mardi 6 septembre 2011

Fin du voyage en Roumanie

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Dimanche 7 août, nous nous levons vers 9h et prenons le petit-déjeuner dans l’appartement de Maria. Alex nous rejoint et nous gagnons l’église à pied à quelques centaines de mètres de là. Tous les villageois convergent vers l’une ou l’autre église, orthodoxe ou gréco-catholique. Beaucoup de femmes sont habillées en costume traditionnel très coloré, jupe courte évasée, fleurie et de couleur vive, fichu noué sur la tête. C’est la première messe officielle d’Alexandru, il concélèbre avec le curé de la paroisse. Le cérémonial étant très complexe, c’est le curé qui préside. Armel participe en tant que diacre. La messe dure 1h45, les chants sont beaux et comme pour la messe d’ordination, cela dure toute la messe. A l’issue, tous les fidèles défilent devant Alexandru qui les bénit. L’église est toute neuve car l’ancienne église gréco-catholique avait été donnée aux orthodoxes par le régime communiste et ils ne veulent pas la rendre bien qu’ils ne s’en servent pas. Nous avons découvert au cours de notre séjour, le conflit qui existe entre les deux rites. Les orthodoxes n’acceptent pas que les gréco-catholiques retrouvent leurs fidèles qui avaient été obligés de se tourner vers les orthodoxes, leur religion étant interdite et durement réprimée. Maintenant que la liberté est revenue, les gréco-catholique reviennent à leur rite au grand dam des prêtres orthodoxes qui pratiquent pressions, menaces voire voies de fait. Mgr Virgil nous en avait longuement parlé, ainsi qu’Alexandru. Le conflit ne vient pas des fidèles qui acceptent très bien les divers rites, mais c’est le fait du clergé orthodoxe.
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A l’issue de la messe, nous montons dans les voitures pour rejoindre le hameau des parents d’Alex, Turţ Băi. Nous prenons un chemin forestier tout juste carrossable, il ne faut pas que les voitures soient trop basses. Le repas de fête se fait dans leur nouvelle maison qui est en construction, il n’y a que le clos et le couvert : les murs, le toit, les menuiseries. Les tables sont dressées à l’intérieur car ils craignent un orage qui ne viendra pas. Alex se met tout de suite à la cuisine, deux chaudrons sont suspendus au-dessus d’un feu et la viande mijote déjà depuis trois heures. Il va finir la préparation en rajoutant légumes et épices et cela va continuer à cuire pendant deux heures. Il y a de la viande de porc, du veau et du bœuf. Quand tout le monde est là nous passons à table pour prendre l’apéro à la …. Pálenka, bien sûr, accompagnée de petites saucisses du pays, de beignets de viande, de poivrons farcis au fromage, de boulettes de viande et de champignons. C’est excellent, mais en fait d’apéro, c’est une véritable entrée.
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Suit ensuite le repas excellent et très copieux, nous sortons de table vers cinq heures, repus. Nous montons faire une promenade vers la maison des parents d’Alex, maison ancienne au confort très sommaire : une cuisine en terre batue et une salle de séjour, les toilettes sont au jardin. Le cadre est champêtre et sympathique. Nous montons sur la colline pour avoir une vue sur les environs. Quand nous redescendons, après une distribution de bonbons et de ballons aux enfants les gens se séparent et rentrent chez eux. Christophe, Charles et moi, nous sommes ramenés au village par un cousin d’Alex qui est très fier de nous faire découvrir son pays et nous emmène voir l’entrée de l’ancienne mine qui est maintenant désaffectée. Le soir, encore repus du repas de midi, nous avons du mal à grignoter ce que la mère d’Alex nous a donné. Nous rejoignons nos lits fatigués mais contents.
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Le lendemain lundi, nous quittons le village et rejoignons Satu Mare où nous déjeunons chez les parents de Lavinia après avoir récupéré Armel et Véronique. Nous partons ensuite pour Budapest en laissant Lavinia chez ses parents. A Budapest, nous nous installons dans une auberge à proximité de l’aéroport et où nous avions réservé des chambres. Avant la tombée de la nuit, nous allons faire un tour rapide en ville pour avoir un petit aperçu, nous nous promenons dans les rues de la vieille ville et nous passons près du parlement superbe édifice au bord du fleuve, tout en dentelle de pierre. Nous dînons tranquillement à l’auberge et allons nous coucher de bonne heure, demain nous allons à Vienne.
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Partis de bonne heure, nous prenons un petit déjeuner dans un restauroute et atteignons une zone commerciale avant la frontière autrichienne où de très nombreuses marques ont installé des magasins d’usine. C’est un vrai village avec des bâtiments récents mais de style où toutes les grandes marques vendent leurs produits avec des réductions allant de 30 à 70% par rapport aux commerces normaux. Alex nous lâche environ deux heures et chacun tourne en quête de bonnes affaires. Nous nous retrouvons à la cafétéria pour déjeuner puis nous filons à Vienne.
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Nous garons les voitures dans le parking souterrain de l’opéra et nous promenons dans les rues piétonnes autour de la cathédrale puis le long du boulevard le long des châteaux. C’est une ville magnifique, grandiose. La cathédrale est en rénovation, mais les échafaudages sont habillés de toiles sur lesquelles la cathédrale est peinte. La promenade nous donne envie d’y revenir. De retour à l’auberge, nous dînons et allons nous coucher rapidement.
Le lendemain, mercredi 10 août, c’est le jour de départ de la famille S. Le matin, nous faisons un tour dans la ville pour en avoir un petit aperçu et nous visitons la cathédrale, superbe, plus belle que celle de Vienne à mon goût. A 13h, nous déposons Carmen et la famille S à l’aéroport et nous reprenons la route en direction de Satu Mare. Armel et Véronique sont montés avec moi, Alex est seul dans sa voiture. Sur la route nous rencontrons soleil et pluie ce qui nous donne de beaux arcs en ciel. Nous dînons chez les parents de Lavinia puis Alex nous amène chez Virgil pour dormir. Virgil, petit cousin d’Alex est chef de cabinet d’un sénateur et son épouse Dumi est professeur au collège de Turţ Leurs revenus étant très modestes, ils habitent chez les parents de Virgil qui ont une grande et superbe maison. Virgil nous invite à boire un petit verre de Pálenka et nous entraîne voir l’atelier de sculpture sur bois de son père. Nous passons un bon moment à admirer ses œuvres, il a un bon coup de ciseaux. Virgil nous fait goûter une Pálenka de vingt-six ans d’âge. Nous passons un bon moment à bavarder, nos échanges se font en anglais.
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Jeudi nous partons avec Alex, Lavinia et Maria pour Oradea. Nous déjeunons dans la même pizzéria qu’à notre arrivée le premier jour, puis nous allons récupérer Cosmine chez lui. Nous sommes heureux de nous retrouver, son moral va bien, il avait passé une bonne soirée avec Radu lors de leur retour. Alex a rendez-vous avec Mgr Virgil qui nous reçoit de nouveau très gentiment. Cosmine nous attend dehors pendant l’entretien. Nous allons ensuite visiter la cathédrale orthodoxe avec la lune. Au cachet élancé et léger extérieurement, elle est très belle intérieurement, des fresques couvrant tous ses murs et voûtes. Cosmine nous fait découvrir le passage de l’aigle noir, une galerie commerciale puis nous nous promenons dans le cœur de la ville et découvrons un peu Oradea, très jolie petite ville. Comme je voulais acheter une véritable icône pour des amis qui aller célébrer leur quarante ans de mariage, Cosmine m’a proposé de nous emmener voir son père spirituel, le père Oreste, prêtre orthodoxe qui fait des icônes. Nous nous rendons à Băile Felix, ville thermale où le père Oreste célèbre dans une ancienne chapelle orthodoxe au milieu du parc de la station thermale. Nous arrivons au moment des vêpres. Je pense instantanément que c’est compromis, mais non, Cosmine nous surprend Armel et moi en traversant allègrement la chapelle et passant de l’autre côté de l’iconostase. Nous le voyons bavarder avec le prêtre qui lui montre des choses pendues au dos de l’iconostase, puis interpelle un fidèle qui lui amène une chaise, monte dessus et donne au père Oreste une plaque. Cosmine, tout aussi discrètement ressort retraverse la chapelle et nous entraîne dehors. Il me tend une très belle icône en me demandant si ça me convient. Je réponds par l’affirmative, mais quand je lui demande combien je lui dois, il me répond : « rien, c’est un cadeau du père Oreste ». Nous ramenons Cosmine en ville et rentrons sur Satu Mare en faisant un crochet par le terrain d’Alex et Lavinia. C’est un verger qui domine la ville, il a une vue magnifique. Reste à construire la maison !
