jeudi 13 mai 2010

FATIMA

Je demande au tôlier de la pension ou je pourrais trouver un plan de l'itineraire vers Fatima. Il me conseille de suivre les personnes en gilet jaune de securite. C'est vrai que la veille j'en ai vu plusieurs qui traversaient la ville. Je n'ai vu qu'une fleche au sol "Caminho de Fatima": a la sortie de la gare. Depuis plus rien.
Partant a 9h30 et passant devant l'office de tourisme, je m'y arrete pour demander une carte des chemins, ils n'ont strictement rien. Je fais donc comme me l'a conseille le tôlier, je suis les pelerins en gilets jaune, ou plutot, je les double et ils me servent de balisage, remontant ainsi toute la colonne. Au debut, je suis amuse car je vois beaucoup de femmes qui ont mis des serviettes peroidiques dans leur chaussures, et j'en trouverai beaucoup d'usees (non usagees) au bord de la route. Nous suivons en permanence la nationale. Remontant peu a peu toute la colonne, je repere les groupes aux marquages d'identification sur le gilet. Le plus gros groupe vient de Paredes sous le parainnage OCDP. Les gens sont en tenues habituelles, jupes ou pantalon peu appropries, chaussures de ville, mais surtout beaucoup de tongues, de sandales plastiques ou de pantoufles. De temps en temps des basckets, mais des chaussures de marche hautes ou basses tres peu. Ils ne portent pas de sac ou un simple petit sac pour des affaires pour la journee. Tout au long du chemin, il y a des soutiens logistiques (Apoïos aos peregrinos): postes de soins ou des personnes soignent les pieds, les genoux, les brulures sur les jambes dues au frottement des vetements..... Je vois aussi beaucoup de vehicules distribuant bouteilles d'eau, fruits, casse-croutes. Comme on est au bord de la nationale et que je ne vois aucune fontaine, je beneficie de ce soutien et j'apprecie. Peu a peu, mon amusement se transforme en respect, puis en admiration vis a vis de ces gens car ils sont tres nombreux et quand je les double, beaucoup recitent le chapelet. Cela change totalement du Camino de Santiago, ce n'est pas du tout la meme ambiance. Ils avancent a petite allure et manifestement, beaucoup souffrent. Pour ma part, je fais figure d'extra terrestre avec mon sac a dos, mes bâtons et mon allure rapide.
J'arrive ainsi a 15h30 a Pombal, l'office de tourisme est ferme le lundi, je vais donc a l'hotel de ville ou j'apprends qu'il n'y a pas d'albergue pour les pelerins mais que quelque chose s'est installe au complexe sportif. Je m'y rends, c'est un bivouac pour les pelerins. Quand je demande s'il y a possibilite d´hebergement, on m'accueille gentiment et me montre un emplacement dans un hangar avec quelques feuilles de carton parterre. Avec mon dos, si je me couche directement sur le sol, je ne suis pas sûr de me relever le lendemain. Je demande s'il n'y a pas des matelas. Comme je suis seul, on me conduit vers le groupe OCDP ou un des responsables me repond qu'il faut attendre le responsable du groupe et comme il marche on ne sait pas quand il sera la. Je vais donc faire un tour des hotels pour essayer de trouver une chambre, mais je reviens bredouille, tout est complet. A mon retour, le responsable, un pretre, est arrive et m'accueille tres gentiment. Il me dit qu'il pense pouvoir me preter un matelas, mais il faut attendre que tout le monde soit arrive. Comme il parle le Francais, il m'explique que les gens marchent depuis cinq jours, qu'ils feront environ 250 kilometres en six jours. OCDP est un organisme caritatif au service des handicapes. Ils sont plus de 480 pelerins dans ce groupe. Il m'invite a attendre et me propose de diner avec eux. Il me met entre les mains de Jose et Mario qui me vendent un ticket repas et me proposent un siege. Comme Jose parle l'espagnol, nous bavardons un moment. Quand il me demande d'ou je viens et que je lui dis avoir fait 2400km en pres de 70 jours, il n'en revient pas. Nous sympathisons bien et il m'explique un peu comment se passe ce pelerinage qui se produit chaque annee. Beaucoup de pélerins le font tous les ans. A l'heure du repas, mario m'emmène à la popotte. Nous bénéficions d'un excellent repas fait sur des tripattes. Quand je revois le padre, il me dit qu'il me donnera un matelas après la messe car tout le monde n'est pas encore là. La messe a lieu à 22h30 dans le gymnase, au milieu des matelas et des gens installés. C'est cependant une très belle messe, très priante, chantée et qui se termine par une distribution par le père d'écharpe blanche et de chapelets. C'est finalement à 0h15 que je peux avoir un matelas. Je suis crevé! Je me couche et m'endors tout de suite bien que nous soyons plus de 700 dans le gymnase.
