ville, très priante. Après un bon dîner à St Gildard, je passe une bonne nuit, mais mes jambes sont lourdes.
Dimanche, je rejoins St Pierre le Moutiers par une belle journée. je peux marcher en polo. Le ciel est couvert, le temps froid mais c'est supportable. J'offre cette journée à une personne paticulière. Dans la matinée, j'ai un appel me demandant de prier pour cette même personne, le "hasard" fait bien les choses. J'arrive à destination vers 16h30 avec deux ampoules au pied droit, toujours le même (33km). Une chambre d'hôte me permet de me reposer.
N'ayant pas trouvé d'hébergement pour le lendemain, je trace jusqu'à Souvigny (39km) où il y a un monastère. Le temps est correcte, comme la veille, mais un peu plus froid. Je marche quand même en polo. Au monastère il n'y a plus de place et ils sont en EJP, il n'y a donc pas de douche. Ils m'envoient à la maison du pélerin en face. Je n'y trouve personne. Après plusieurs appels téléphoniques, je m'installe quand même dans ce qui doit être l'accueil pélerin mais qui est pour l'instant un débarras car il y a des travaux. Je trouve un lit et une douche chaude dans une pièce froide (4°c). J'en profite quand même et j'apprécie mon duvet bien chaud. Je me couche après un petit repas simple envoyé rapidement. Le responsable de la maison passe me voir vers 21h mais n'a rien d'autre à me proposer.
Après une nuit correcte malgré le peu de confort, je rejoins St Pourçain (31km) à travers une campagne désertique et des routes toutes droites et interminables. Le temps est plus froid que la veille mais je peux encore marcher en polo. Je trouve un hébergement dans un petit hôtel, simple, pas cher mais correcte. Je peux laver un peu de linge et passer une nuit correcte. Je trouve quelques commerces qui me permettent de faire quelques emplettes pour essayer de résoudre mon problème de pied droit. Comme j'ai trop de mal à trouver des hébergements, j'envisage de basculer sur Roanne par car et train. J'appelle mon amie Martine de Montbrison, où je dois passer, elle m'indique le monastère de St Jodard.
De bonne heure, je rejoins la gare de St Pourcain où un taxi (au prix du bus) vient me cueillir pour m'emmener en gare de Vichy. Le TER me permet ensuite de rejoindre Roanne. Quand je sors de la gare, il fait très froid (-8°C), tout est blanc. La sortie de Roanne est un peu longue, puis la route est tranquille, mais çà grimpe. a midi, je m'arrête dans un café pour manger mes sandwichs. Il fait trop froid pour les manger dehors comme les jours précédents. Après 32km, j'arrive à St Jodard, le monastère des frères de St Jean qui m'accueillent très chaleureusement. Je peux même bénéficier d'une messe privée le soir avant d'aller dormir. Le repas se passe en silence avec les moines. Là je passe une première bonne nuit de repos.
Bien reposé, j'attaque une longue journée vers Montbrison. Le vent, la neige, le froid (-8°C) m'obligent à m'emmitoufler. je n'ai pas froid, mais il ne faut pas que je m'arrête. Je m'arrête dans un café à Pommiers pour manger mon casse-croûte de midi, un bon café chaud me redonne coeur au ventre pour repartir l'après-midi. A 16h20, au bout de 35km, j'appelle Martine qui vient me chercher. Il me reste environ 4km à faire, mais j'ai de nouveau mal au pied et j'en ai marre. Quand je quitte mes gants pour faire le point sur mon GPS, il ne faut pas que je m'arrête trop longtemps.
Aujourd'hui 12 février, repos chez Martine. Elle m'emmène à St Etienne pour voir un ostéopathe car mon dos me fait mal depuis ma chute sur la glace. J'en profite pour acheter des semelles sorbotane pour remplacer celles de mes chaussures.
Je crois que je vais rester me reposer un jour ou deux et revoir mon itinéraire car la météo n'est vraiment pas favorable. Comme Martine a fait déjà trois fois Compostelle (6000km) elle me sera de bon conseil.

lundi 7 décembre 2009

Penang, "perle de l'Orient".

Kathmandou Penang décalage horaire + 2H15
Besançon Penang +7h

Quand j'ai pris mon billet d'avion pour Penang, Sonam m'a vivement déconseillé de prendre la compagnie "Royal Nepal" ou Népal Air car les avions sont de vieux Tupolev de l'armée russe reconvertis en avions de ligne. Le confort y est très rudimentaire et la sécurité peu assurée. Le billet a donc été pris avec Thaï Airlines. C'est une belle compagnie, les avions sont confortables, les hôtesses jeunes et superbes, le service est le meilleur que j'ai eu jusqu'à maintenant: apéritif avec amuse-gueules et boisson, excellent repas. A l'arrivée, distribution d'orchidées violettes, emblèmes de la compagnie. J'ai eu un changement à Bangkok en Thaïlande. Un très bel aéroport ultra-moderne. Toutes les portes d'accés aux embarquements sont le long d'un grand hall tout droit de plusieurs kilomètres de long. Les différentes portes sont heureusement reliées par des tapis roulants.

Comme dans mon message, je n'avais pas précisé à mon amie malaisienne, Ann Nah, à quel aéroport j'arrivais, (Penang ou Kuala Lumpur?), il n'y avait personne à mon arrivée. Pour moi, comme elle habitait Penang, c'était évident. Comme quoi il vaut mieux être précis! Ann nah est donc venue me chercher avec sa soeur, puis elle m'emmène manger quelque chose avant de rejoindre l'appartement. En Malaisie, il y a un peu partout des gargottes où l'on peut manger. C'est ouvert jusque très tard dans la nuit. Heureusement pour moi car il est déjà 2h du matin. N'etant pas en congé et ne pouvant m'accueillir chez elle, Ann Nah m'a installé dans un appartement qui appartient à sa soeur et qui est à vendre. J'ai eu de la chance, il était encore disponible. J'ai donc à ma disposition un petit appartement de quatre pièces au neuvième étage d'un immeuble situé à dix minutes de l'embarcadère des ferries. Partiellement meublé, j'ai tout ce qu'il me faut pour être autonome. C'est super!

Le samedi matin, Ann Nah vient me chercher vers 10h30 et nous allons chercher sa soeur. Nous allons tous ensemble faire un tour dans Butterworth et en fin de matinée, la soeur d'Ann Nah nous emmène dans un restaurant indien manger des spécialités indiennes. Fort de mon expérience népalaise, je demande "no spicy, no chile". Pour eux ce n'est pas épicé, mais pour moi c'est un peu "hot". Je découvre quand même cette façon de manger et des plats très parfumés. La spécialité de ce restaurant, ce sont les "pains": pâtes à pain diverses cuites de façons diverses, dont une en feuille très fine, et accompagnés de sauces. J'assiste à la façon de faire la pâte fine: les italiens avec leur pâte à pizza qu'ils font tourner sont des rigolos à côté de l'artiste que j'ai vu! Il fait une feuille de papier à cigarette en un tour de main, en l'air! Nous allons ensuite prendre un dessert typiquement malais: de la neige parfumée. Ils prennent un de bloc de glace, ils le rappent pour en faire de la neige qu'ils parfument avec des sirops et rajoutent du maîs sucré des algues sucrées, de la gelée de je ne sais quoi, etc... C'est frais et bon, mais curieux.

Ann Nah et sa soeur m'emmènent ensuite dans un magasin de "bon dieuseries chinoises". Elles veulent me montrer et m'expliquer un peu leur pratiques bouddhistes. Nous allons donc dans un magasin qui vend des articles pour les cérémonies bouddhiques. Il y a de l'encens bien sûr, mais surtout des représentations de dieux et de bouddhas. Comme j'y perd mon "chinois", Ann Nah m'explique que chez les chinois, chacun se fait son petit temple familial avec une représentation d'un dieu que l'on invite en fonction de l'intention que l'on a. Ensuite, en fonction des évènements de la vie, on fait des offrandes particulières ou on invite d'autres dieux.... J'en apprends beaucoup, mais j'admire surtout la finesse des sculptures ou des peintures. C'est cet art de la miniature que j'admirerai tout au long de mon séjour. Certains dieux sont amusants à voir et il y en a un en particulier, un petit bouddha bien dodu et très réjoui que j'aime beaucoup et que je verrai souvent dans les temples. Afin d'organiser ma vie à Butterworth, nous allons ensuite dans un grand centre commercial où je fais quelques emplêtes pour les petits déjeuners. J'achète aussi une carte de la région.

