lundi 8 mai 2017

Ninh Binh, la Ha long terrestre

Ninh Binh est une zone où le relief est identique à celui de la Baie d’Ha Long, elle est d’ailleurs appelée la Ha Long terrestre. Relief calcaire en pains de sucre au milieu des rizières, les paysages sont splendides et à mon avis, plus beaux que la baie d’Ha Long. 
Mon hôtel d’Hanoï m’a trouvé une place dans un minibus qui fait un circuit touristique dans la région. Je profite donc du périple qui passe par Hoa Lu, le site d’une ancienne capitale du Vietnam indépendant de 960 à 1010.
Il n’en reste que deux temples reconstruits au XVII° siècle.

J’arrive à mon hôtel vers 12H30. C’est un petit hôtel familial au milieu des rizières. Cadre très sympathique et accueil très chaleureux. De tous les hôtels que je ferai au Vietnam, c’est de loin celui que j’ai préféré.
La maîtresse de maison est une femme charmante d’une très grande gentillesse et qui parle un peu le français. La cuisine est si bonne que durant les trois jours que je passe là, je ne vais pas manger ailleurs. La jeune femme à l’accueil est aussi charmante et de très bon conseil pour les visites. Je me sens comme en famille dans cet hôtel. Je rencontre un alsacien qui comme moi fait un périple dans le pays, nous sympathisons rapidement et prenons nos repas ensemble.
Pour l’après-midi, je loue un vélo à l’hôtel et vais visiter une pagode à deux kilomètres de là.
Située au pied d’un pain de sucre, un petit pont de pierre suivi d’un portique permet d’y accéder.
Un premier temple se situe au pied du rocher.
Puis un escalier tantôt extérieur, tantôt dans une grotte nous conduit au sommet du rocher d’où l’on a une belle vue sur l’environnement et le relief caractéristique des lieux.
Puis je m’enfile dans la vallée jusqu’à un parc, la réserve d’oiseaux de Thung Nham. C’est un parc au creux d’une vallée fermée par plusieurs pains de sucre.
Un lac occupe une bonne partie du site et on peut en faire une partie du tour par un sentier qui parfois emprunte une passerelle de bambous.
Ce parc détient un magnifique bonzaï de mille ans. Le cadre est magnifique.
Le lendemain, je pars avec un tour dans un parc où est installé un centre de sauvegarde des chimpanzés et des tortues. Quand certains de ces animaux sont découverts blessés ou confisqués par les douanes, ils sont conduits là pour être soignés puis relâchés dans la nature. Au final, je regrette un peu la sortie car on fait beaucoup de route pour pas grand-chose.
Le soir, avec mon compère, nous allons faire un tour au village où démarre un festival traditionnel. Pour la soirée, quelques jeux sont organisés comme du tir à la corde. C’est une ambiance festive, de fête de village très sympathique.
Le jour suivant, je me lève de bonne heure et avant le petit-déjeuner, je vais au centre du village où démarre le festival. Toutes les confréries du village se regroupent en costume traditionnel et rejoignent en cortège un temple, emportant avec elles un trône sur brancard, trône de bois d’un certain poids mais que les porteurs font danser avant d’arriver.
Notre hôtesse fait partie du cortège en costume traditionnel. C’est magnifique.
Puis, je loue une moto et sur les conseils de l’hôtesse d’accueil, je fais un petit périple très intéressant Tout d’abord la petite pagode de Hang Mua qui en elle-même n’a pas grand intérêt, mais un escalier de plus de 450 marches nous conduit au sommet du piton rocheux qui la domine.
Une vue splendide sur le relief environnant nous y attend.
Ensuite, plutôt que de faire la balade en barque traditionnelle de Tam Coc qui est très commerciale, je fais celui de Trang An. Pour le même prix, dans un cadre beaucoup plus beau que Tam Coc,
nous faisons deux heures trente à trois heures de balade en barque au lieu d’une heure trente,
on traverse plus de neuf grottes au lieu de trois et à l’issue on n’est pas sollicité par les rameuses pour acheter des nappes.
Je pousse ensuite vers la pagode de Bài Dinh.
C’est une pagode très récente qui a été inaugurée en 2010 mais qui est gigantesque et comprend plusieurs temples,
deux immenses galeries de statues de moines tous différents les uns des autres,
un clocher
renfermant une énorme cloche de plus de 20T,
un immense pagodon qui se voit à des kilomètres à la ronde,
plusieurs bouddhas de grande taille dont un qui trône au sommet d’une colline. La construction de cette pagode a dû coûter une fortune, mais cela vaut le coup d’œil.