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Vendredi matin, Alex et Lavinia arrivent tranquillement avec les filles. Nous allons passer la journée à la ferme chez les parents d’Alex. Journée tranquille, champêtre, très chaleureuse et sympathique. Les parents d’Alex nous accueillent très simplement, chaleureusement. Avec sa barbe, ses cheveux longs et ses yeux bleus au regard plein de bonté, le père d’Alex a une belle tête de patriarche. Nous faisons un feu sur lequel nous faisons griller du jambon et du lard gras sans maigre. On pique les morceaux au bout de baguettes de bois et on fait griller. Quand la graisse commence à couler, on la répand sur des tranches de pain ou d’oignons. Quand le lard est bien grillé, translucide, nous passons à table. Si cela ne paraît pas très ragoutant comme met, c’est en fait succulent, mais il ne faut pas en manger trop souvent. Après le déjeuner, nous montons dans la colline faire une petite promenade en laissant Patricia et Maria à leurs grands-parents. Nous ramenons une bonne quantité de mûres que les petites s’empressent de manger. Maria se régale et s’en tartine le museau. Patricia nettoie consciencieusement les mains de sa « peti sœur ». Nous rentrons paisiblement à Satu Mare.
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Le lendemain Samedi, nous partons passer la journée sur le terrain des parents de Lavinia. Au passage, nous passons voir l’oncle de Lavinia qui est prêtre Gréco-catholique. Il a d’abord été prêtre orthodoxe puis a changé de rite. Il est curé de paroisse et nous a fait visiter son église qu’il a fait construire. Durant notre séjour, nous avons été surpris de voir le nombre d’églises catholiques ou orthodoxes qui se construisaient. Nous avons eu des échanges très intéressants avec le père, il s’intéresse à l’évolution de la pratique en France. Comme il parle le français, nous échangeons en français. Nous rejoignons ensuite les parents de Lavinia. Alex se remet à la cuisine, préparant une marmite de viande à mijoter sur un feu de bois, puis il fait griller des champignons sur un plaque. La sœur de la maman de Lavinia est venue avec son mari et ses filles. Pendant les préparatifs du repas et pendant l’après-midi, le père de Lavinia passe le motoculteur entre ses rangs de vigne. Il a une douzaine de rangs d’environ deux cents mètres, plusieurs pêchers, des pruniers, des pommiers. Il récolte peu de fruits car malheureusement il se fait tout voler par les roms.
En fin d’après-midi, nous partons pour assister à la messe anticipée car nous partons à trois heures le lendemain matin. Nous rentrons directement sur Besançon, Alex, Lavinia, Patricia, Armel, véronique et moi. Armel et Véronique restant quelques jours à Besançon, je les accueille chez moi pour soulager un peu Alex et Lavinia qui doivent commencer leurs préparatifs de déménagement.
Ce voyage fut magnifique, nous étions un groupe très sympathique, les amis et la famille d’Alex et Lavinia nous ont accueillis avec beaucoup de gentillesse et de chaleur et nous avons vu de très belles choses. La cérémonie d’ordination a été très belle et émouvante. Je garderai un bon souvenir de ce séjour, cela donne envie d’y retourner visiter plus tranquillement et voir les autres richesses que l’on n’a pas vues.

Peleş le château royal

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Le lendemain jeudi 4 août, nous nous levons bien reposés et commençons la journée par la célébration de la messe, en plein air, dans la cour de l’auberge, avec en fond de tableau les falaises du cirque. Bien qu’étant orthodoxes, la patronne de l’auberge et les employés se joignent à nous, nouveau moment privilégié de paix et d’unité. Après le déjeuner, nous repartons en direction de Braşov. Aujourd’hui sera une longue journée de route sans grand intérêt si ce n’est au début et à la fin. Nous passons par les gorges de Bicaz, spectaculaires par leur étroitesse et leur profondeur, laissant peu de place à la route et au torrent. Après une montée en épingle à cheveux, nous atteignons le Lac Rouge. Formé par un effondrement de terrain en 1837, il doit son nom aux alluvions chargés d’oxyde de fer donnant paraît-il une couleur rouge. Pour l’heure il est bien vert. Serpentant au pied de reliefs pentus et boisés, il laisse apparaître des troncs de conifères morts qui se dressent au-dessus de l’eau. Site de cartes postales, il est un lieu très touristique. Nous faisons la pause déjeuner dans une guinguette où nous mangeons quelques spécialités locales.
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Après une longue route relativement bonne pendant laquelle la plupart des passagers se sont assoupis, nous atteignons Braşov, jolie ville fortifiée construite au pied des Carpates, deuxième ville du pays, ancienne capitale marchande du « pays saxon ». Nous y retrouvons Ariadna, une amie de Christine et Carmen, roumaine ayant épousé un bisontin et qui est en vacances chez ses parents. Elle nous fait faire un tour en ville pour nous en faire découvrir les joyaux de style baroque et construits autour de la place du conseil dite Sfatului. Au centre de cette place trône l’ancien hôtel de ville, la Maison du Conseil, où nous assistons à une petite prestation d’une garde en costume d’époque avec hallebardes et trompettes. La cathédrale orthodoxe de la dormition de la Vierge, cachée au fond d’une cour nous accueille pour une petite visite. Après un rafraîchissement pris à une terrasse de café offert par Ariadna, nous déambulons dans les rues voisines, découvrant des bâtiments aux façades colorées et au style germanique, Tirant son nom des traces d’un incendie sur ses murs, l’église noire se dresse fièrement à proximité. En fin de journée, nous repartons en direction de Sinaia, station de ski très en vogue. Très heureuse de faire découvrir son pays à ses amies, Ariadna nous accompagne pour la nuit. A cinquante mètre de l’hôtel, un carrefour un peu particulier est étroitement surveillé par les flics. Je marque le stop, et comme la voiture qui arrivait était assez loin je passe le carrefour. Estimant que je les avais provoqués, les flics m’arrêtent. Il faut toute la force de persuasion d’Alexandru pour qu’ils acceptent de me rendre mon permis. Nous prenons possession de nos quartiers dans l’hôtel et allons dîner dans un petit restaurant plus loin. A l’issue, Radu emmène Charles et Constance en boîte pour leur faire découvrir cet aspect du pays, mais ils reviennent assez vite car ils n’ont rien trouvé. Cosmine, Radu, Christophe, Charles et moi passons un moment à bavarder autour de la bouteille du « petit-frère ». Cette fois, le sujet tourne plutôt autour de la motivation des jeunes à travailler durant leurs études. Nos sujets de discussion sont très divers et bien qu’arrosés de pálenka, ils sont intéressants.
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Le château de Peleş étant très près de Sinaia, c’en est le but de notre visite du matin. Nous découvrons un château de conte de fée, perché sur sa colline dans un environnement de forêts et de montagnes. Avec ses tourelles, ses colombages et son style néo-renaissance allemand, ce château rappelle les origines germaniques de la famille royale. Construit pour le roi Carol I° et son épouse Elisabeth entre 1873 et 1883, étendu et rénové en 1914, ce superbe édifice comprend 160 pièces et est doté d’équipements à la pointe du modernisme : électricité, chauffage central, ascenseur, etc… Trois circuits de visite sont prévus, nous n’en feront que le premier qui dure 45 minutes et couvre seulement le rez-de-chaussée alors que les trois demandent près de deux heures de visite et couvre les trois niveaux. Nous en aurons cependant plein les yeux. Nous commençons par enfiler des chaussons par-dessus nos chaussures puis nous emboîtons le pas d’une guide parlant français. En passant par le hall d’honneur, la salle d’armes, le bureau du roi, la bibliothèque, le salon de musique, le salon mauresque, la salle à manger, le théâtre, nous sommes transportés dans une ambiance particulière, un autre monde. Nous sommes émerveillés par la qualité du travail du bois, les plafonds en caisson, les tapisseries, peintures et sculptures, vitraux inspirés des contes allemands et roumains, les mosaïques, les bronzes et les marbres de Carrare. La collection d’armes anciennes et orientales de la salle d’armes est unique et fantastique. Nous aurions bien continué la visite du reste du château tellement c’est fabuleux.