Le lendemain dimanche, Ann Nah n'étant pas disponible, je vais commencer à visiter Penang. Je rejoins donc à pied l'embarcadère des ferries. La traversée coûte 1,20 Ringit Malaisienne soit 0,24 euros. çà va, je ne vais pas me ruiner! La traversée dure environ quinze minutes. L'attente entre les différents bacs est très courte car leur principe de fonctionnement est assez rapide. Il y a plusieurs bacs en fonctionnement en même temps, ce qui fait qu'un bac libère le quai dès qu'un autre bac arrive. De plus, leur principe d'accostage est astucieux, ils viennent s'emboîter dans un quai en butée avant et latérale, les moteurs maintenant la poussée, ils n'ont donc pas besoin d'amarer le bateau. L'accostage et le départ est donc très rapide. A l'arrivée, je me dirige à pied vers le fort Cornwallis pour le visiter, mais c'est fermé le dimanche. Un trishaw, cyclo-pousse, me propose ses services. Finalement pendant trois heures, il va me promener et me faire voir les monuments les plus intéressants.

L'histoire de Penang commence vraiment au 18° siècle quand en 1786 le capitaine Francis Light de la compagnie anglaise des Indes orientales débarque et installe une base navale après avoir négocié avec le sultan du Kedah, région à qui appartenanit l'île. Le capitaine Light rebaptise l'île au nom de George III, le souverain britanique de l'époque. Furieux de cette initiative, le sultan tenta en vain de chasser les anglais, mais ses 10 000 hommes n'étaient pas de taille à affronter les anglais. Un traité est donc signé en 1791, et les britanniques reversent une subvention au sultan en échange de l'occupation de l'île. Alors que l'île était inoccupée jusque là, très rapidement une vie s'organise et l'économie florissante due en particulier à l'exploitation de mines d'étain attire chinois et indiens en plus des britanniques.

Les premiers arrivants vont se mêler, mais par la suite les différentes cultures vont plutôt cohabiter en conservant leurs propres traditions. Le mélange va créer ce qu'ils appelent la culture Nyonia qui est essentiellement chinoise et malaise. Tous les monuments visités vont donc souligner cette cohabitation et cette différenciation. Cette situation persiste encore aujourd'hui. Les malais, essentiellement musulmans, tiennent les postes essentiels de l'administration et les chinois et les indiens sont plutôt oreintés vers les affaires. Les habitants ont donc l'habitude de parler plusieurs langues en les mélant parfois. C'est ainsi qu'Ann Nah parle bien sûr le malais qui est la langue officielle, l'anglais qui est la langue des affaires, le mandarin et le cantonnais qui sont les deux langues chinoises pratiquées dans le pays. En plus, elle parle maintenant le français, ce que j'apprécie beaucoup car elle me facilitera la tâche bien que j'ai fait beaucoup de progrès en anglais. Mais il y a encore beaucoup à faire! Il y a des écoles dans chaque culture avec chacune leurs spécificités et pour les universités il y a des universités mixtes comme des universités uniquement malaises. Comme les malais sont moins doués pour les études que les chinois et les indiens, il y a des cotas obligatoires quels que soient les niveaux. Les enfants ne sont donc jamais sûrs d'être pris en université même s'ils sont bons.

Au cours de mes promenades dans Georgetown j'ai donc visité de nombreux lieux de culte car c'est ce qu'il y a de mieux à visiter: bouddhistes chinois, indouhistes indiens, mosquée musulmanne. Les plus beaux monuments sont incontestablement les temples chinois. Leurs toits caractéristiques avec les coins relevés sont repérables de loin. J'ai admiré les tuiles de couleurs vernies, les dragons facétieux ornants les coins et la faîtière, les petits théâtres de vie parsemant les toits et enfin les frises de porcelaine colorées soulignant les fâitières. Les décors intérieurs présentent un luxe de détails et de finesse qui m'ont souvent laissé admiratif. Que ce soit les charpentes très travaillées et assemblées uniquement pas tenons et mortaise sans clous ni vis, les peintures, les piliers sculptés, les panneaux muraux en reliefs. On ne se lasse pas de regarder tous les détails. Les chinois réalisent avec une admirable maîtrise la sculpture de tableaux en trois dimensions. Ces sculptures sont si fines que l'on dirait de la dentelle.

Quand les chinois sont venus s'installer à Penang, il ont pratiqué le principe des clans. Une famille s'installe, lance son commerce et accueille les autres membres de la famille qui arrive ensuite en lui fournissant un logement, une école pour les enfants, un travail, etc... Pendant un an, le nouvel arrivant est totalement redevable à son protecteur et lui reverse tout son salaire en échange de cette protection, à l'issue il est libre de rester ou de partir. A Penang, il y a comme cela plusieurs maisons de clans qui fonctionnent toujours. Cela constitue un véritable quartier où l'on trouve, le temple, les maisons, les commerces. On peu ainsi visiter la maison du clan Khoo Kongsi dont la généalogie remonte à plus de 1000 ans! Chaque pâté de maison du quartier chinois a pratiquement son ou ses temples. Le Yap temple, Goddess of Mercy temple, King Street Temple, Carpenters Guild, Golsmiths guild, Chea Kongsi, etc.... Kongsi étant le terme désignant le clan.

Nous faisons un tour à la mosquée la plus ancienne, la Kapitan Keling Mosque. Elle est belle de par ses lignes épurées, mais n'a pas de cachet particulier. Aucune des mosquées de Penang d'ailleurs n'a vraiment d'intérêt. Elles sont très simples. Les églises et temples protestants sont aussi très simples et tous fermés sauf au moment des offices. Je ne visiterai donc qu'une église, la "cathédrale" le dimanche en suivant la messe. De "cathédrale", elle n'en a que le titre car le bâtiment est très simple, sans décor.

La Pinang Peranakan Mansion et la Cheong Fatt Tze Mansion sont des demeures de riches familles chinoises. Elles permettent de voir quel est leur mode de vie. Ces maisons sont construites autour d'un patio central sur lequel donnent les pièces principales, complètement ouvertes sur le patio. Cela amène fraîcheur et lumière tout en conservant l'intimité de la famille au regard du monde extérieur. Une pièce d'accueil des visiteurs les maintient en dehors de ce monde et ils ne peuvent pénétrer ce monde que s'ils sont invités à franchir une cloison de bois finement sculptées de figures allégoriques. Ces maisons sont richement décorées de meubles, peintures, tapisseries, boiseries de toute beauté. Or, soie, nâcre et bois précieux se mèlent dans une harmonie typique mais fine et délicate.

Au détour de ruelles, on tombe parfois sur des temples indhouistes tel que le Sri Mahamariamman Temple. Le style des temples indiens est totalement différent des temples chinois. Ils présentent tous des toitures en pyramides surchargées de bonhommes bien rondouillards et tout roses, de jolies femmes en costumes au milieu de dieux à tête d'éléphant, de corps à plusieurs bras, de couleur verte, etc.... Lors de la visite de ce temple, un officiant, au ventre bien rebondi comme les petits bonhommes sculptés m'a gentiment offert et administré la bénédiction de shiva (le point rouge entre les deux yeux), ... puis m'a demandé une donation de 2 roupies!

Le soir approchant, je rejoins la jetty en vue de reprendre le ferry. J'avise une galerie où de nombreux convives sont attablés. La galerie se résume à un toit de hangar sous lequel en périphérie, des chinois, des thaïs, des indiens, des malais, etc... préparent quelques plats, ils ont chacun une petite alvéole pour leurs préparations. Au centre, des tables sont disposées pour les clients. L'avantage de ces galeries, c'est que sur une petite surface on a un choix assez varié de plats à consommer. Quand on ne connaît pas bien la cuisine asiatique, c'est mieux que toutes les petites échoppes disséminées. Il suffit d'aller choisir et demander son plat à chaque cuisinier. Une serveuse se promène dans la salle pour offrir à boire. Les coûts de ces plats sont si bon marché que l'on comprend pourquoi il y a tant de clients. Comme me le disait Ann nah, les malais cuisinent peu chez eux, ils préfèrent manger dehors ou acheter des plats tout faits et les manger chez eux. Pour 5 à 10 ringits (soit 1 à 2€), on a deux plats copieux et très bons. Si je vivais dans un tel pays, je ne cuisinerais jamais! Mais je n'oublie pas de préciser "no spicy, no chile"! Car sinon ... bonjour les épices! Je serai d'ailleurs repéré par certains cuisiniers ou serveuses car quand je reviendrai, ils me préciseront tout de suite ce qui est épicé ou pas. Le retour sur Butterworth par le ferry s'est fait à la tombée du soir sous un ciel chargé et bruineux. Les couleurs du ciel sur Penang sont belles et chaudes comme le fond de l'air.