Puis je pousse vers Phat Diêm où paraît-il il y a une cathédrale originale.
C’est le moins qu’on puisse dire. Construite fin du XIX° siècle, elle allie le style des pagodes vietnamiennes au style des églises occidentales.
L’architecture ressemble à une pagode, mais les sculptures représentent les saints et la vie du Christ.
Le résultat est surprenant et très beau. Je ne visite que de loin l’intérieur car une messe débute au moment de ma venue.
Comme je prends le bus ce soir pour Hué, je ne peux pas rester, à mon grand regret.

Album photos de Ninh Binh:

https://goo.gl/photos/unRnFUNY2SiBYNcP6

jeudi 4 mai 2017

Dien Bien Phu

Lieu de la fameuse bataille finale de l’armée française face au vietminh, en 1954. Etant au Vietnam, c’était aussi un rêve d’aller voir ce lieu pour comprendre  et rendre hommage aux soldats de l'armée française qui y sont morts.
Par avion, je fais un aller-retour en passant deux nuits sur place. Une nuit aurait suffi.
Dès l’arrivée on est mis dans le bain : une carcasse de char est là, à gauche au bord du terrain, au début de la piste d’atterrissage. Par une chaleur étouffante, pendant deux jours, je parcours à pied le champ de bataille, car ce n’est pas grand, allant du musée aux différentes collines et au pc de de Castries. Les vietnamiens ont fait en sorte que la plupart des vestiges soient conservés.
Le musée montre le déroulement de la bataille en mettant bien sûr l’accent sur l’ingéniosité et les formidables efforts du vietminh.
C’est vrai que c’est remarquable et je ne comprends pas comment le commandement français a pu les sous-estimer.
Les français ne sont pas montrés sous leur meilleur jour. Les quelques blessés qui ont été soignés et libérés par les viets sont mis en avant et leurs lettres de remerciement exposées.
En face du musée, il y a le plus beau cimetière militaire du Vietnam. Son entrée est grandiose avec des fresques illustrant la bataille.
A côté, la colline Eliane 2.
Pour conserver le site en l’état, les tranchées, les trous d’obus ont été bétonnés et les sacs de sable remplacés par des sacs de ciment.
On peut se promener dans les tranchées et les abris. C’est impressionnant.
Une carcasse de char est restée sur place et juste à côté, un petit monument à la mémoire des combattants vietminh tombés sur les lieux.
Des bâtons d’encens et des lumignons sont à disposition sur le char pour leur rendre hommage. Comme il n’y a aucun cimetière français à Dien Bien Phu, les morts ayant été enterrés sur place au fur et à mesure et ils y sont encore sans aucun repère, je me suis permis de détourner un de ces lumignons pour le mettre sur le char à la mémoire de tous ces morts.
Du sommet d’Eliane, on voit parfaitement les versants et les lignes de crête des montagnes environnantes.
Un peu plus loin, les deux collines Eliane 1 et 4. Seuls des monuments viets les marquent, mais les traces des tranchées sont encore visibles. Ces trois collines ne font pas plus de trente mètres de haut au-dessus de la plaine.
Viennent ensuite les collines de Dominique, sur la plus haute qui ne fait que cinquante mètres, un monumental monument de la victoire a été dressé.
De là-haut, on a une vue assez bonne du champ de bataille. La piste d’aviation se trouvait entre la route qui part au nord et la rivière. Cet espace est maintenant entièrement construit. Car si Dien Bien Phu n’était qu’un village en 1954, c’est maintenant une ville.
Au pied de la colline et du grand escalier, une gigantesque fresque illustre la bataille.
Un peu plus au nord, encore, les trois collines Béatrice ont aussi fait l’objet de mesures conservatoires, comme sur Eliane 2,
la plupart des tranchées ont été bétonnées ainsi que les abris et postes de tir.
Là, bien que la ville soit très proche, il y règne un silence pesant. Comme à Eliane, j’ai détourné quelques bâtons d’encens pour les disséminer dans les abris à la mémoire des soldats de l’armée française.
En redescendant, je tombe sur un motobike qui me propose de m’emmener, je saisis l’occasion pour aller sur Gabriel qui est plus au nord. Là aussi, seul un monument viet est dressé et il reste  les traces des tranchées et des abris.
Le PC de de Castries a aussi fait l’objet de mesures conservatoires,
il a été reconstruit au même emplacement et il a été bétonné, mais sous forme de salles en enfilade, ce qui n’était pas le cas.
Un bas-relief montre la reddition du général de Castries et sa sortie du PC. Alors qu’il y a beaucoup de visiteurs et que cela grouille d’asiatiques prenant des photos, j’ai eu un moment seul dans le PC. Il y régnait alors un silence sépulcral.
Devant ces murs nus, ces salles quasiment vides, j’ai fait un moment de silence et de recueillement pour tous ceux qui se sont battus ici.