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Après cette visite nous rejoignons Bran où pendant que nous faisons quelques courses pour pique-niquer, Cosmine et Radu partent brutalement sans nous dire au revoir : Cosmine vient d’apprendre que son oncle, malade, était décédé l’avant-veille et qu’il était enterré aujourd’hui même. Bouleversé, il est parti tout de suite. Confus, nous arrivons à le joindre par téléphone et à lui transmettre notre amitié et notre compassion. Nous nous garons au pied du château médiéval, pique-niquons et partons le visiter. Construit en bois en 1212 puis reconstruit en pierre après une destruction en 1377, il est passé entre diverses mains avant de devenir garnison autrichienne. Démilitarisé au 18°siècle, il est offert en 1920 à la reine Marie de Roumanie par la ville de Braşov à qui il appartenait. Elle en fit la résidence d’été telle que nous la découvrons. Elle le transmettra ensuite à l’une de ses filles, la ravissante princesse Ileana. Comme pour plusieurs châteaux de Roumanie, des responsables touristiques en ont fait la demeure de Dracula et les commerces avoisinants exploitent ce filon. Le circuit de visite permet d’avoir un bel aperçu de l’édifice et de la vie entre ses murs, très intéressant, mais après le château de Peleş, il fait bien sûr pâle figure. Des panneaux très instructifs racontent l’histoire des différents maîtres du lieu, de la légende de Dracula et de son auteur.
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Nous repartons et faisons une halte à Sighişoara, ville médiévale fortifiée présentant quelques jolies maisons et édifices. Nous faisons un petit tour dans la vieille ville où nous assistons un peu à un concert dans l’église. La route nous conduit ensuite jusqu’à Turda où nous allons dormir. Nous arrivons dans un quartier en très mauvais état, routes défoncées, maisons délabrées. Nous nous demandons un peu où Alex nous emmène. Nous débarquons dans une maison qui de la rue ne paie pas de mine, voisine d’une maison bien délabrée digne d’un film de Dracula mais habitée, mais nous avons la surprise d’arriver dans un intérieur mignon, propre et bien entretenu. Nous allons à la pizzeria du coin pour dîner puis nous revenons nous installer. Ce soir nous veillons avec nos hôtes, très accueillants et chaleureux. Nous apprenons qu’ils sont témoins de Jéhova, ce qui inquiète les filles. Ils nous font remarquer que Christophe ressemble beaucoup au roi Michel I°, dernier roi de Roumanie, ce qui nous amuse beaucoup et donne l’occasion de boutades. Nos échanges se font en anglais avec le fils et en roumain par l’intermédiaire d’Alex avec les parents.
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Le lendemain matin, Alexandru célèbre la messe sur une petite table au milieu du jardin, situation un peu paradoxale alors que nous sommes chez des témoins de Jéhova. Après le petit-déjeuner, l’hôte nous conduit très gentiment jusqu’à la mine de sel de Maria Terezia. Son exploitation a débuté en 1690 et elle a été fermée en 1920. Exploitée en forme de cloche jusqu’en 1880, pour une partie et en pyramide pour une autre entre 1873 et 1920, c’est une des plus ancienne mine de Roumanie. D'une profondeur de 120m par rapport à la surface, il y a 90 m depuis le balcon d’accès. Le diamètre du cône fait 70 m à la base, un lac d’eau salée s’y est formé avec une profondeur maximum de 8 m et une île de 5 m de haut sur laquelle des aménagements ont été faits. Au sommet du cône, deux trous correspondaient avec la surface, l’un pour l’accès, l’autre pour l’extraction des matériaux. Dans la grande salle en pyramide, des aménagements ludiques permettent aux visiteurs d’y passer des journées entières, l’air ayant un pouvoir curatif. Il y a une grande roue, des baby-foot, billards, ping-pong, piste de pétanque, etc… Une foule se pressant pour attendre l’ascenseur, nous empruntons les escaliers de bois pour descendre. Les différents paliers nous donnent une vision différente de l’environnement. Etroite et en forme de couloir au niveau du balcon supérieur, la salle est immense à la base. Pour accéder au lac, nous empruntons aussi l’escalier. Ces salles sont impressionnantes à voir, aussi bien du haut que du bas. Les couches de sel font de jolies marbrures sur les parois. Pendant notre séjour au bord du lac, Carmen, Constance, Charles, Joséphine et Patricia font un petit tour en barque. Nous remontons à la grande salle par un ascenseur, mais à la surface par l’escalier car il y a trop d’attente à l’ascenseur. L’air est frais mais pas trop, il y fait bon, mais en sortant nous sentons la chaleur nous écraser d’un coup, d’autant que les voitures étaient restées au soleil.
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Sur les coups de midi, nous arrivons à Cluj-Napoca que Lavinia connaît bien car elle y a séjourné dans le cadre de ses formations. Nous allons prendre des sandwiches dans un fast-food où on les compose soi-même. Nous retournons aux voitures en faisant un petit tour. Nous reprenons la route vers Satu Mare où nous laissons Lavinia et Patricia, Armel et Véronique chez les parents de Lavinia, ils conduiront ces derniers chez Virgil le cousin d’Alex. Nous, nous rejoignons Turţ, le village d’Alex où nous devons dormir. Après avoir quitté la grande route, nous prenons une route de plus en plus défoncée. Notre arrivée au village se fait juste au moment du retour des vaches qui avaient passé la journée aux prés. Alex rentre dans le troupeau à grand renfort de coups de klaxon, je le suis mais plus calmement. Nous remontons ainsi tout le troupeau qui est interminable. Toutes les bêtes du village sont ainsi rassemblées le matin, conduites aux prés puis ramenées le soir. Au fur et à mesure qu’elles avancent dans le village, elles rentrent d’elles-mêmes directement dans leurs fermes.
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Nous sommes contents d’arriver car nous sommes quand même fatigués et certains, ne s’étant pas méfiés et ayant mangé très épicés, avaient quelques soucis d’estomac. Nous sommes très gentiment accueillis par la sœur d’Alex, Maria, qui nous a préparé un bon repas : pomme de terre, concombre, cèpes, et viande. A l’issue du repas, Maria propose d’habiller Joséphine avec le costume traditionnel de sa fille Alexandra, différent de celui de Borşa, il est tout aussi beau et coloré. La famille S s’installe pour dormir dans l’appartement de Maria qui leur laisse, Charles et moi, nous allons dans l’appartement des parents d’Alex, dans le bâtiment voisin.

Les monatères de Bucovine

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Le mardi 2, pendant que nous dormons tous, Alex se lève de bonne heure pour aller célébrer la messe avec le prêtre du village. Quant à nous, après une très bonne nuit au cours de laquelle nous avons bien récupéré, toilette et petit-déjeuner, arrive Radu avec la jeune fille du propriétaire qui nous propose de nous habiller en costume traditionnel. Charles, Constance et Carmen ouvrent le bal, puis Christine, Véronique et moi avec Joséphine qui a un superbe costume amené par jeune fille elle-même costumée. Pour ma part, j’ai du mal à rentrer dans la blouse un peu trop juste pour moi, il va falloir que je marche pour perdre mes kilos ! Nous faisons bien sûr une série de photos en nous amusant bien. Avant de repartir, le propriétaire nous fait visiter une deuxième maison où sera un autre gîte puis nous repartons vers un monastère en construction en haut d’un col, puis vers Vatra Dornei, ville thermale où nous prenons un repas très copieux et excellent dans un beau restaurant au fond d’un vallon.
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La route nous conduit ensuite au monastère de Moldovita construit en 1532 par le Voïvode Pierre Rares. Monastère fortifié au centre duquel une église superbe dont les murs sont couverts de peinture bibliques aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Cosmine connaissant la mère supérieure du monastère, elle nous fait une visite commentée tambour battant, en français. Elle nous apporte des explications passionnantes sur les fresques. A l’issue, nous attendons Alex et Lavinia, Armel et Véronique allés voir une artiste peintre sur œufs connue mondialement. Nous sommes dans le pays des œufs peints. Ils m’en ont ramené un superbe car nous en avions parlé avant. Nous reprenons la route vers un autre monastère tout aussi beau mais différent.