A 3h30, je suis réveillé par le premier groupe qui part, c'est celui que j'avais doublé en dernier. A 4h30, c'est le deuxième groupe qui démarre. Enfin, à 5h30, c'est le réveil du groupe de Paredes. Je me lève donc, fais mon sac et vais déjeuner. Je pars à 6h30, presque tous les portugais sont déjà partis. La veille, nous n'avons marché pratiquement que le long de la nationale qui va de Coimbra à Leiria. Il y avait un trafic intense, mais nous étions protégé par des rangs de balises. Beaucoup de camions ou d'automobilistes nous saluaient par des coups de klaxon. La file s'étalait à perte de vue. Aujourd'hui, nous quittons rapidement la nationale pour prendre des petites routes ou des chemins carrossables. C'est plus sympathique et moins pénible. Je suis de nouveau repéré et beaucoup m'interpellent mais je ne comprends pas, ils parlent portugais. Mais leur appel est chaleureux et interrogatif. Quand ils voient ma coquille sur le sac, ils comprennent vite. A un moment, je double un couple de jeunes français de la région parisienne qui fait le pélérinage avec les portugais. Je ralentis et nous bavardons un moment. La famille de la jeune femme est d'origine portugaise, son grand-père a fait le pélérinage durant 30 ans. Elle me cite de nombreux cas: une femme de 80 ans le fait tous les ans depuis 40 ans. Je suis de plus en plus admiratif et je me prends d'affection pour ce peuple qui exprime ainsi sa foi. A 10h00, je passe à l'étape du repas de midi de OCDP, je prends un casse-croûte et continue. Tout le long du chemin, je bénéficie ainsi du soutien logistique qui est bien organisé: eau, casse-croûte... Vers 11h, je rattrappe le groupe parti à 3h30 et bientôt, je me retrouve en tête avec peu de pélerins devant moi. En fin de matinée, le temps se gâte et la pluie nous surprend 5km avant Fatima. Arrivant à 13h30 a Fatima, je ne vais pas à l'auberge des pélerins car je suis persuadé qu'elle sera pleine. Je commence tout de suite a chercher une chambre dans un hôtel. Le père m'a bien proposé de me donner un matelas, mais j'ai besoin de me reposer et de faire de la lessive. Dans le gymnase, ce n'est pas possible. Après quelques hôtels pleins dont un qui me propose les trois nuits pour 200 euros(!), je trouve un hôtel 3 étoiles qui me propose une petite chambre pour un prix très correcte. Je m'y installe, d'autant que je suis à 200m du sanctuaire. On ne peut pas trouver mieux. Après ma douche, je profite du chauffage pour faire une bonne lessive et mettre mon linge à sécher. Depuis une semaine, j'ai dû limiter les lessives, le temps et les conditions n'étaient pas favorables.