Le lendemain lundi, Ann Nah me rejoint et m'emmène visiter le temple des Neufs Empereurs qui est sur Butterworth. Un temple récent, mais splendide et chargé de sculptures, de gravures et de peintures toutes plus belles les unes que les autres. Je ne me lasse pas d'admirer tous les détails des décors. C'est un temple ou tous les ans, les cérémonies d'accueil des Neufs Empereurs de la mer, les dieux vénérés ici, donnent lieu à des manifestations particulières. Certains fidèles qui se sentent attirés par certaines grâces, vont manger végétarien pendant plusieurs jours, voire semaines auparavant, et après être entrés en transes, se donner à des mutilations volontaires comme se transpercer les joues avec des aiguilles ou des lances. Au cours de la visite, l'un deux était là et on voit les cicatrices dans ses joues. Il m'a montré les photos de la cérémonie et les barres qui ont traversé ses joues: des javelots de près de 3m de long et de 20 mm de diamètre au moins! Gulp! Les cérémonies durent plusieurs jours et nuits. Nous nous rendons ensuite dans un temple boudhiste Thaï beaucoup plus simple et épuré. Il jouxte un temple indien avec ses toits en pyramides décorés de petits bonshommes dodus et roses.


En repartant, nous avisons un vendeur de fruits. Nous stoppons et Ann Nah me fait goûter plusieurs fruits, à la grande satisfaction des marchands. Nous en achetons diverses sortes afin de les goûter à l'appartemment. Durant mon séjour, Ann Nah a eu à coeur de me faire découvrir la cuisine et les fruits typiques de son pays. J'ai découvert avec plaisir des saveurs que je ne connaissais pas et je suis devenu un pro des baguettes et des cuillères chinoises! Pour les plats, j'en ai tellement goutés que je ne saurais les énumérer. Quant aux fruits, j'ai découvert les rambutans rouges et jaunes, à la coque ressemblant aux bogues des marrons, au fruit blanc gélatineux ressemblant aux leechies mais plus goûteux; les Pulasans ou bua rambai (malais) qui ressemblent aux rambutans mais en plus fin; les mangoustines, fruits à coque rouge grenat mais à la chair blanche, tendre et délicatement parfumée; les duku lansat à la coque jaune qui se casse comme une coquille d'oeuf et renferme un fruit blanc gélatineux en quartiers au parfum lui aussi très délicat; le longan ou mata kucing (malais) qui ressemble au duku lansat mais au fruit rond comme un leechies et au parfum plus délicat; la nangka, fruit vert à la chair ressemblant un peu à la pomme; le jackfruit, gros fruit vert de plusieurs kilos qui renferme une multitude de quartiers jaunes très goûteux. Les dragons fruit qui n'ont aucun goût en France sont ici très fins et délicatement parfumés. Le ciku sert ici à faire des jus de fruit, mais cru il a une chair très sucrée avec un arrière goût caramélisé. Les mangues d'ici sont un régal, ce n'est pas comme en France où elles ont un goût de térébentine. Les melons d'eau, les annanas, les papayes, les bananes... Enfin, Ann Nah m'a fait goûter un fruit dont les malais rafolent et que la plupart des européens trouvent .... "dégueulasse": le durian. C'est un gros fruit vert qui renferme trois ou quatre graines blanches crémeuses avec chacune un noyau. Le goût est très particulier, difficile à définir. Très fort et tenace il est vite écoeurant mais je comprends que l'on puisse aimer. Pour ma part je préfère nettement tous les autres fruits. Le parfum est tellement tenace que le tupperware dans lequel on a mis les graines pour les conserver au frigidaire a gardé l'odeur même après l'avoir lavé plusieurs fois avec de la lessive. D'ailleurs il est interdit dans les hôtels comme les mangoustines qui tâchent et sont indélébiles. Je découvrirai encore d'autres fruits dont je ne me souviens plus les noms. Après le tour au marché Ann Nah m'emmène dans une galerie marchande où nous allons déjeuner dans un restaurant japonais.

Le mardi matin, Ann Nah ayant pris quelques jours de congé, nous partons pour Batu Ferringhi aux hôtels luxueux et aux plages magnifiques. Afin de profiter du cadre, nous dormirons dans un bel hôtel. La ferme des papillons que nous visitons est une grande serre où des papillons en liberté évoluent au milieu de superbes plantes exotiques. L'air est chaud et fortement humide comme dans les sous-bois des forêts de la région. Les papillons sont peu farouches et se posent sur nous comme sur de belles plantes! Il y a aussi de gros mille pattes 30 cm de long et gros comme le doigt, des scorpions malaisien de 20 cm de long, des tortues aligator aux machoires peu sympathiques, une tortue au nez de cochon amusante, des vipères, des grenouilles rocailles, d'autres animaux et insectes curieux. Tout cela évolue parmi des plantes superbes comme les orchidées et au-dessus de bassins où nagent des poissons "rouge" de tailles respectueuses. Une carpe devait faire plus d'un mètre de long.

Nous allons ensuite visiter une fabrique de batic, le fameux tissu aux motifs colorés et fabriqué manuellement. Avec des pochoirs métalliques, ils appliquent de la cire chaude sur le tissu en coton ou en soie, ce qui fait une barrière infranchissable, ils liaisonnent à la main et à la cire chaude les motifs, puis ils appliquent à la main ou par des bains les couleurs réalisées à base de produits naturels puis ils traitent pour les rendre indélébiles. Ils font fondre la cire par des bains très chauds et des lavages. Il en ressort des tissus aux couleurs magnifiques et aux motifs souvent très beaux. A partir de ces tissus ils réalisent des chemise, des robes, des nappes ou des foulards splendides.

Un petit tour à l'hôtel nous permet de profiter de la plage puis de la piscine pour nous rafraîchir. L'eau de la mer est si bonne que l'on a l'impression de se tremper dans une grande baignoire. Elle doit faire entre 24 et 30°C avec des courants de températures différentes qui se mêlent en permanence. Le soir nous allons dans un restaurant chinois manger des fruits de mer. Moi qui aime beaucoup cela je me régale. Au retour nous allons faire un tour dans un hôtel voisin qui fait boîte de nuit.

Le lendemain, nous continuons en faisant le tour de l'île. Au passage nous visitons la ferme des fruits, une exploitation fruitière où de nombreux fruits nous sont présentés. Des fruits souvent curieux et méconnus mais aux vertus diététiques voire médicinales très intéressantes. Au cours de ce séjour, j'ai découvert combien les chinois sont très portés sur la diététique avec les fruits, les légumes ou boisssons "qui refroidissent le corps ou réchauffent le corps", etc... La visite se termine par une dégustation libre de nombreux fruits. Je ne me prive pas, c'est tellement bon!

Nous poursuivons le tour par des villages malais et terminons en arrivant à Georgetown par le temple Kek Lok SI. Un immense complexe bouddhiste au sommet d'une colline avec plusieurs temples superbes, un monastère, une pagode et une statue d'une déesse qui domine la plaine. Ils sont en train de construire un dôme au-dessus de cette statue qui fait plus de quarante mètres de haut. Les piliers sont sculptés de dragon de plus de 70m de long. C'est superbe! Les visiteurs sont sollicités pour faire des dons pour la construction et des tuiles peuvent être offertes en les personnalisant. L'accés à la plate-forme de ce dernier temple se fait par l'intermédiaire d'un téléphérique qui traverse le monastère qui ne se visite pas.

Le jeudi matin, nous récupérons la soeur d'Ann Nah qui nous emmène au marché où nous achetons quelques fruits et mangeons quelques plats et desserts chinois comme des crèpes avec des cacahuètes. J'ai trouvé que les chinois mangeaient beaucoup moins sucré que les européens. Ils sont plus portés sur des saveurs complexes en mélant souvent sucré et salé. Ils mangent même les fruits avec des sauces pimentées ou relevées. Au milieu des stand de vêtements ou articles en tout genre, on trouve des stand de légumes, de fruits, de poisson, de viande et de plats cuisinés. c'est très coloré!