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Le monastère de Sucevita construits à la fin du XVI° siècle lui aussi et comme le précédent, couvert de fresques magnifiques. La symbolique en est telle que Cosmine nous dit que lui-même n’est pas prêt d’en comprendre toute la signification et la profondeur. C’est au cours de cette journée que nous rencontrons les routes les plus défoncées. Nous traversons des villages avec de superbes maisons et églises de bois. Les paysages sont magnifiques rappelant tantôt l’Auvergne, la Suisse, les Vosges. Arrivés dans le village de Putna, nous dînons dans un restaurant excellent où avisant une petite scène pour un orchestre, Patricia, trois ans, la fille d’Alex et Lavinia révèle ses talents de chanteuse en chantant « le lion est mort » avec justesse et tonus. L’hébergement a lieu dans une maison comprenant deux très grands lits par chambre, lits de deux à trois places…
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Le lendemain matin, pendant que les enfants dorment encore, Alex célèbre la messe dans la salle à manger en présence des adultes, moment privilégié de recueillement et d’intimité. Après le déjeuner, nous quittons le gîte et nous rendons au monastère de Putna construit au cours de la deuxième moitié du XV°siècle par Etienne le Grand. Superbe monastère fortifié lui aussi mais aux murs extérieurs blancs dans un parc magnifique. Les murs intérieurs et voûtes de la chapelle sont là aussi couverts de fresques magnifiques. Le musée au cœur du monastère recèle de splendides trésors rappelant l’histoire mouvementée de la Roumanie.
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Nous rejoignons ensuite Voronet, monastère construit lui aussi par Etienne le Grand dans la deuxième moitié du XV° siècle et dont la réputation est due essentiellement à la peinture du jugement dernier qui couvre tout le mur ouest. Les fresques intérieures sont elles aussi splendides ainsi que les stalles en bois sculptées mais l’interdiction de photographier ne m’a pas permis d’en fixer la beauté, à part deux ou trois. Aujourd’hui nous roulons beaucoup et avons du mal à trouver un endroit à l’ombre pour s’arrêter pique-niquer. Finalement, très tard nous faisons une pause dans un champ après Suceava.
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Dans l’après-midi nous visitons un autre monastère, celui d’Agapia, très différent des précédents. Construit au 17°siècle, il est clos par des bâtiments blancs à colonnades sur deux niveaux, la chapelle centrale est blanche et sobre extérieurement et superbement décorée à l’intérieur par des fresques de style plus occidentales. Il abrite plus de trois cents sœurs qui occupent par trois maximum une série de petites maisons autour du monastère, constituant ainsi un ravissant hameau très fleuri car elles cultivent légumes et fleurs. Après avoir traversé Piatra Neamt, nous rejoignons un gîte montagnard à Izvorul Muntelui.
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Village situé à l’entrée du parc national de Ceahlău, et dominé par les falaises d’un cirque qu’Alex et Lavinia avaient en photo dans leurs livres de géographie. A la fin du dîner nous fêtons les trois ans de Patricia qui rayonne de bonheur et de vie. La soirée se poursuit un peu sur la terrasse avec Cosmine, Radu, Christophe, Charles et moi. Christophe nous quitte au bout d’un moment pour aller se coucher et nous poursuivons par des discussions à tendance théologique tout en sirotant la Pálenka. Charles et moi les quittons pour aller dormir vers 2h30 du matin.

Les Maramureş

Après une bonne nuit pour moi, nous prenons le petit-déjeuner avec Alex,L avinia et Cosmin récupéré par le père de Lavinia. Nous partons ensuite pour notre périple et nous récupérons la famille S qui n’a pas bien dormi pour des raisons diverses dont la voie ferrée qui est juste derrière l’appartement puis Armel et Véronique qui eux ont très bien dormi et bien déjeuné dans la superbe maison du cousin.
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Nous voilà donc partis pour un long périple en Transylvanie et dans les Carpates pour découvrir les trésors que recèle cette belle région. Répartis en deux voitures dont Alex et moi sommes les chauffeurs, nous récupèrerons Radu dans l’après-midi et nous continuerons à trois voitures. Alex conduit comme un roumain : il roule vite, double souvent, et dans des conditions souvent limites. Pour ne pas le perdre, je suis obligé de suivre ce qui fait râler les passagers. De plus, les routes sont souvent mauvaises en particulier dans les Carpates ou nous sommes obligés de faire du slalom sur toute la largeur de la route entre les ornières et nids de poules, parfois à 20 à l’heure pour éviter de trop être secoués. Nous sommes souvent ralentis par de nombreux chantiers de travaux. Il faut aussi tenir compte des autres voitures et camions qui roulent comme des fous et des charrettes qui se promènent au milieu de tout çà, même en pleine ville malgré les panneaux d’interdiction. Dans les Carpates en particulier, nous traverserons de très belles régions, parsemées de jolis villages aux maisons typiques souvent en bois mais aussi en pierre, joliment décorées et dont les puits sont enfermés dans des petites cahuttes souvent très décorées comme les maisons. Je remarquerai les faitières et les chéneaux dont les abouts et boîtes à eau sont agrémentés de véritables dentelles. Nous constatons que de très nombreuses maisons sont commencées mais non terminées, le chantier reste en suspens. Il semble que cela vient du fait que les gens construisent au fur et à mesure de leurs moyens, ce qui échelonne le chantier sur plusieurs années. Dans de nombreux villages des Maramureş, nous apercevons des « arbres à casseroles »: ce sont des arbres plantés devant les maisons où il y a des filles à marier, comme les arbres de mai en France, mais ils sont couverts d’ustensiles de cuisine, casseroles, potiches, etc… Dans la plupart des villages il y a trois, voire quatre églises souvent voisines : les orthodoxes, les catholiques latin, les gréco-catholiques et parfois les protestants. Dans les Maramureş, les églises sont en bois, très fines aux clochers et clochetons pointus, de la véritable dentelle. On aperçoit beaucoup de monastères, nous n’en visiterons que quelques-uns des plus typiques. Dans presque tous les villages de nombreuses cigognes ont installé leurs nids au sommet des poteaux électriques.
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Au bord des routes se succèdent les innombrables étals de paysans avec leurs montagnes de pastèques. De même, de nombreux apiculteurs vendent leur miel, avec leurs ruches à proximité, installées sur des remorques « HLM » : des remorques de camion sont transformées en ruches à plusieurs étages. Fréquemment, nous rencontrons des paysans promenant leur vache en laisse et la faisant brouter le long des routes.
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Nous commençons par visiter le « cimetière joyeux » à Săpânţa. Très connu, il doit sa réputation à un artiste, Ion Stan Pătraş (1908-1977), à la fois peintre, sculpteur sur bois et poète, qui entrepris en 1934 son œuvre majeur : les croix de ce qu’il est convenu d’appeler le « Cimetière joyeux ». A partir des croix traditionnelles de la région, surmontées d’une sorte de toit, Pătraş sculptait en bas-relief le « portrait » du défunt, concevait une épitaphe pleine d’humour et peignait le tout sur un fond bleu soutenu, appelé désormais le « bleu de Săpânţa ».Près de sept cents monuments funéraires constituent ainsi une chronique tendre du village et de la vie des habitants, avec leurs qualités et leurs péchés mignons, qu’il s’agisse d’un penchant exagéré pour la dive bouteille ou d’une attirance irrésistible pour le beau sexe. Cette entreprise séduit, émeut souvent, amuse parfois, comme cette épitaphe pour une belle-mère : « passant, qui que tu sois, en passant près d’elle, surtout ne la réveille pas ». Cette œuvre est poursuivie de nos jours par plusieurs de ses disciples.
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Nous faisons halte dans un beau restaurant pour le repas de midi. Sur les conseils de nos guides, nous choisissons des plats typiques de la cuisine roumaine, c’est excellent et très copieux. L’après-midi, nous poursuivons par le mémorial de la résistance et des victimes du communisme. Installé à Sighetu Marmaţiei dans une ancienne prison, il retrace l’histoire très lourde des périodes communiste et de Caucescu. Les interminables plaques murales des noms, les murs couverts de photos témoignent du nombre phénoménal de victimes durant cette très longue période. Tous les aspect : chronologique et historique, politique, culturel, vie quotidienne, méthodologie, camps et prisons sont abordés au long des nombreuses cellules salles. Alex nous montre la photo de l’oncle de Mgr Virgil veillant la dépouille d’un évêque mort en détention. La visite se termine par les « statues », œuvre représentant un groupe de détenus au pied d’un mur de la prison, et par une chapelle ardente. On ne ressort pas de ce lieu sans éprouver quelque chose…. Nous filons ensuite vers le domicile des beaux parents de la sœur d’Alex. Nous faisons connaissance avec elle et son mari. La communication se fait surtout en espagnol car ils vivent à Madrid. Ils nous font visiter leur maison qui est en construction sur plusieurs années.