Comme il y a une messe à 18h30, une heure avant je vais faire un tour au sanctuaire pour me recueillir et visiter un peu. La messe, très belle, est dans la nouvelle basilique, il y a beaucoup de monde. Après l'office, j'avise des pélerins d'OCDP, je leur demande où ils sont installés. Je rejoins leur bivouac car je tiens à remercier le padre pour leur accueil et lui faire part de mes sentiments: je suis profondémment touché et admiratif. Je lui demande son adresse internet car je tiens à lui envoyer quelques conseils aux pélerins pour diminuer les souffrances inutiles. Ils ne connaissent pas les principes de base pour limiter les ampoules, les tendinites, douleurs articulaires, etc... Notre échange est très chaleureux et il m'invite à me joindre à eux dans le futur. Pourquoi pas! A la fin de notre entretien, je suis interpellé par deux journalistes de Visao qui ont suivi le pélerinage avec le groupe OCDP. Ayant eu connaissance de mon périple, ils veulent m'interwiever. Ils ont trouvé une portugaise qui parle couramment le français, ayant vécu en France. Durant plus d'une heure je réponds à leurs questions et leur explique mes motivations.
De retour à l'hôtel, je dîne puis je me couche. Je suis crevé. Je dors comme une masse et ne me lève pas une fois. A 6h, je me réveille car le père m'a invité à me joindre à eux pour faire le chemin de croix. Le rendez-vous est à 6h30 à la chapelle des apparitions. Je ne comprends pas les textes ni les commentaires, mais je suis le groupe et prie avec eux. Cela fait bien longtemps que je n'en avais pas fait un.
Je rentre rapidement à l'hôtel pour déjeuner et à 9h je suis de nouveau à la chapelle des apparitions: il y a une messe en français. C'est une messe avec quatre évêques et de 30 à 50 prêtres. Cette messe est très belle, émouvante, surtout quand à la fin il y a le chant "J'irai te voir Marie": superbe, je me sens profondément touché, bouleversé... Je suis bien.
De retour à l'hôtel, je fais quelques courses et je recherche les horaires de train: c'est une vraie galère! Que ce soit à l'office du tourisme ou dans les agences de voyages, impossible de trouver les informations. Finalement, c'est sur internet que je trouve, mais péniblement et sans avoir de prix. Fatigué, je mange rapidement dans un petit restaurant, puis je vais faire une sieste. Je dors profondément et n'arrive pas à me lever pour aller à la procession du Saint Sacrement.
Je rejoins le sanctuaire à 16h30. Il y a déjà beaucoup de monde. Nous attendons la venue du Pape. Nous suivons ce qui se passe sur le terrain d'atterrissage grace à de grands écrans. Finalement, l'hélicoptère du Pape arrive, fait un survol de l'esplanade sous les ovations du peuple puis va se poser plus loin. Nous suivons toute son approche grace aux grands écrans. Quand il entre sur l'esplanade, c'est un accueil très chaleureux qu'il reçoit. Les acclamations et les chants superbes d'un choeur d'enfants repris par la foule montrent l'attachement des pélerins au successeur de Pierre. Le Pape se recueille devant la statue de Marie à la Capelinha puis ouvre officiellement les cérémonies. C'est encore très profond et émouvant, les participants sont attentifs et recueillis, les chants sont superbes.
En repartant, je croise deux pélerins de St Jacques que je repère à la calebasse accrochée au sac. Ce sont deux mexicains de Guadalajara: Javier et Estrella. Nous bavardons un moment ensemble.
Je retourne dîner et me reposer un moment à l'hôtel avant le chapelet de 21h30. Quand je reviens, l'esplanade est couverte de monde, c'est une mer d'étoile qui couvre l'esplanade. c'est magnifique et impressionnant. Il y a plus de monde que dans l'après-midi. c'est difficile de circuler. Le Pape lance le chapelet, il entame les prières en latin et l'assistance lui répond, chacun dans sa langue. Au Gloria tout le monde le chante en latin en levant son lumignon, puis des chants alternent avec les dizaines de chapelet. Chants superbes, repris en choeur par les portugais: un choeur de centaines de milliers de voix! La soirée est superbes, émouvante, profonde.