En sortant, j’ai cherché le mémorial qui a été édifié par un ancien légionnaire avec l’aide de la légion. Il est indiqué nulle part, même pas sur les cartes. Il faut poursuivre la route qui longe le PC sur la gauche et cinq cents mètre plus loin, à gauche, il y a une enceinte fermée par un mur blanc.
Au centre un obélisque et quelques plaques souvenirs. Là aussi, curieusement, il y règne un certain silence.
Par-ci, par-là, des carcasses de char, des canons sont laissés sur place et parfois protégés par des auvents et une plaque rappelle quand ils ont été neutralisés.
A côté du PC de de Castries, le pont Bailay qui traverse la rivière est encore en place, mais dans un triste état. Il est interdit à la circulation automobile, mais on peut le franchir à pied ou en moto.
Je ne regrette pas cette visite très intéressante, instructive mais oh combien émouvante et poignante. En ayant vu les lieux et les ayant parcourus, je ne comprends pas comment le commandement français de l’époque a pu aller se fourrer dans ce trou à rat.
La cuvette ne fait pas plus de 6 km de large pour 18 km de long, les points hauts occupés par les français ne faisaient que trente mètres de haut, seule Dominique en faisait cinquante. Tout autour, les montagnes faisant plus de cent mètres de haut. A courte distance, 1000m du centre de la cuvette, l’ennemi avait une vue directe sur toutes nos positions et pouvaient même compter les boutons des vareuses. A cette époque-là, la France ne tenait plus que Hanoï. Dien Bien Phu est à 500 Km de là et ils n'avaient pour seul moyen de ravitaillement : la piste d’aviation. Il n’y avait pas de route et le terrain était aux mains des viets. Giap l’avait parfaitement compris et alors qu’à Na San il n’avait pas pu détruire la piste, il avait parfaitement vu que c’était le point faible de la cuirasse et son premier objectif a été de la détruire.
A contrario, les viets ont fait preuve d’une ingéniosité et d’un acharnement phénoménal. Ils ont tracé des routes de nuit dans la jungle, les camouflant de jour,
transportant les canons en pièces détachées, les munitions et le ravitaillement sur des vélos Peugeot puis par camions. Nos soldats se sont battus comme des lions, mais ils n’avaient aucune chance de gagner face à la déferlante viet. Après avoir vu les lieux, j’ai un profond respect pour ceux qui y étaient. C’était un combat perdu d’avance.

Je repars avec un certain sentiment de malaise car beaucoup de vietnamiens nous regardent avec un petit sourire, un peu comme s’ils nous disaient : « hein, on vous a bien battu, là !»


Album photos Dien Bien Phu:

https://goo.gl/photos/PAybY6fSKYAZb85aA