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Nous reprenons la route vers le monastère de Bârsana. Tout en bois, très travaillé, il est superbe, les bâtiments sont éparpillés dans un beau jardin. La visite de la chapelle puis le tour du jardin donnent un bel aperçu des bâtiments avec galeries. Nous reprenons la route jusque tard pour atteindre le lieu de couchage, Borşa. Nous empruntons des routes défoncées, traversons des enfilades de villages où tout le monde est dehors très tard. Nous arrivons de nuit vers 22h et nous sommes surpris car cela se trouve au bout d’un petit chemin de terre obscure. Nous nous demandons un peu où nous allons, mais en entrant dans la maison, nous découvrons un superbe gîte tout neuf, très propre, spacieux, coquet. Le lendemain, nous constaterons à la lumière du jour qu'il est clair, et calme. Chacun choisi sa chambre et nous filons prendre un repas dans une pizzeria à quelques centaines de mètres de là. Bien qu’il soit près de 23h, elle est encore ouverte. Au cours du repas, il règne une super ambiance avec rires, eau de vie et chants. C’est là que nous donnons le nom de « petit frère » aux petits verres d’eau de vie. Très tard, nous retournons à la pension de famille où avec Cosmine, Radu et quelques-uns, nous terminons la soirée en discussions et chants tout en buvant des « petits-frères ». Après cette chaude soirée pleine de bonne humeur, tous vont se coucher sur leurs semelles à bascule et je reste seul un moment avec Cosmine. Nous abordons des questions d’histoire et Cosmine me fait bénéficier de ses immenses connaissances. Dans l’avion, j’avais lu l’histoire très mouvementée de la Roumanie au cours des siècles, ballotée entre les velléités des pays voisins et les conflits intérieurs. Durant cette discussion il m’apporte des éclairages très intéressants. Il part se coucher vers 2h30.

Ordination en Roumanie

Parti de Besançon le vendredi 29 juillet par le train de 5h56, je rejoins Orly d’où l’avion décolle à 12h45 pour me déposer à Budapest à 15h. Alexandru et Lavinia venant de Satu Mare ont un peu de retard en raison des nombreux travaux sur les routes. Je les attends, puis Alexandru et moi allons récupérer Christine et Christophe et leurs enfants: Constance, Charles, Victoire et Joséphine ainsi que Carmen qui arrivent de Genève au terminal 2. Nous revenons au terminal 1 où Lavinia a accueilli Armel et Véronique. Cela s’arrange bien, tous les avions arrivent à peu d’intervalle. Nous prenons ensuite la route sous la pluie en direction d’Oradea où nous arrivons vers 22h locales. Nous sommes répartis en deux voitures avec Alexandru et moi comme chauffeurs. Après un premier dîner en commun dans une pizzeria aux pizzas pantagrueliques nous allons prendre nos quartiers au séminaire.
Après une bonne nuit de sommeil, nous descendons prendre le petit déjeuner qui est local. Il nous est proposé café ou tisane de fruits sucrée, charcuterie, œufs, fromage…On se contente de café ou tisane, pain, beurre et confiture : nous restons bien français !
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Nous commençons notre journée par un rendez-vous avec l’Evêque gréco-latin. Rencontre très émouvante, Mgr Virgil nous apporte un témoignage du passé, récent, assez touchant. Il a commencé par des études et une profession d’ingénieur agronome. Il menait en même temps des études clandestines de séminariste. Il a été ordonné en 84, en cachette dans un appartement en présence de deux prêtres, une religieuse et une femme laïque. Il a continué de pratiquer sa profession pendant la journée et officiait clandestinement la nuit en tant que prêtre jusqu’en 90 après la chute du régime Caucescu. Il l’a fait en cachette de ses parents et de sa famille car un oncle prêtre avait souffert des prisons du régime. C’est quelques temps après que ses parents ont découvert qu’il était prêtre en le voyant célébrer. Les échanges sont profonds et pleins d’une grande bonté, d’une grande miséricorde. Nous poursuivons par la visite de la cathédrale où Alex sera ordonné. Nous faisons ensuite le tour d’une ancienne cathédrale catholique latine située dans les jardins du muséum qui est en fait un ancien évêché. La matinée se termine par un repas dans restaurant à cuisine typiquement roumaine. C’est excellent, conseillés par Alex, nous prenons un plat de viande fumée, saucisse, légumes, chou, pomme de terre, riz, polenta, frites.
Quant à l’après-midi, nous allons la passer dans un centre de thalasso avec piscine, sauna, hammam, massages, etc. Le soir nous dînons d’un repas léger dans une pizzéria (salade + glace). Retour au séminaire où Armel et Christine effectuent une répétition de la litanie des saints qu’ils chanteront le lendemain. Malgré le mariage qui se déroule dans la cantina, la salle à manger du séminaire, je passe une bonne nuit.
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Dimanche 31, réveil 7h45, petit-déjeuner à la française et départ 9h25 avec Alex et Armel pour les préparatifs de la cérémonie. Armel étant diacre, il a été invité à concélébrer avec Alexandru. Le rite gréco-catholique étant différent du rite latin, très proche du rite orthodoxe, cela lui fait une expérience unique et très émouvante. Pour ma part, Mgr Virgil m’a autorisé à filmer toute la cérémonie. Quand nous arrivons, une messe est en cours, nous nous rendons donc dans la « sacristie ». Surprise : cela se passe derrière l’iconostase qui est le lieu saint. C’est surprenant de voir que pendant que l’office se termine, que les fidèles sont encore recueillis, derrière l’iconostase, c’est un peu le bazar. Bien que nous soyons du côté de l’autel, les gens se déplacent comme dans une sacristie normale, s’habillent, parlent doucement, effectuent les préparatifs, etc… . C’est calme mais surprenant. J’assiste à l’habillage d’Armel : soutane, aube, manchettes, chasuble, étole, comme pour Alex. D’autres prêtres et diacres arrivent et s’habillent puis tous sortent en cortège et se dirigent vers l’entrée principale pour accueillir l’évêque. A l’arrivée de l’évêque, tous remontent l’allée en grande cérémonie et Mgr Virgil bénit les fidèles dont beaucoup cherchent à toucher les vêtements des prêtres, la soutane de l’Evêque. Derrière l’iconostase, l’habillage de l’Evêque se déroule selon tout un rituel au cours duquel il revêt X composants. On comprendra pourquoi il transpirera pendant la cérémonie qui débute ensuite. Alex et Armel officient ensemble, Alexandru chante en roumain, et Armel ayant un cérémonial bilingue suit et chante en français, les réponds sont effectués par la chorale. La cérémonie est très riche, très belle, poignante. Le rite est très particulier, beaucoup de signes de croix, déplacements, tout cela accompagné d’une très belle chorale avec des solistes aux voix pures et claires. Contrairement au rituel romain où le diacre n’a qu’un tout petit rôle, dans le rite gréco-catholique le diacre occupe une place importante. Il est un assistant très actif du célébrant. En particulier, durant toute la première phase, le temps de la parole, c’est lui qui officie, les lectures sont chantées, le célébrant ne fait que présider. Durant la messe, il n’y a quasiment pas de temps de silence, les officiants : prêtres, diacres, chorale chantent tout le temps, la foule répond souvent. Ayant l’autorisation de filmer, cela me permet de passer d’un côté à l’autre de l’iconostase et d’assister à tout ce qui est normalement caché aux fidèles car les portes sont plusieurs fois fermées et rouvertes au cours de la cérémonie. Armel et moi vivons alors une expérience bouleversante. Pour ma part, malgré l’attention due aux prises de vue, je me suis senti plongé dans un recueillement qui ne m’a pas laissé indifférent. Après la cérémonie qui a duré plus de deux heures, j’avoue que des larmes d’émotion me sont venues spontanément. J’en suis heureux car cela m’a permis de partager avec Alexandru ce temps qui est tout de même un passage très fort pour un homme. Bien qu’étant diacre depuis plusieurs années, le voilà ordonné prêtre et donc investi d’un ministère chargé du mystère de l’eucharistie. Je ne suis pas près d’oublier une telle cérémonie. Celle-ci se termine par la bénédiction des fidèles par le nouveau prêtre, l’Evêque étant le premier à se faire bénir. C’est un moment chargé d’émotion car les amis et parents défilent devant Alexandru qui les bénit puis Lavinia qui leur remet une image souvenir. A l’issue de cette matinée, nous rejoignons le séminaire pour un repas avec la famille et les amis les plus proches présents. Celui-ci commence par l’apéritif, la pálenka : l’eau de vie de prune. Nous faisons la connaissance de Cosmin et Radu, deux amis d’Alex. Radu est médecin psychiatre et officie en France à Chaumont, Cosmine est orthodoxe, professeur de théologie et d’histoire de l’église. Ils vont nous accompagner durant notre périple.