Suit ensuite la procession qui va conduire la statue de Marie de la capelinha (chapelle des apparitions) à l'autel extérieure au pied de la basilique, en vue de la messe internationnale. La procession commence par les drapeaux et bannières, multiples et innombrables suivies des nombreux évèques, plusieurs dizaines, puis les prêtres encore plus nombreux, plusieurs centaines. Enfin, suit le palanquin couvert de fleurs de la vierge Marie. Marie, petite et frêle comme une toute jeune fille, elle remonte et fend la foule au pas lent des porteurs. Elle semble si fragile et pourtant, elle est acclamée, chantée comme notre mère, notre reine. Marie, voit comme tes enfants t'aiment et t'acclament. Elle domine tout juste la foule et remonte ainsi toute l'esplanade, les chants sont splendides et repris par toute la foule immense, pieuse et en adoration. C'est profondément émouvant. On ne peut rester insensible à ce qui se passe. Ce fut une soirée profondément touchante.
Comme il est déjà minuit et que je suis allé à la messe le matin, je vais me coucher.
Je me lève à 6h et vais faire un tour à la chapelle des apparitions il y a déjà beaucoup de monde. Je suis impressionné par les pélerins portugais qui descendent toute l'esplanade sur les genoux pour aller prier à la capelinha. Certains souffrent manifestement mais poursuivent leur chemin. Je me recueille un moment et retourne à l'hotel pour déjeuner.
De retour à 10h pour la messe avec le Pape, l'esplanade est déjà noire de monde. Certains ont même dormi sur place. il est plus difficile de se déplacer que la veille. Encore une fois, la cérémonie est superbe et agrémentées de chants magnifiques. Au moment de la communion, de nombreuses ombrelles se sont dispersées le long de l'allée centrale avec le prêtre distribuant la communion. Je me suis donc peu à peu rapproché, mais à partir de la moitié du chemin, le déplacement se fait de plus en plus difficilement. Je vois les ombrelles partir une à une. Je me résouds donc à une communion d'intention, mais certaines reviennent et la distribution reprend. Certaines feront la navette plusieurs fois avec l'autel. J'avance peu à peu mais péniblement: 8m, 6m, 5,50m, 4m, 3m,.... le temps passe et je crois que je ne pourrai communier. Finallement j'arrive à me glisser vers un des derniers prêtres qui partage ses dernières hosties pour en donner un petit bout à chacun. Je suis privilégié et peut en recevoir une parcelle. La distribution de la communion a duré près d'une heure.
De retour à l'hôtel, je déjeune et libère ma chambre. Ayant quelques heures à attendre le car qui doit m'amener à la gare, j'en profite pour mettre à jour mon blog.
Ces quatre jours passés avec les pélerins portugais et le Pape ont été profondément marquants et touchants. Je suis heureux d'avoir pu y participer et venir déposer aux pieds de Marie toutes mes intentions en cette occasion unique et exceptionnelle. Je repars le coeur plein de joie et d'espérance en ayant hâte de retrouver Marie à Lourdes. Je viens de découvrir que ce sera le Pélérinage Militaire International. Encore un évènement marquant.

De Ponte de Lima a Coimbra

Toute la soiree et la nuit la pluie est tombee abondamment. Je suis pessimiste et m'equipe en consequence: le couvre-sac sur le sac a dos, le poncho et le pantalon de kawe accroches a la ceinture du sac. Je pars d'un bon pas, j'ai decide de rejoindre Bracelos a 35km et suivant l'heure essayer de prendre un train pour COIMBRA qui est a environ 80km de Fatima quitte a arriver vers 20h a Coimbra. Le chemin part plein ouest, ce qui m'etonne avant que je ne comprenne: on va changer de vallee. Depuis que je suis au Portugal, le balisage est parfait. Il n'y a aucun risque de se tromper, les fleches jaunes vers Santiago sont abondantes et les bleues vers Fatima le sont aussi: de plus, elles sont bien placees et quand il y a risque d'erreur, comme en France, les mauvaises directions sont barrees: cela change de l'Espagne ou c'etait tres aleatoire et succinct.