Comme le temps est dégagé, nous en profitons pour monter au sommet de l'île, Penang Hill à 830 m au-dessus de la mer. On y monte par un funiculaire à cable et voie unique très pentue. La vue est très belle sur l'île et la terre ferme de l'autre côté du bras de mer. Au sommet, quelques anciens hôtels et restaurants datant de l'occupation anglaise. L'un des hôtels aurait servi de cadre lors du tournage du film Indochine. Il y a aussi un temple indhou et une mosquée. En allant à Penang hill, Ann Nah me fait visiter le temple bouddhiste où elle vient souvent se recueillir. Il y a un bouddha couché et il est assez épuré tout en étant joliment décoré. Elle me montre aussi des maisons traditionnelles qui sont en cours de restauration. Les maisons traditionnelle de Penang sont très souvent conçues sur le même schéma. Un rez de chaussée sous arcades servant souvent de magasin, un premier étage servant d'appartement. Toutes les cellules sont séparées par un mur mitoyen et ont à peu près la même largeur. Les façades sont en stuc très décoré, des mosaïques réalisées avec de la porcelaine brisée orne les piliers et les frontons. C'est un art que pratique beaucoup les chinois. On le retrouve dans beaucoup de temple et de maisons. Ils réalisent ainsi de superbes fresques représentant des oiseaux, des fleurs, des scènes domestiques ou guerrières.

Le soir, nous allons manger dans une galerie près du grand centre commercial du Komtar. Avant le repas, nous visitons la galerie d'un sculpteur sur bois très expressif dans ses oeuvres. Elles sont magnifiques. A partir d'arbres morts, il représente des chevaux en plein effort, un vieillard pensif ou un dragon surgissant.

Les quatre jours suivant, Ann Nah n'étant pas disponible, j'en ai profité pour finir de visiter Georgetown et les environs. Le fort Cornwallis, tout petit fort, ne présente pas vraiment d'intérêt si ce n'est l'exposition présentant l'histoire de l'île. Le Darmikarama Burmese Temple est un temple bouddhiste avec des panneaux de bois sculptés en vrai dentelle. Il fait face au Wat Chaiya Mangkalaram, le temple du Bouddha couché qui abrite un bouddha de 33m couché. Ces deux temples, bien que bouddhistes ne sont pas du même style que les temples chinois. Ils sont très beaux mais totalement différents. Dans le temple Burmese, de nombreuses peintures racontent l'histoire du Bouddha.

Je me rends aussi au musée de la guerre qui est aménagé dans un ancien fort britannique devant protéger Penang. Il est sensé raconter la guerre contre les japonais dans cette région. Ils font beaucoup de publicité autour de ce musée, mais il ne présente pas vraiment d'intérêt. Les quelques "armes" qui sont présentées sont de vulgaires imitations à base de tubes de ferrailles grossièrement soudées. Quelques panneaux sont intéressants sur l'histoire, mais le prix d'entrée est exagéré pour ce qu'il y a à voir. De plus, pour s'y rendre, soit on prend un taxi, soit on prend le bus. Comme j'avais pris un passe touriste qui me donnait accés à tous les bus, j'y suis donc allé en bus. Mais pour aller à 30km de Georgetown, on a mis deux heures. Il faut dire que le bus a fait des tours, des détours, des contours et des tours de ... avant d'arriver. Il y a beaucoup de lignes de bus dans Penang, ce n'est pas trop mal desservi, mais c'est un vrai casse-tête chinois pour comprendre les lignes. D'ailleurs il n'y a pas de plan et quand on montre un plan à un chauffeur pour savoir s'il passe par un point, il est incapable de le dire, il ne sait pas lire les plans. Il connaît son chemin, point. Même au centre d'information ils sont incapables de dire quel bus il faut prendre. En général ils ne donnent qu'un numéro alors qu'il y a peut-être quatre ou cinq lignes qui passent. C'est un véritable imbroglio, un sac de noeuds. J'ai mis deux jours avant de repérer certaines lignes qui m'intéressaient.

Pour le retour du musée, j'ai eu la chance de tomber sur un jeune couple en voiture qui passaient par Goergetown. Ils m'ont vu marcher le long de la route en quête d'un arrêt de bus ou de taxi, ils m'ont demandé où j'allais et m'ont proposé de me déposer. En une demie-heure, j'étais à destination! Je suis allé ensuite visiter le "temple de la consommation": le Komtar. C'est le plus haut immeuble de Penang. Dans les quatre premiers niveaux, ce sont d'immenses galeries marchandes où il y a plusieurs centaines de magasins petits et grands. C'est colossal! Comme il fait très chaud dehors, les malais aiment bien aller se promener dans les galeries marchandes où l'air est climatisé, et .... ils font des achats!

Le lundi, dernier jour seul, j'en ai profité pour mettre à jour mes récits sur le blog. Dans l'appartement, j'avais trouvé que dans le coin près de la fenêtre du salon, j'avais une liaison internet. J'en ai donc profité. Cela m'évite d'aller dans un cyber café.

Les deux jours suivants, Ann Nah m'a emmené à l'intérieur des terres, à Ipoh. Sur le chemin, nous avons visité le zoo de Taiping où nous avons vu quelques espèces spécifiques de la région évoluant dans un parc à la végétation luxuriante. Dans le parc du lac de Taiping, des arbres magnifiques et certainement centenaires ombragent les allées avec des branches qui passent par dessus la route pour venir plonger dans les eaux du lac de l'autre côté. Ce parc est magnifique. Le soir, nous sommes allés manger dans un restaurant dont la spécialité est le poulet. J'ai mangé des pattes de poulet! C'est bon, un peu caramélisé, très tendre. Bien sûr, il n'y a pas grand-chose à manger, mais c'est bon et amusant.

A Ipoh, j'ai découvert une spécialité chinoise: les Dim Sum. Ce sont des amuse-gueules salés ou sucrés, très prisés par les chinois. On va dans un restaurant où des serveuses passent entre les tables avec des plats très divers et en petite quantité. Il suffit de lui demander telle ou telle spécialité. Immaginez que vous êtes dans un salon de thé et que des serveuses passent entre les tables avec des chariots chargés de petits fours, d'amuse-gueules, de patisseries diverses. C'est cela mais en salé essentiellement. On mange en buvant du thé servi à volonté. C'est très amusant et très bon. Attention, on ne mange qu'avec des baguettes!

Ipoh est construite dans une vallée où se dressent des pitons rocheux aux faces verticales. C'est très curieux. Contrairement à ce que l'on peut penser au premier coup d'oeil, ce ne sont pas des cheminées volcaniques. Plusieurs de ces pitons sont truffés de cavernes dans lesquels les hommes ont fait des aménagements et en particulier des temples. Nous sommes allés en visiter deux, les plus caractéristiques et les plus beaux. Un accés dans l'un deux permet d'aller au sommet du piton et d'avoir une vue sur la plaine alentour. Au coeur du premier piton, il y a un genre de patio avec un temple et un bassin avec des tortues. Les fidèles viennent leur donner à manger après des incantations au temple. Après la deuxième visite, nous avons bu une noix de coco. Un singe nous surveillait et nous enviait. A la fin, dès notre départ, il est venu plonger sa patte dans le coque pour récupérer les dernières miettes de chair. Lors de notre retour sur Butterworth, nous faisons un crochet dans Kuala Kangsar, la capitale royale de l'état du Perak, province du nord de la Malaisie. Une superbe mosquée y a été construite au début du XX° siècle. On dirait un palais des mille et une nuits.

En rentrant le soir, j'ai voulu inviter Ann Nah au restaurant pour la remercier de son accueil. Elle a choisi un restaurant japonais. C'est un restaurant où le cuisinier vient faire les préparations directement devant vous sur une table de cuisson. C'est succulent mais aussi spectaculaire. Le jeune qui est venu nous servir cuisinait très bien, et de plus, il jonglait avec ses instruments. Comme c'est spectaculaire, j'ai tout filmé.

Le lendemain jeudi, Ann Nah m'a emmené dans son bureau à l'université. Elle voulait profiter de mon passage pour enregistrer des prononciations françaises avec un vrai accent français. Nous avons donc passé la matinée à cela. Nous sommes ensuite allés mangé avec sa collègue chinoise dans un restaurant chinois. Nous y avons dégusté des fruits de mers. Comme boisson, nous avons pris du lait de soja. Le goût n'a rien à voir avec celui que l'on achète en brique en France. C'est extra. Comme dit Ann Nah, celui de France a un "goût de préservatif", pour dire un goût de conservateur! Nous sommes allés ensuite voir le temple aux serpents. c'est un temple où les serpents de la forêt voisine venaient sur l'autel renifler l'encens quand le temple était entouré de jungle. Maintenant il y a toujours des serpents, mais beaucoup moins et je pense qu'ils sont maintenus là pour les touristes.

Vendredi, dernier jour! Je l'ai passé à mettre de l'ordre dans l'appartement, puis je suis allé au temple de la consommation de Georgetown. Le soir nous sommes allés dans un nouveau restaurant avec Ann nah où les cuisiniers jonglent avec la pâte pour faire à la main des spaghettis ou des raviolis. Demain matin, un taxi commandé par Ann Nah viendra me chercher à 5h30 pour m'emmener à l'aéroport.