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A l’issue du repas, nous embarquons nos bagages et prenons la route pour Satu Mare, la ville de Lavinia. La route est en assez mauvais état, les ornières sont nombreuses et les travaux créent de nombreux bouchons. De part et d’autre de la route, des champs de maïs s’étendent à perte de vue ; on rencontre souvent des paysans qui vendent des montagnes de pastèques au bord de la route. Alexandru en achète deux grosses qui sont lourdes de jus, nous les mangerons le soir à la fin du repas et nous nous régalerons car elles sont très parfumées. Les parents de Lavinia nous accueillent très gentiment, très chaleureusement, très gênés de ne pas pouvoir nous accueillir mieux car leur appartement est très petit. Lavinia, Christine et moi allons faire quelques courses dans un supermarché voisin, puis nous prenons le repas du soir chez les parents de Lavinia. La maman nous a fait une excellente polenta puis nous terminons par la pastèque goûteuse à souhait. Alexandru et moi faisons ensuite le tour de la ville pour dispatcher le groupe, la famille S dans un appartement d’un cousin d’Alex, Armel et Véronique chez un autre cousin d’Alex, Cosmin chez un oncle d’Alex et moi chez les parents de Lavinia dans la chambre de jeune fille de Lavinia. Alex est fatigué nerveusement par le stress, les filles d’A et L sont très énervées, elles ont du mal à s’endormir, surtout Maria, un an, qui ne s’endort qu’après 23h. Demain nous partons pour notre périple à travers la Transylvanie et les Carpates Orientales puis une excursion vers Budapest et Vienne. Un circuit d’environ 5400 Km

vendredi 22 juillet 2011

Les Iles de la Madeleine, fin de mon périple canadien

De 102Iles de la Madeleine
Le débarquement a lieu à Cap aux Meules à 7h, je rejoins tranquillement Ile du Havre Aubert, l’île la plus au sud, c’est là qu’habitent Geneviève et André. J’ai rencontré Geneviève et ses deux amies Chantal et Odette à Roncevaux, sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Elles le commençaient, moi je revenais. Nous avions bien sympathisé, je leur avais donné quelques conseils « de vieux routard » et réglé leurs sacs. Quelques mois après, Geneviève avait repris contact avec moi, m’invitant à venir les voir « aux îles » lors de mon voyage au Canada. J’ai bien sûr saisi l’occasion de les revoir et de découvrir un autre monde d’autant qu’André est pécheur de homards et que je rêvais de vivre une expérience de ce type. Mais revenons à mon arrivée aux îles.
De 102Iles de la Madeleine
Entre Cap aux Meules et Havre-Aubert, je longe une longue lagune : la route est bordée d’un côté par la mer et de l’autre par un étang fermé par une longue dune de sable. Je flâne un peu, m’arrête et marche un peu dans le sable, le temps est beau et le paysage captivant avec cette longue plage de sable extrêmement fin et blonc. J’arrive chez André et Geneviève. Ils habitent une jolie maison de bois très chaleureuse, mignonne et spacieuse. Il y a quelques années, André avait aménagé le premier étage pour en faire chambres d’hôtes, mais après quelques années d’essai, ils ont arrêté car Geneviève travaillant par ailleurs, c’était épuisant pour elle. Nous avions eu quelques échanges de messages avant mon arrivée, car il y a eu confusion entre nous deux au sujet des mots déjeuner et petit-déjeuner. Elle m’avait écrit qu’ils m’attendaient pour déjeuner, pour moi je pensais midi, mais pour elle, c’était dès mon arrivée. Prenant conscience de la confusion, elle m’a envoyé un message pour corriger. Au Canada, il y a le déjeuner, le dîner et le souper, chez nous il faut comprendre petit-déjeuner, déjeuner et dîner. Nous attendons la venue d’amis et nous déjeunons avec eux vers 10h. Après le « déjeuner », accusant un coup de barre, je monte prendre un peu de repos qui se transforme en une sieste de 2h30 ! Geneviève m’emmène ensuite faire un petit tour de l’Ile Havre Aubert. Ile où elle et André sont nés et ont vécu toute leur vie. Elle me raconte un peu des anecdotes du passé. Comme André se lève tous les matins à 3h pour la pêche, il se couche très tôt, nous rentrons donc de bonne heure et soupons à 18h. Nous convenons qu’il m’emmène le lendemain s’il n’y a pas trop de vent. Il craint que je n’aie le mal de mer et que je devienne une charge les obligeant à rentrer. Je le rassure en lui disant que je n’ai pas le mal de mer et que si je l’avais, il ne fallait pas qu’ils s’occupent de moi, j’ai choisi, j’assume. Mais le doute subsiste et le lendemain, je me réveille à 4h alors qu’il est déjà parti : le vent soufflait et la mer était bruyante.
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Lundi, matin, je me lève donc à 7h après une bonne nuit qui finalement m’a fait du bien. Il fait beau et Geneviève me propose d’aller marcher un peu. J’accepte volontiers et nous partons. Laissant la voiture chez sa fille Annie, nous faisons les Demoiselles, deux collines qui dominent le port de la Grave, logeons la grève, traversons le village puis rentrons. Il fait bon mais le vent soûle un peu. De retour à la maison, je repars seul et rejoins le port pour assister à l’arrivée du bateau. Il est déjà là et André me présente à Bernard, le patron et me confirme qu’il y avait des vagues, que cela brassait ce matin au point qu’une fois Bernard en a perdu l’équilibre. Deux des frères d’André passent et nous bavardons un moment en buvant des bières. J’ai parfois du mal à les comprendre car ils ont un fort accent. Je ne comprends que difficilement ce que dit Bernard. André m’a rassuré en me disant que lui aussi a parfois du mal à le comprendre. André et Geneviève font attention de bien prononcer afin d’être très compréhensibles.
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Quand tous se séparent, je pars faire mon tour. Je commence par sillonner l’île d’Havre-Aubert. Il n’y a pas beaucoup de routes, je les suis, prenant parfois des chemins pour m’approcher des plages et voir les falaises, descends les voir de plus près et prendre des photos. Les falaises sont en sable compact qui s’effrite facilement à la main, l’oxyde de fer qui soude les grains leur donne une couleur rouille. Au pied des falaises, les plages sont blanches car les grains, lavés par la mer reprennent leur couleur naturelle. Le contraste est fort et curieux. Ces falaises sont très découpées, rongées par les tempêtes, creusées de grottes ou de criques très profondes et étroites. La mer, peu à peu ronge les îles, emportant des morceaux qui transforment considérablement la physionomie de la côte au fil du temps. Au passage, je visite une jolie église en bois et une galerie d’artistes. Il y a là de belles peintures mais aussi des sculptures d’albâtre de couleurs différentes, c’est une des richesses du sous-sol des îles. Il y a des albâtres gris, rouge, violet. Le sculpteur en tire des œuvres magnifiques qui montées sur plateau à roulement à billes présentent des figures différentes suivant l’orientation donnée. Un vol d’oiseaux devient un poisson sur l’autre face, ou un poisson devient une tête de marin. A la Grave, la boutique des Artisans du Sable propose des œuvres réalisées avec du sable collé par une résine spéciale puis moulé ou sculpté. C’est très beau. Geneviève m’offrira pour mon départ un pot moulé avec des petits pas imprimés dedans. J’aime beaucoup ce motif, il fait penser à des pas d’enfants dans le sable. Le sable est très fin et les grains ronds. Quand on marche dedans, cela fait un crissement particulier. Parmi les œuvres certaines sont réalisées en jouant sur les différentes couleurs que l’on trouve dans l’île : blanc, rouge brique, gris et noir. Je ramènerai des échantillons de chacun de ces sables. Le noir est métallique car il contient des particules de pyrite et de magnétite. J’en ramasserai avec un aimant. Le sable est si fin qu’il permet de faire des châteaux de sable d’une grande finesse et qui tiennent bien. Il y a d’ailleurs des concours de châteaux de sable dont les œuvres sont splendides. André a déjà participé à ces concours. De retour vers 18h, nous soupons de bonne heure et nous convenons que j’accompagne André quel que soit le temps. Je me couche donc de bonne heure moi aussi.