Le temps est bien couvert au debut, mais cela se degage peu a peu. Je traverse de jolis paysages verdoyants. Je croise tres peu de pelerins, moins que la veille. Finalement, avec mon rythme, j'arrive a Bracelos a 15h15. C'est une jolie petite ville au centre medieval. Je ne m'attarde pas et me dirige directement vers la gare pour savoir a quelle heure il y aurait un train pour Coimbra. Petit clin d'oeil du ciel et belle chance pour moi, il y a un train dans .... 2 minutes, juste le temps de prendre le billet et le train entre en gare. Je passe d'ailleurs sur les voies juste derriere le dernier wagon. A Porto, c'est pareil, le temps de changement de train est de quelques minutes.
J'arrive ainsi a Coimbra a 18h. La ville est en fete, beaucoup de jeunes en spencer, cape, tricorne, haut de forme et canne de couleur. Je traverse une partie des faubourgs pour rejoindre le centre et trouver l'officina de turismo. Les portugais que j'interrogent me comprennent mais ne parlent pas l'espagnol "ch'est donc diffichile de comprendre che qu'ils dijent en portouguech". Dans une caserne de pompiers, j'ai la chance d'en trouver un qui parle l'espagnol et qui m'indique ou est l'office de tourisme, que l'albergue de los peregrinos se trouve a l'auberge de jeunesse et qui m'explique aussi que ce week end est la fete annuelle des etudiants. Ce qui explique ces tenues qui semblent des uniformes. L'office de tourisme est malheureusement ferme. Je retourne vers le pompier pour qu'il m'indique le chemin de l'albergue quand j'avise une pancarte d'une petite pension. Je crains que l'auberge de jeunesse ne soit envahie par les etudiants. Coup de chance, la pension a une chambre de libre a prix tres correct et la chambre est confortable. Je ne vais donc pas plus loin. Le tôlier parle un peu le francais et me dit que j'ai de la chance car entre le pelerinage a Fatima et la fete des etudiants il n'y a plus une chambre de libre depuis trois jours. Il m'explique aussi que cette fete des etudiants dure tout le week end et que c'est leur carnaval avec chars etc...
Je vais diner dans un petit restaurant voisin puis comme d'hab fait douche et petite lessive. Je suis inquiet, avec les jeunes dans la rue, c'est tres bruyant. En fait, etant bien fatigue et les boules quies etant efficaces, je m'endors tres vite et profondemment. Le petit dejeuner n'etant servi qu'a 8h30, je me leve a 7h.

samedi 8 mai 2010

Sur le chemin de Fatima, de Santiago a Ponte de Lima

Le soir, apres avoir mis a jour mon blog, je suis alle au petit magasin alimentaire qui est installe dans le gite. Je fais quelques empletes dont de quoi me faire a diner. Pendant que je prepare mon repas, je vois arrive le couple que j'avais vu a Cezur Menor et revu quelques jours plus tard dans un autre gite. Nous dinons ensemble. Ils me racontent qu'ils ont fait une grosse etape aujourd'hui car ils doivent rentrer d'urgence chez eux pour un probleme de famille. Pendant que nous dinons, arrivent Felix et Pilar. Nous tombons dans les bras les uns des autres heureux de nous retrouver. Nous echangeons un moment en buvant un cafe puis nous allons nous coucher.