Pour rentrer sur Paris, je dois faire escale à Bahrain. Comme j'ai douze heure d'attente entre les deux avions, Gulf Air, la compagnie aérienne m'offre le dîner et une chambre d'hôtel. Une voiture m'emmène donc à l'hôtel au centre de Bahrain. Cela me permet d'avoir un petit aperçu sur ce pays très riche aux immeubles modernes. Deux tours font penser aux Twin towers, elles s'appellent d'ailleurs World Trade Center. Près de l'hôtel, un magasin de bijouteries et souvenirs pour riches s'appelle Gold City et porte bien son nom. Des montres bijoux pour homme de 4cm de diamètre en platine ou en or avec diamants incrustés sont à vendre. Un bon dîner, une bonne douche et quatre heures de sommeil me permettent de me reposer avant de reprendre l'avion de Paris.

Voilà! Mon aventure Malaisienne est terminée, elle a été très courte mais riche de découvertes. Ann Nah a eu à coeur de me faire découvrir son pays. Elle m'en parlait souvent durant son séjour en France, j'ai vu et goûté là ce qu'elle essayait de me faire imaginer. J'ai découvert la beauté de l'art chinois dans ses temples, la végétation florissante de ses forêts, j'ai goûté de nouveaux fruits pour moi inconnus, j'ai découvert les saveurs de la cuisine asiatique. La gentillesse de son accueil et de celui de sa soeur m'ont beaucoup touché et je garde un beau souvenir de ce séjour. Il y a encore d'autres régions à découvrir en Malaisie!

lundi 23 novembre 2009

Retour sur Lukla puis sur Kathmandou, fin du trekk.

Sonam avait prévu de redescendre en deux jours sur Namche. Comme je n'ai pas pris de douche depuis Phorsee, j'ai hâte d'en prendre une vraie et la seule dans le coin, c'est à Namche Bazaar. Je lui propose donc de redescendre directement de Lobuche sur Namche. Pour lui cela ne pose pas de problème de redescendre en une journée ce que l'on monte en trois jours. OK donc, c'est ce que nous ferons. Après une bonne nuit à Lobuche, nous nous levons au lever du soleil, soit à 6h et après un déjeuner vite avalé, nous prenons le chemin du retour. Après les efforts de montée, la route de la descente me paraît très facile et nous avalons les kilomètres à bon pas. Nous croisons les trekkeurs qui montent péniblement les rochers et les moraines. Cela m'amuse car si quelques jours auparavant j'étais comme eux, maintenant je me sens des ailes. De plus, je fais maintenant partie de ceux qui sont montés au Kala Patthar et je l'avoue, au fond de moi, j'en suis fier!

Nous repassons à Pheriche où je fais une photo du tea-room de la mère de Sonam et nous continuons la descente. Jusqu'à Tengboche, je connais la piste, elle descend et monte de temps en temps en fonction du terrain. A partir de Tengboche, nous plongeons dans la vallée, par un sentier assez raide, pour passer le torrent 600m plus bas et nous remontons sur le versant opposé pour nous retrouver 600m plus haut au même niveau que Tengboche. Cela fait déjà plusieurs heures que nous marchons et cette remontée se fait sentir. Puis par un chemin relativement bien entretenu, nous rejoignons Namche. La veille, nous avons assité au coucher du soleil sur le toit du monde, ce soir, nous assistons au coucher du soleil sur la vallée. C'est très beau aussi, mais bien différent. Nous étions au-dessus des nuages, nous sommes maintenant en-dessous.

En arrivant au lodge, à la tombée de la nuit, il commence à faire froid, mais moins qu'à Lobuche. Nous nous installons dans la chambre puis allons dîner. Après le repas, je vais avec bonheur goûter à une bonne douche bien chaude, une vraie douche. Que c'est bon! Nous avons marché pendant 9h pour redescendre jusque là. Sonam admire ma résistance et me dit que je ne suis pas un vieux militaire retaité de 60 ans, mais un jeune militaire de 40 - 45 ans. Cela me fait plaisir. Et c'est vrai que je suis en bonne forme. Je suis confiant pour la route de Saint Jacques de Compostel. Je viens d'avoir un bon entraînement.

Après une bonne nuit, nous repartons sur les coups de six heures du matin. Sonam voudrait essayer d'attraper un avion le jour même. Cela nous ferait gagner une journée à Kathmandou. C'est donc reparti! Nous croisons les premiers porteurs vers 7h du matin, au fond de la vallée. Puis peu à peu nous croisons les trekkeurs qui arrivent et soufflent comme des boeufs pour monter. Même dans les montées, je me sens plus à l'aise qu'à l'arrivée. Je me rends compte que ces quinze jours ont été un excellent entraînement.

Au passage d'un village nous avisons une banderole concernant un marathon. Nous croiserons quatorze hommes et quatre femmes qui montent en courant jusqu'au camp de base! C'est fou comme épreuve car en plus du terrain très accidenté, il y a l'altitude. Ce n'est vraiment pas pour moi! Nous arrivons à Lukla sur les coups de midi. Sonam file se renseigner à l'aéroport, mais il revient en me disant que tous les avions sont pleins pour la journée. Nous prendrons l'un des premiers avions du lendemain matin.

Nous nous installons donc pour passer la nuit dans un lodge au bord du terrain. Nous déjeunons, puis pendant que Sonam se repose un peu, je vais faire un tour dans le village. Je regarde et filme les départs et arrivées des avions. C'est impressionnant.

Le lendemain matin, nous nous levons à six heures pour être aux premières heures sur le terrain. A partir de sept heures, d'un seul coup, c'est le ballet des avions qui arrivent, déchargent, rechargent et repartent. En moins d'un quart d'heure ils ont fait le transbordement. Le ballet va être incessant toute la matinée. Sur les coups de 9h30, c'est notre tour d'embarquer. Cette fois, j'arrive à me mettre à droite juste derrière les pilotes. Je peux filmer le décollage, puis j'ai la vue sur la chaîne de l'Himalaya. Dernier regard avant de plonger dans la crasse de Kathmandou.

Quand nous débarquons et retrouvons la circulation, le bruit et la polution de Kathmandou, nous avons l'impression de débarquer d'une autre planète. Sonam attrape un taxi qui nous conduit chez lui. Là je fais connaissance avec sa mère et sa soeur, Dianji, des personnes charmantes avec qui je sympathise très vite. La petite voisine de l'étage du dessous est là, elle saute au cou de Sonam. Il est comme un père pour elle, il aime beaucoup jouer avec elle. Je vois bien Sonam avec des enfants, il est très affectueux. Pendant qu'il part quelques heures régler des problèmes personnels, j'en profite pour commencer à rédiger le récit de mon périple. Je montre aussi à la soeur de Sonam quelques photos du trekk. Elle découvre la photo de sa mère et d'elle petite, elle en est émue, elle aussi.

L'après-midi, Sonam m'emmène d'abord chez le barbier. Comme cela fait plusieurs jours que je ne me suis pas rasé, j'en ai besoin et Sonam veut me faire découvrir les barbiers indhous. Je le suis donc et il demande la totale. Le barbier commence par me faire un massage du visage et de la tête, puis il me savonne et me rase. Il poursuit ensuite par un nouveau massage du visage et de la tête, puis il dispose un cousin sur la console et me fait mettre en appui sur mes bras croisés. Là commence un massage du dos à base de quelques claques dans le dos, de pétrissage et de massages avec les coudes. Il me travaille ensuite les bras puis les doigts. C'est assez surprenant mais pas désagréable, bien au contraire. Et tout cela pour 200 roupies (2€!) et Sonam qui trouve que c'est cher!

Sonam m'emmène ensuite en ville faire quelques emplètes de souvenirs. Il est comme un gamin, tout heureux car il veux envoyer à chacun des frères et soeurs de François un cadeau, il fait de même pour mes enfants. Je tente de l'en dissuader, mais il est trop heureux de le faire alors je le laisse faire. Nous allons acheter des tee-shirt sur le trekking dans l'Himalaya. Après avoir fait les emplètes que je voulais, nous rejoignons son appartement. Je retrouve la circulation de fou de Kathmandou avec ses coups de klaxon, les véhicules dans tous les sens, etc... Comme ils roulent à gauche cela ne fait qu'accentuer l'impression de capharnaùm. Et au milieu de tout ce bazar, de temps en temps émergent de très belle femmes avec des tenues superbes. Des fleurs splendides au milieu d'un dépotoir....