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Réveillé par ma montre à 3h10, quand André vient toquer à ma porte, je suis déjà debout. Je m’équipe tel un marin avec sweet, ciré, casquette et bottes prêtés par André. Après un bon (petit) déjeuner, nous partons vers le port. Il fait nuit, le port s’anime, les marins arrivent peu à peu et embarquent. Les vagues se fracassent sur la digue et l’eau bouge un peu dans le port. Nous chargeons des cartons de poissons congelés qui serviront d’appâts. Vers 5h, quand tout est prêt, nous larguons les amarres ! En sortant du port, çà commence à tanguer, mais cela ne me pose pas de problème et je filme. Bernard et André reconnaîtront d’ailleurs que j’ai bien assumé. Le ciel est couvert et un peu de brume s’étire sur les falaises. Nous filons vers les premiers emplacements. Il y en a trente huit de sept casiers et deux de huit. Les lignes sont repérées par des numéros que Bernard enregistre sur le GPS au fur et à mesure qu’ils les posent ou déplacent. Je vais donc enfin voir comment se passe la pêche aux homards !
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A l’approche de la première bouée, Bernard réduit et longe la bouée, André l’attrape avec une gaffe et engage l’amarre sur un treuil qui tire la ligne. Attachés de place en place par des bouts le long de la ligne, les casiers sont donc ramenés à la surface. Quand ils sont contre le plat bord, André les hisse à bord et Bernard qui a mis en panne les ouvre, trie les homards et rafraîchit les appâts. Les homards trop petits sont rejetés, ceux portant des œufs le sont aussi, même s’il ne reste plus qu’un œuf. Parfois sur une ligne où une trentaine de homards seront pris, il n’en restera que deux, trois ou pas du tout. La pêche varie de zéro à dix par ligne au cours de cette journée. Pour un néophyte comme moi, cela fait un peu mal au cœur au début de voir rejeter de belles pièces, mais je comprends parfaitement la règle. En voyant André tirer les casiers, je comprends pourquoi il me disait la veille qu’il avait mal au dos. Mais je le comprends mieux encore sur le chemin du retour quand je soupèse un casier. Il est en bois, avec du grillage plastifié à mailles soudées et il est lesté par deux plaques de béton coulées dans le fond. Chaque casier fait environ 40 kilos. Sachant que chaque matin, André en relève 282, il arrache chaque jour : ….plus de 11,3 tonnes auxquelles il faut rajouter le poids des homards, des poissons, des appâts, crabes ou coquillages pris dans la nasse…. Beaucoup de homards sont rejetés pour les raisons énumérées précédemment, mais pendant ma présence, les pêches rapportées ont variées de 85Kg à 245Kg. Les 12 tonnes levées chaque matin sont certainement atteints. Pour les pécheurs, la retraite est à 65 ans. Et dire que chez nous certains employés se plaignent de la pénibilité de leur métier…. Les casiers étant prêts de nouveau, Bernard déplace le bateau pour relancer la ligne sur d’autres fonds. Il faut souvent faire attention de ne pas croiser d’autres lignes de pêcheurs, ce qui arrive parfois. Il faut donc repérer les deux bouées qui donnent les extrémités de ligne. Quand on remet les casiers à l’eau, il faut faire attention de ne pas se prendre les pieds dans les amarres car cela va tellement vite que l’on peut être emporté et se noyer. André et Bernard ont plusieurs connaissances à qui c’est arrivé. Au cours de la journée de vendredi, j’accompagne de nouveau André et Bernard et je fais de nombreuses prises de vue dont je tirerai un film. Si mardi la mer brasse un peu et le temps est gris et couvert, vendredi le temps est beau et la mer belle.
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Quelques belles pièces sont prises dans les casiers ces jours-là, l’une d’elles fait plus de cinq livres. Quand les homards sont gardés, il sont mis dans des tubes fixés dans une table pour les immobiliser, André vérifie ensuite la taille et la présence d’œufs puis met un élastique pour immobiliser les pinces. La force des pinces est telle qu’elle peut casser un goulot de bouteille de bière. A mi-pêche nous faisons une pause pour avaler rapidement un casse-croûte puis le travail reprend. Je donne de temps en temps un petit coup de main en mettant les élastiques sur les pinces des plus gros homards, mais je laisse André faire le tri, c’est de sa responsabilité et une erreur peut leur coûter très cher. Les homards conservés sont mis dans un vivier rempli d’eau de mer à l’arrière du bateau. La relève des casiers se termine vers 10h30 – 11h. Pendant le retour, André range et lave le bateau à la lance et rejette les déchets des appâts en arrivant vers le port. Les mouettes connaissent et sont en attente des bateaux. A leur arrivée, elles se jettent sur les déchets déversés. Nous rentrons au port où nous livrons directement les homards à un acheteur qui pèse tout de suite la récolte. Nous rejoignons ensuite l’amarre où nous rangeons le bateau. De retour à la maison, nous prenons un repas rapide et allons faire une sieste. André en a bien besoin.
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Après la sieste de mardi, j’accompagne André chez sa fille pour démonter un échafaudage puis nous allons boire un verre dans un pub de La Grave. Je repars ensuite faire un peu de tourisme. C’est l’île de Cap au Meules qui est mon but aujourd’hui. Je commence par la jolie église en bois de La Vernière puis le port de Cap aux Meules. Une butte avec belvédère domine le port et me permet d’avoir une belle vue sur lui et la ville, puis je reviens en faisant le tour du cap Le Gros Cap. Battu par les vagues, les falaises sont découpées et belles à voir. Au bout du cap, un camping domine la falaise avec une vue magnifique. Son terrain se réduit peu à peu au fur et à mesure de l’avance de la mer.
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En rentrant vers 18h, André et Geneviève ont préparé les homards que nous avions ramenés et nous nous installons à l’abri du vent sur la terrasse pour les savourer. Il y en a tellement que nous ne pouvons finir, cela me fera un sandwich pour ma promenade du lendemain.
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Le mercredi, je retourne à l’île de Cap aux meules et j’en fais le tour en passant par tous les points possibles : L’Etang du Nord avec son petit port, Le Cap Hérissé et son phare, Fatima et sa côte rongée par la mer. Je marche le long de petites plages, de criques au sable doux et très fin. Je fais ensuite le tour de l’île de Havre aux Maisons en suivant le chemin qui contourne la Butte chez Mounette, puis les chemins de la Pointe Basse puis des Echoueries. Au passage, je m’arrête à la fromagerie puis au Fumoir d’Antan, fumoir de harengs, et découvre la technique de la « boucane » avec un patron assez truculent qui présente cette profession plus que centenaire héritée de ses aïeux. Je goûte et ma foi apprécie bien. Au bord d’une plage, j’apprécie le sandwich au homard et le fromage acheté à la fromagerie. Les paysages traversés sont très beaux, en particulier le plateau traversé par le chemin des montants. Quelques fermes multicolores égaient le tableau. Au nord de l’île, la bande de terre présente une physionomie particulière : les lignes d’arbres et arbustes tracent des sillons courbes qui matérialisent le déplacement de la dune.
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A la dune du sud, je m’arrête et descends marcher le long de la plage. Les gens se baignent, moi je n’y mets que les pieds, l’eau n’est qu’à 14°C. Après les 30°C de la Guadeloupe, cela change ! Les roches sont sculptées, creusées, c’est magnifique. Je m’introduis dans une faille qui s’élargit en grotte quelques mètres plus loin. Les traces laissées par la mer montrent bien qu’elle s’y engouffre lors de tempêtes. Sur le chemin du retour, je m’arrête à La Grande Ecole sur l’île de Cap aux Meules, une ancienne école transformée en centre artistique. Des souffleurs de verre y sont à l’œuvre. Comme le temps est bien dégagé, je grimpe le chemin qui monte au sommet de la Butte du Vent, point culminant de l’île. La vue magnifique s’étend jusqu’au bout des îles qui s’étendent sur 85km.
Je rentre pour 17h15, car ce soir nous avons rendez-vous avec Chantal et Odette et leurs conjoints pour souper dans un petit restaurant de La Grave. L’ambiance est chaleureuse et j’ai plaisir à les revoir. Après l’apéritif sur la terrasse, nous rentrons pour manger des tapas. L’intervention d’une conteuse est prévue ce soir-là. Nous écoutons son premier conte : celui « du malin qui a volu captuler les quat’vin pou’ les maitliser et fail’ de longs voyâges…. ». Pas toujours évident de comprendre, surtout qu’il paraît qu’elle accentue son accent, mais c’est amusant. André nous quitte de bonne heure pour aller se coucher.
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Le lendemain jeudi, Geneviève m’accompagne dans mes promenades. Nous allons d’abord à Grosse île, la plus au nord, essentiellement habitée par des anglophones descendants d’Ecossais. Le sous-sol des îles de La Madeleine est très riche en sel. Elles sont la partie émergeante de dômes de sel de 5000m de haut. C’est à Grosse île que le sel est le plus proche, il est à 26m de profondeur. Partout ailleurs, il est plus profond. Ce gisement est exploité depuis 1983 et la mine s’étend sur plusieurs niveaux de galeries à 300m sous l’île et la mer autour. Ce sel sert au salage des routes du Canada essentiellement. La carrière ne se visite pas, mais un centre d’interprétation très intéressant a été aménagé au pied d’une des deux tours de puits de mine et j’y passe un bon moment.
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Nous allons jusqu’au bout de l’Ile de Grande Entrée qui est la dernière île. Nous assistons à l’arrivée des bateaux de pêche, Geneviève y retrouve une de ses nièces qui achète les homards pour le compte de son usine de pêche. Nous poussons jusqu’à l’Ile Boudreau où il y a des phoques, mais comme il ne fait pas beau nous n’en voyons qu’un seul qui nage sur le dos. La mer rongeant la falaise, le chemin est coupé et l’accès du bout de l’île interdit. Je passe outre et me promène sur une bande de terre de cinquante centimètres de large avant de retrouver un espace plus stable et atteindre le bout de l’île. Le ciel est couvert et le vent souffle et soûle. Les vagues grondent et se fracassent sur les rochers. C’est sauvage, c’est beau. Nous rentrons sous un ciel chargé.
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L’après-midi, après avoir déposé Geneviève, je vais me promener sur la Plage du Cap qui longe la lagune entre Havre Aubert et Cap aux Meules. Elle m’a dit que je peux y trouver des dollars des mers : ce sont des oursins plats avec un motif en étoile. C’est curieux et beau. Je m’y promène sur un kilomètre environ alors qu’elle s’étend à perte de vue. Un petit pluvier m’accompagne pendant plus de cinq cents mètres. Il trottine vingt mètres devant moi, s’arrête de temps en temps, se retourne pour me regarder et repars. Si je m’arrête, il reste sur place, si je m’approche, il repart. Le manège dure ainsi un bon moment.
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Je me rends aussi sur une plage de Havre Aubert où du sable noir ombre les ondulations du sable de la plage. Je le ramasse avec un aimant car il est chargé en pyrite et magnétite. Je récolte un peu de sable rouge des falaises et voilà ma collection prête pour la montrer à mes petits enfants. Le soir, Geneviève a prévu au menu des pétoncles, des palourdes, des acras de morues et du hareng fumé. Je me régale. La soirée se termine en écoutant André dans ses talents de conteur et de musicien. Dans l’île, toutes les familles ont au moins un musicien car en hiver, les soirées sont longues et les veillées sont animées par des chants, des contes…
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Le lendemain, vendredi, je retourne donc à la pêche aux homards avec André et Bernard. Aujourd’hui, le ciel est dégagé et le soleil brille, je fais plusieurs prises de vue afin de pouvoir monter un film reportage. Nous ramassons un très gros homard, vieux grognard plein de cicatrices. Il a droit à plusieurs photos avec chacun d’entre nous. C’est mon dernier jour, alors après la sieste, je prends mon temps pour préparer mes affaires, refaire mes bagages car avec les cailloux que je ramène, cela fait du poids. Après le repas du soir, je dis au revoir à André qui va se coucher de bonne heure, demain il part à 1h à la pêche, c’est la relève des casiers, la saison de pêche étant finie. Par contre,
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Geneviève et moi allons au Bar de la Grave, c’est le dernier soir, nous prenons un dessert au chocolat et une tisane de canneberge. C’est un café animé par la patronne qui joue de l’accordéon et un pianiste qui joue de vieilles chansons françaises reprises en chœur par les convives. L’ambiance est très chaleureuse, conviviale, j’aime beaucoup, Geneviève aussi. Vers 22h45, Geneviève travaillant cette nuit, nous nous disons au revoir et je rentre alors qu’elle se dirige vers Cap aux Meules.
De 103Retour
Samedi matin, je me réveille seul dans la maison vers 5h, André est à la pêche, Geneviève au travail. Je finis mes préparatifs et pars vers 6h pour l’embarquement. Sur le bateau un groupe de musiciens Madelinots anime dans le bar. Il y a parmi eux un jeune de treize ou quatorze ans qui joue remarquablement de la batterie et du violon. Au moment de la pause de midi, je bavarde un peu avec lui, il joue du violon depuis quatre ans et il joue aussi de la batterie, de la guitare, du banjo et de la mandoline…
Nous quittons les îles à 8h sous le soleil, mais arrivons à l’Ile du Prince Edouard sous la pluie à 13h. Elle est intense durant toute la traversée de l’île et jusqu’à Moncton. De là jusqu’à Fredericton elle va régressant, puis le soleil est de la partie durant tout le reste du voyage. La route est belle est droite. Parti vers 13h30 de Souris, l’embarcadère, je roule jusqu’à St Jean de Port Joli sur le bord du St Laurent où j’arrive vers 20h30 et 900km. La route est belle et toute droite, très peu de circulation, je règle le régulateur à 130 ou 150km/h et ne m’occupe plus que du volant, la boîte est automatique. La vitesse est limitée à 110 ou 130, mais il y a une tolérance d’environ 15 à 20km/h : j’ai vu une pancarte sur une route à 90km/h : « mettez vos régulateurs à 105km/h maximum ». De plus, en 1400km, je n’ai vu qu’une voiture de flic et au cours des 6000km de mon périple, je n’ai dû en voir que cinq ou six. C’est cool !
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Je passe une nuit dans un motel à St Jean de Port Joli, le village d’artistes, et le lendemain matin je vais faire quelques emplettes au Moule à Sucre, un magasin général que j’avais visité à l’aller. J’avais repéré quelques bijoux très fins pour mes filles, belle-fille, filleule. Je reprends la route pour Québec car je me suis inscrit à Allostop.com comme conducteur et j’ai trois passagers à prendre. C’est un concept qui est bien conçu et très simple permettant le covoiturage en toute sécurité. Je récupère donc mes compagnons de voyage : une jeune fille accessoiriste de cinéma, un fonctionnaire du ministère des finances d’origine française et un baba-cool pseudo artiste vivant des allocations de chômage et de quelques illustrations de livres. Ce dernier très gentil, mais un parasite de la société comme je les aime…. Hum ! Le voyage est très sympathique et je laisse tout ce beau monde au centre de Montréal. Ayant de l’avance, je me rends dans un magasin de disque pour acheter quelques CD de musique folklorique et liquider mes derniers dollards, puis je me dirige vers l’aéroport en prenant le chemin des écoliers. Je passe par le quartier qui longe le canal de Lachine et le lac St Louis. Cette zone qui était industrielle autrefois a été réhabilitée superbement. A l’aéroport, je restitue la voiture et passe les formalités d’embarquement.
Mon voyage au Canada se termine, toutes les bonnes choses ont une fin, mais je pense que j’y reviendrai car il y a encore tant de choses à voir, c’est très beau et l’accueil est très chaleureux. Je pense que j’y retournerai au moins une fois en hiver. En terminant mon périple aux îles de la Madeleine, j’ai vraiment terminé mon voyage en beauté. J’espère que nous pourrons nous revoir avec André et Geneviève. Soit lors de leur venue en France lors de tournées de contes, soit lors d’un autre voyage au Canada. Cela commencera déjà le 18 juillet par une visite surprise à Baden près de Vannes en Bretagne où j’assisterai au show d’André venu participer à un festival de contes.