Le soir, en attendant l'arrivée de l'électricité, nous bavardons à la lumière d'une bougie. Puis Sonam se met à la cuisine, il veut préparer quelques plats de sa spécialité. Nous prenons ensuite le repas dans son salon. Nous nous régalons des préparations de Sonam tout en regardant un DVD sur les fêtes Sherpas au village de Khumjung. Maintenant que j'ai sillonné la région, je me rends compte que je regarde cette vidéo avec un autre oeil qu'un quelconque spectateur. Comme m'a dit Sonam, "on ne change pas la montagne, mais la montagne nous change". Je me suis attaché à cette région et à son peuple.

Le lendemain, Sonam me conduit dans une des plus vieilles cités de la vallée de Kathmandou: la cité de Bhaktapur. C'est une cité royale construite au début du XV° siècle. Les maisons sont en briques et bois, quelques édifices sont en pierre. Les boiseries sont très travaillées et ressemblent à de la dentelle. Beaucoup de sculptures sont usées par le temps, mais la ville conserve encore un bel aspect des milles et une nuits. De nombreux temples parsèment la ville avec leurs toits en pagode, leurs sculptures inspirées de la religion indhou et parfois des représentations très suggestives du Kamasutra. Le jour suivant, c'est la ville de Patan qu'il me fait découvrir. Un peu dans le même style que Bhaktapur, elle en est cependant un peu différente et très belle à découvrir.

Le vendredi matin, c'est le départ. Au moment de nous quitter, la mère de Sonam me noue autour du cou le foulard traditionnel que l'on remet aux amis au moment du départ. Puis Sonam me conduit à l'aéroport. Nous nous quittons à l'entrée et il me noue lui aussi un foulard autour du cou. Nous nous faisons l'accolade et j'avoue que ces jours passés avec lui ayant été très riches, je suis ému de le quitter. Je suis très heureux d'avoir fait sa connaissance et d'avoir fait ce trekk avec lui. Lui aussi est très content de cette rencontre. Je repars riche d'une expérience inoubliable. La montagne m'a marquée et je crois qu'un jour je reviendrai refaire un trekk dans cette région.

Namaste, Sonam, Tootse

Pheriche, Lobuche, coucher de soleil depuis le Kala Patthar

Sonam prend un peu de distance avec les allemands. Il m'a expliqué que leur guide a pris un peu ombrage de son ascendance. Sonam parle mieux l'anglais que lui, il connaît mieux la montagne que lui et il s'est rendu compte que les allemands
s'étaient rapprochés de Sonam pour lui demander des conseils. Il perd donc de son aura auprès des allemands. Sonam ne pensait qu'à rendre service. Pour éviter tout problème, nous partons de bonne heure du lodge.

Nous reprenons donc le chemin. Comme nous sommes à moins de 4000m, je ne ressens pas encore les effets de l'altitude et reprends sans problème mon pas de sénateur. Un pas j'inspire, un pas je souffle. Sonam m'a depuis le début donné ce rythme et finallement je m'y suis bien fait. Par contre, si en altitude je dois réduire le pas, Sonam quant à lui ne ressent aucun effet et garde toujours le même pas. On voit bien qu'il est du pays. Par contre aujourd'hui, il est un peu fatigué, il accuse sa nuit de fête. Le soir en arrivant au lodge, il dormira trois heures avant de faire surface.

Nous commençons par descendre au bord du torrent, puis nous remontons sur l'autre versant. Avant d'atteindre Pangboche, nous doublons un groupe de jeunes en costumes d'animaux. L'une des deux femmes m'explique en français que c'est un groupe de jeunes anglais qui soutiennent une maison qu'ils connaissent bien et qui soigne les malades d'Alzheimer. Afin de collecter des fonds, ils ont ouvert un site et on fait le pari de monter au Kala Patthar en costumes. Il y a un cochon (le trésorier), une vache, un cheval, une poule, une abeille, une grenouille, un perroquet. Même le guide népalais joue le jeu, il est déguisé en pinguoin. Ils mettent une ambiance bon enfant sur le chemin. Comme nous logeons dans le même lodge à Pheriche, elle me raconte que les enfants sont très amusés, que l'accueil des allemands, des anglais, des français est excellent, mais les espagnols ne comprennent pas la plaisanterie. Quand je leur ai dit que je tenais un blog et que je leur proposais d'y mettre un lien sur leur site, "la ferme de l'Everest", ils ont tout de suite accepté. Toutes les bonnes occasions de se faire connaître et de collecter des fonds sont à prendre. Donc si d'aventure certains lecteurs voulaient soutenir ce groupe très sympathique: à votre bon coeur, le lien est ci-joint.

Nous déjeunons à la terrasse d'un lodge à Pangboche, puis nous reprenons le chemin. Peu à peu nous nous élevons pour atteindre Pheriche à 4270m, le village où il y a un "hôpital". En fait, ce n'est qu'un dispensaire pour accueillir les trekkeurs ayant le mal des montagnes, mais il n'y a pas toujours de médecin. Nous passerons la nuit dans un gros lodge où il y a un cyber café. Comme à cette altitude l'électricité est solaire et les liaisons internet ou téléphone se font par satellite, la minute de liaison est à 20 roupies. Rien que pour consulter mes messages et en envoyer deux, j'ai passé 40 minutes! Cela m'a coûté 800 roupies, soit 8€! Voilà pourquoi, c'est silence radio pendant une bonne partie du trekk.

La nuit est très froide. Comme toujours, le lodge n'est pas isolé. Au matin, les vitres sont couvertes de glace, les plaques de contre-plaqué du plafond sont couvertes de condensation. Il doit faire -10°C environ dans la chambre. Dans les wc, le sol est verglacé et il faut casser la glace pour puiser l'eau. Là, pas de toilette, juste les dents! L'eau du pichet est gelée. Nous reprenons le chemin. Au passage, Sonam me montre le Tea-shop qui appartient à sa mère et où il a rencontré François Geachner il y a six ans. Le début d'une amitié et l'origine de notre rencontre! Le guide de François ayant attrapé le mal des montagnes parce qu'il buvait tous les soirs, François avait dû le redescendre à Pheriche. Alors qu'il essayait de récupérer une partie de la facture, le guide faisait celui qui ne comprenait pas l'anglais. Sonam s'est alors proposé de servir d'interprête. A l'issue de la transaction, François l'a embauché comme guide, etc....

Nous suivons la vallée qui remonte vers Lobuche, puis nous grimpons la moraine du Thokla Pass. Un pas j'inspire, un pas je souffle. Je commence à ressentir de nouveau l'effet de l'altitude. Au sommet de la moraine, un nombre important de petits mémorials de pierre se dressent. Sonam m'explique que c'est en mémoire des victimes de l'Everest et que celui de son grand-père y est. Il est mort lors d'une expédition en 1982. Il faisait partie d'une expédition canadienne. Lors d'un passage dans un couloir, une avalanche les a submergés. L'un des canadiens a été enseveli jusqu'au cou, mais il s'en est sorti. Il a essayé de dégager les trois sherpas qui l'accompagnaient, mais c'était trop tard. La mère de Sonam qui avait une vingtaine d'année et sa grand-mère ont été avisées de l'accident. Elles sont montées de Khumjung pour lui rendre les derniers hommages et l'incinérer sur place. Elles ont dressé le mémorial. Quand de retour à Kathmandou, Sonam a montré à sa mère les photos, elle en a été toute retournée.

Je demande alors à Sonam s'il y a un mémorial pour son père. Il me réponds que non. Il a fait des recherches, il a retrouvé le responsable de l'expédition, un belge, il l'a rencontré et celui-ci lui a raconté comment son père est mort. Lors de cette expédition belge il y a 22 ans, il faisait très froid, ils ont été pris dans une tempête. Le belge est redescendu péniblement avec la plupart des sherpas, mais son père était trop malade, il ne pouvait pas redescendre. Il est donc resté à l'abri dans sa tente. Mais quand les secours sont revenus pour le chercher, c'était trop tard, il était mort. Le frère de son père qui faisait partie de l'expédition, n'a pas annoncé tout de suite la nouvelle à sa belle-soeur, elle était enceinte et il y avait des histoires de jalousie. Quand elle a appris la nouvelle, son mari avait déjà été incinéré. Elle n'a donc pas pu lui rendre les hommages ni faire de mémorial.

Nous reprenons la route et suivons la vallée jusqu'à Lobuche. Le lodge où nous nous installons après cinq heures de marche est assez grand, et très rustique. Les chambres sont très rudimentaires, le sol est en dalles de terre recouvertes d'une feuille d'isorel. Les murs sont recouverts de toile pour cacher la misère. Le sol du couloir est en dalles de terre herbue. Un seul wc existe, dehors une "hot shower" ressemble plus à un wc qu'à une douche.

Le soir, il y a beaucoup de monde qui se presse autour du poêle pour se réchauffer. C'est très cosmopolite. Je fais la connaissance d'un coréen passionné d'histoire française. Il me pose beaucoup de questions sur Napoléon, la Révolution, etc... Très amusant. Il y a aussi des allemands, dont un qui est fortement intéressé par les photos du lever de soleil sur le Gokyo Ri. Des anglais, des espagnols, des italiens, des australiens se mèlent à la foule des porteurs et des guides. Je lie conversation avec des Israéliens qui me font des compliments sur mon anglais! Ils disent que je le parle bien! Je rigole! Je comprends de mieux en mieux, mais j'ai du mal à parler, je cherche mes mots.

La nuit sera TRES froide. Au matin, nous laissons le soleil monter et chauffer avant de prendre le chemin de Gorak Shep, le dernier village avant le camp de base. Nous laissons nos affaires au lodge, nous ne prenons que mon sac avec le strict minimum. Nous allons monter au Kala Patthar, le point culminant de mon périple pour assister au coucher du soleil. 5550m! Sur les coups de 10h, nous partons et rejoignons donc Gorak Shep. Nous y mangeons et attendons la fin de l'après-midi. Mais vers 15h, je fais remarquer à Sonam qu'il y a de plus en plus de nuages et que nous risquons de ne pas assister au coucher du soleil. Pour profiter au moins de la vue sur l'Everest, nous entamons la montée. L'effet de l'altitude se fait tout de suite sentir. Nous sommes à plus de 5150m. Je prends donc mon petit pas de petit sénateur: un pied j'inspire, un pied je souffle.... Et peu à peu nous nous élevons. Après une heure trente de montée, nous arrivons enfin au sommet du Kala Patthar. 5550m! Je ne pensais pas arriver si haut! J'avoue que j'en suis fier! Il y fait froid, la brume a envahi les monts autour de nous, nous ne voyons pas grand-chose, mais on patiente un peu. Finalement, peu à peu, cela se dégage. Et là, devant nous, de l'autre côté de la vallée, derrière le Nuptse .... le mont Everest! qui nous domine de ses 8850m! Dire qu'il a 3300m de plus que nous! Grandiose, magnifique. Finalement, contrairement à ce que nous craignions, le temps se dégage et nous avons une vue splendide. Nous ne sommes qu'une dizaine à jouir de ce spectacle. Les nuages sont en bas dans la vallée, sur Gorak Shep et plus bas. Nous assistons donc au coucher du soleil sur le toit du monde. Splendide!

Quand les derniers rayons du soleil ont disparu, nous entamons rapidement la descente. En un peu plus d'une demie-heure, nous arrivons à Gorak Shep. il fait nuit noire et très froid. Il devait faire -20° à -25°C là-haut au moment de descendre. Nous prenons donc le chemin de Lobuche dans l'obscurité, trouée par le petit faisceau de nos lampes frontales. La descente ne demandant pas trop d'effort, nous allons assez vite, sauf lorsque le chemin reprend de temps en temps de l'altitude pour franchir des moraines ou des rochers. Marchant d'un bon pas, nous ne sentons pas le froid. Nous marchons ainsi pendant près de deux heures dans l'obscurité totale: il n'y a pas encore de lune. On ne sait pas ce qu'il y a à droite ni à gauche: talus ou ravin? Qu'importe, je suis Sonam d'un bon pas. Finalement, au détour d'un rocher, on distingue faiblement quelques petites lumières: les lampes à faible énergie des lodges de Lobuche. Quand nous arrivons, il est presque 20h et les gens partent se coucher. Nous sommes bien réchauffés, mais mon sac est blanc de givre et ma doudoune aussi. Après un repas pris rapidement, nous allons nous glisser dans nos sacs de couchage glacés.

dimanche 22 novembre 2009

Lever de soleil au Gokyo Ri, Phortse, Danses Mani Rimbu à Tengboche

Quand nous sommes arrivés au lodge, il était déjà bien rempli et la chambre qui m'est donnée se trouve au fond du couloir, fenêtre au nord. Un groupe de français occupe la plupart des chambres. Je fais connaissance avec l'un d'eux et j'apprends
qu'ils redescendent sur Tengboche car il y a le festival des Sherpas. J'en parle à Sonam qui me confirme et m'explique que cela consiste en danses rituelles toute la journée, danses effectuées en costumes traditionnels par les moines du monastère. La nuit, la cour du monastère est occupée par les Sherpas qui chantent et dansent des danses folkloriques. Intéressé, je demande à Sonam si l'on ne peut pas modifier le programme: au lieu de passer le Chola Pass qui semble risqué à cause de la glace, aller à Tengboche et remonter ensuite à Lobuche. Sonam accepte volontiers d'autant qu'il y a longtemps qu'il n'est pas allé au festival et qu'il aime bien y participer.

Pendant la nuit, il fait assez froid et au matin, la fenêtre est couverte de givre. Afin de récupérer de la journée précédente, nous restons tranquilles pendant la journée. Le matin, après le lever du soleil, je profite de la chaleur de ses rayons pour faire ma toilette et me raser. Il y a possibilité de prendre une douche chaude, mais quand je vois l'installation, j'y renonce pour l'instant. C'est une petite baraque en tôle ondulée sur le toit de laquelle un petit bidon est rempli d'eau chaude. Une bâche sert de bac à douche. La tôle étant encore gelée, j'aviserai plus tard. Je profite aussi du soleil pour faire un peu de lessive: tee-shirt, chaussettes, mouchoirs... Pas grand chose mais il faut quand même y penser sinon je risque d'être à court. Sonam me ramène de l'eau chaude de la cuisine et je lave. Pour faire sécher le linge, je le mets sur un fil tendu. Si les rayons du soleil sont chauds, l'air est plutôt frais et le vent bien froid. Une heure après avoir étendu mon linge, je vais voir comment il est: raide! Le vent a enlevé une partie de l'humidité, mais le froid a gelé le reste. Ayant changé de chambre et celle-ci ayant la fenêtre à l'ouest, j'étends mon linge derrière la vitre. La chaleur des rayons permet au linge de sécher.

Le matin, Sonam me demande si je n'ai pas des médicaments, son cousin a dû manger quelque chose qui ne lui a pas convenu, il a vomi plusieurs fois dans la nuit. Il a mal à la tête et au ventre. Je lui donne du paracetamol et de l'Imodium en lui disant que c'est plutôt pour les intestins. Il semble que cela lui ai fait de l'effet car son état s'est amélioré et le lendemain cela allait mieux. Pendant la matinée, les allemands que nous avions croisés au Renjo Pass viennent s'installer
dans le même lodge. Au repas de midi nous faisons un peu plus connaissance et c'est ainsi que j'apprends que la veille, l'une des femmes avait le mal des montagnes. Ils étaient montés trop vite depuis Namche, ils n'avaient pas fait de palier
d'acclimatation. D'avoir redescendu, cela allait mieux. Ils ont decidé de rester une journée au repos.

Dans l'après-midi, nous montons sur la moraine qui sépare Gokyo du glacier qui est derrière. La vue sur le glacier est interessante. On ne voit pas beaucoup la glace car elle est couverte par les éboulis, mais de place en place elle est visible. Le glacier fait plusieurs kilomètres de long et à peu près un kilomètre de large. Nous remontons un peu la moraine jusqu'au quatrième lac et nous redescendons. L'allemande nous a accompagnés. A l'ombre, il fait assez froid, l'eau des torrents est partiellement gelée. Au cours de la soirée, après le coucher de soleil sur le Cho Oyu, nous faisons plus ample connaissance et je fais aussi connaissance avec un touriste français, Jean, photographe de profession qui entre deux crises de son cancer (du sang) en profite pour parcourir le monde. Dans cinq ans, il ne sera peut-être plus là. Quand je leur explique mon programme, ils sont tous intéressés et me demande s'ils peuvent se joindre à nous. J'approuve bien sûr, c'est plus sympathique.

Le lendemain matin, réveil à 3h00 et départ à 3h30 après une tasse de thé. Nous montons tous au sommet du Gokyo Ri, un pic qui domine le lac et du haut duquel nous allons assister au lever du soleil. Nous avons une chance fantastique, il fait un temps superbe, pas un nuage, pas une brume et une lune brillante: c'est la pleine lune. Après avoir traversé le torrent en sautant de pierre en pierre, nous entamons l'ascension à la lampe électrique, à pas de sénateur: un pas j'inspire, un pas je souffle, car la pente est tout de suite raide. Le temps est si clair que la vue est déjà superbe. Les montagnes se découpent en ombres chinoises sur le ciel. Peu à peu, le rythme ralentit, un pied j'inspire, un pied je souffle. Au bout de deux heures trente d'ascension, nous arrivons au sommet à petit pas: un demi-pied j'inspire, un demi-pied je souffle... 5360m, mon nouveau record! C'est l'aube et déjà le ciel pâlit à l'est. La lune est toujours là, la vallée est dans l'obscutité. C'est grandiose! Il fait très froid, -15 ou -20°C mais c'est splendide! L'air est si pur si clair que les montagnes semblent très proches. Sur 360° nous avons un spectacle unique. Pas un nuage, un ciel d'un bleu profond, des montagnes de dentelle. Nous restons là une heure environ pour assister à l'arrivée majestueuse du roi soleil qui de ses rayons colorés va peu à peu embraser les sommets avoisinnants.

Au début nous n'étions qu'une quinzaine, mais peu à peu, les gens vont arriver et envahir le sommet. Quand le clou du spectacle est passé, nous redescendons sur Gokyo, abandonnant le sommet aux autres touristes. Ils ne savent pas ce qu'ils ont manqué. Le lever du soleil est bien plus beau que la vue de jour. Le sommet du mont est comme beaucoup de sites dans l'Himalaya, des caerns servant de mémorial, des lungtas flottant au vent, des foulards soyeux. Cela donne un air particulier, vivant. Pour les sherpas, cela signifie que les esprits habitent ce lieu. Sonam profite de quelques instant pour méditer face à l'Everest.

En une heure nous voilà de retour au lodge. Nous prenons un petit déjeuner, bouclons nos sacs et reprenons la route en direction de la vallée. Nous longeons le deuxième lac au bord duquel de nombreux caerns sont disposés. Sonam m'explique que c'est un lieu de pélérinage local. Ces caerns sont levés par les pélerins lors des cérémonies en juillet. Jean est parti en avant avec son guide, il va essayer de réserver des chambres à Phortsee pour tout le monde. Les allemands nous accompagnent.

Pendant un temps, nous suivons le chemin qui vient de Namche. Il y a plus de monde que lors de la montée après Thame. C'est une voie assez fréquentée. Au bout d'un moment, nous quittons ce chemin, nous descendons et traversons le torrent pour passer sur l'autre versant. Là, les rencontres deviennent plus rares, les pistes sont un moment difficiles à deviner dans les broussailles. Puis les pentes deviennent de plus en plus raides. Il ne faut pas avoir le vertige. A un moment, le guide des allemands manque de perdre son fardeau. Il aurait eu beaucoup de mal à le récupérer! Le précipice fait plusieurs centaines de mètres.

Tout d'un coup, au détour d'un chemin, un lodge se dresse et nous accueille pour une tasse de thé. Les gens qui sont là sont très isolés. Le village le plus proche est à plusieurs heures de marche. C'est notre jour de chance, nous croisons aussi quelques animaux sauvages: des perdrix des montagnes, un bouquetin majestueux qui traverse le chemin à quelques dizaines de mètres de nous, d'après Sonam, c'est le met de choix du Yéti. Peu avant Phortsee nous apercevons le fameux "National Bird", l'oiseau emblématique du Népal, un genre de paon à queue courte, de la catégorie des faisans au plumage très coloré, appelé Daphné ou lophophorus. Nous verrons aussi deux femelles au plumage gris et enfin, une biche dans les bois avant d'arriver.

En arrivant au lodge prévu, il n'y a plus de place. Nous nous rabattons alors sur un autre lodge, très récent. Après s'être installés, nous avisons la "hot shower". Super, nous allons enfin pouvoir prendre une douche. En fait de douche, c'est une petite pièce en plein air, fermée par des tôles ondulées, sol en béton légèrement incurvé avec un tuyau d'évacuation. On m'apporte un seau d'eau chaude, très chaude, avec un pichet! On plonge le pichet dans le seau et on s'arrose avec l'eau brûlante. Cela fait du bien, mais on ne s'éternise pas... dehors il fait en-dessous de zéro, maintenant que le soleil est couché.

Après une bonne nuit, moins fraîche qu'à Gokyo (nous sommes à 3810m), nous reprenons les sacs pour rejoindre Tengboche de l'autre côté de la vallée. En une heure et demie, nous redescendons 400m et remontons 400m. Nous aurons la chance de croiser un troupeaux de chèvres sauvages des montagnes. Comme Sonam est parti devant pour essayer de trouver un lodge pour la nuit, il m'a laissé une partie de mon barda. Je sens que ce matin mon sac est plus lourd que d'habitude. Je me rends compte combien Sonam m'a soulagé auparavant. Peu avant Tengboche, Sonam nous rejoint et me prend mon sac, il a laissé le sien au lodge. Il me laisse au monastère pendant qu'il emmène les allemands au point d'hébergement une demie-heure plus loin. Comme il fait beau, je n'ai gardé avec moi que ma polaire et mon blouson coupe-vent.

Je fais le tour du site et quelques photos. Ce monastère date de 1916, mais depuis 350 ans, les moines savaient que là il y aurait un monastère, car c'est un lieu sacré. Il a été détruit deux fois et à chaque fois reconstruit plus beau. Il abrite une soixantaine de moines et moinillons. La vue avec la montagne en arrière plan est superbe. Quand les cérémonies commencent, vers 8h30, j'entre dans le monastère pour assister aux danses. Restant près de l'entrée pour guetter l'arrivée de Sonam, je suis à l'ombre et très rapidement je ressens le froid. J'ai hâte que Sonam arrive et m'indique le lieu du gîte pour aller y rechercher ma doudoune. Mais c'est sans compter sur la prévenance de Sonam. En effet, quand il arrive et que je lui demande comment aller au lodge, il me sort ma doudoune qu'il a pris dans mon sac, ainsi que mes gants fourrés. Ah! je l'ai béni à ce moment là car j'étais déjà presque congelé.

Les danses Mani Rimbu vont durer sans interruption jusqu'à la tombée de la nuit. A part deux intermèdes au cours desquels nous sommes allés manger et nous avons fait une visite à l'eco-center, un centre d'accueil et d'information des touristes, j'ai assisté à toutes les danses. Sonam m'a expliqué un peu le principe. Les danses sont toujours un peu pareil, la musique aussi, mais les costumes changent. Les danses sont l'animation de livres de prières où il est question de dieux, de démons, de gardiens, etc.... Les chants et la musique rythment les pas. La musique est faite à partir de grandes trompes, de cymbales, de clochettes, de tambourins, de genres de flûtes à bec. Au cours de la journée, il y a deux intermèdes comiques où des moines miment les manies des touristes: ils se moquent gentiment de nous avec nos appareils de photo, nos chapeaux, nos sacs à dos et nos gros souliers. A un moment, ils invitent une touriste américaine à se joindre à eux, elle joue le jeu mais en fait un peu trop et ne se rend pas compte qu'elle se ridiculise.

Les cérémonies sont présidées par le leader master du monastère, le head lama, Rinpoche. Il est la réincarnation du Lama Gulu qui a fondé le monastère. Sonam m'explique le principe des réincarnations. Avant de mourir, un lama fait un genre de testament où il décrit où et comment il se réincarnera. Après sa mort, les moines recherche l'enfant qui est préssenti pour être la réincarnation. Quand il l'ont trouvé, il le mettent à l'épreuve en lui présentant divers objets en plusieurs exemplaires identiques dont ceux ayant appartenu au lama décédé. S'il est la réincarnation, il choisit sans hésiter les objets ayant appartenu au moine décédé.

Le spectacle est aussi bien sur l'esplanade que dans le public, il y a des visages très caractéristiques et les photographes s'en donnent à coeur joie. A la nuit tombée, nous rejoignons le lodge où nous mangeons et nous changeons car il fait froid, puis nous rejoignons le monastère à la lampe électrique. Là, les hommes et les femmes sherpas forment une farandole, les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Ils chantent et dansent des complaintes traditionnelles. Le pas est toujours le même. Sonam se joint à la farandole et danse avec les autres. Quelques touristes se mèlent aux danseurs et essayent le pas. Ce n'est pas évident car il n'est pas aussi simple qu'il ne paraît, il est complexe et disymétrique. Au bout d'un moment, je me retire pour aller me coucher. Sonam m'accompagne jusqu'au début du chemin que je ne me trompe pas, puis retourne danser. Il dansera jusqu'à une heure du matin.

La nuit sera très fraîche, d'autant que je n'ai pas pu avoir de couverture, il n'y en avait plus. Je me suis donc débrouillé avec mon sac de couchage, ma doudoune et ma polaire. Au matin, la vitre de la fenêtre était toute givrée. J'ai partagé la chambre avec l'allemand.