Ayant pris une chambre seul, je passe une excellente nuit. Au moment de partir, je traverse le dortoir ou dormaient Pilar et Felix, nous nous faisons nos adieux et echangeons nos adresses. Je prends le chemin de Fatima. La sortie de Santiago est longue et penible. Je perds rapidement le chemin et trace donc sur la route. Les explications qui m'ont ete donnees au bureau du tourisme sont tres succinctes. Au bout d'un moment je retrouve le chemin et tente de le suivre. En Espagne, suivre le chemin Portugais a l'envers est une vraie gageure. C'est deja mal fleche dans le sens Portugal - Santiago, mais dans le sens inverse, c'est pire. Quand on arrive a un carrefour on ne sait pas d'ou vient le chemin. Je vais soit au compas, soit tel un sioux je recherche les traces de chaussures et de pneus de velos, soit au pif en esperant ne pas m'etre trompe. Quand au bout d'un moment je revois de fleches jaunes je suis rassure. Mais il m'est arrive plusieurs fois de ne rien retrouver, alors je pars au compas ou suis la nationale jusqu'a l'etape suivante. Il m'est meme arrive de faire une boucle de 3km pour rien et de revenir presqu'au point de depart. C'est plutot rageant. Quand je suis sur le chemin, on traverse des campagnes superbes et les paysages sont magnifiques. Je fais une premiere etape a Calza de Reis, une ville thermale. Le gite est ferme pour travaux, je prends alors une chambre dans un hotel thermal. Le deuxieme soir, je m'arrete a Redondela une jolie ville moyennageuse dont le gite est en plein centre dans une ancienne maison bien restaure. Le gite est superbe et tout neuf. En discutant avec mon voisin de lit, j'apprends que le Pape sera a Fatima pour l'Ascension, le 13 mai qui est une date importante pour Fatima puisque c'est la date de la premiere apparition. Je decide donc de faire le necessaire pour y etre ce jour-la. Un couple Francais croise sur le chemin m'en donne la solution: l'entree et la sortie de Porto sont tres longues et penibles, ils ont pris le train pour l'eviter, je ferai de meme pour passer cette partie. Je vais donc voir comment decouper mon itineraire sachant que je fais en moyenne 40km par jour.
Le troisieme jour, je passe au Portugal par le pont International et passe une nuit au gite de Valenca. comme le gite n'ouvre qu'a 18h (heure portugaise = France -1h), je visite la citadelle qui domine la ville. A 18h, je me retrouve au gite pour apprendre qu'il est plein, reserve par un groupe de cyclistes. Je suis avec Brigitte, une allemande. Le responsable du gite nous donne cependant a chacun une chambre individuelle avec cabinet de toilette prive. Finallement ce n'est pas si mal. Comme pour entrer et sortir il faut une cle et qu'il n'y en a que deux, je fais la paire avec Brigitte. Nous allons faire nos courses ensemble a l'intermarche voisin, puis nous allons diner dans un bon petit restaurant. Comme Brigitte parle le francais, nos echanges sont interressants et sympathiques. Dommage que nous nous croisions.
Pendant la derniere journee en Espagne, il a plu le matin, mais l'apres-midi cela s'est degage. Le lendemain samedi, aujourd'hui, le temps est a la pluie toute la journee. Les regions traversees sont tres belles mais gachees par le temps. Brigitte m'avait conseille le gite de Ponte de Lima, je fais donc le necessaire et y arrive a 15h30. Mais le gite n'ouvre qu'a 18h. Je fais donc un petit tour dans la ville avec un russe en attendant l'ouverture. Le gite est tout neuf, tres propre. Mon souci est trouver le moyen de faire secher mon linge, tout est mouille et il n'y a pas de chauffage. Je ne fais donc pas de lessive. Je me cuche avec mon tee-shirt et mon slip humides, ils secheront sur moi dans mon duvet. Demain sera l'etape qui precedera Porto.

mardi 4 mai 2010

Leon a Compostelle, Fisterra et Muxia

Me voila reparti d'un bon pied et une bonne allure. J'ai retrouve toute ma forme et cela fait du bien. J'ai bien apprecie ces deux jours de repos a Leon. D'une part cela m'a bien repose, d'autre part, j'ai revu des pelerins que j'avais semes. Le premier jour de repos, je vois arriver Pilar et Felix que j'avais rencontres a Bercianos. Avec Pilar qui comprend le francais, comme elle me demande mes motivations, je lui raconte mon histoire. Je retrouve Albin et Moricio le deuxieme jour. Un diner en commun nous permet d'echanger plus profondemment. Le jour du depart je les retrouve sur la place du chateau St Marc et ne les reverrai plus ensuite. Sans forcer je prends un rythme de 5,5 km a l'heure, je me sens en bonne forme. Arrive a 12h15 a St Martin ou doivent s'arreter Albin et Moricio, je casse la croute et reprends la route. A 14h15 j'arrive a Hospital de Orbigo. J'hesite a m'arreter: le gite semble sympa, mais j'ai fait 33 km et je me sens en bonne forme et demain mon etape devrait etre de 38km plus accidentee. Je continue donc jusqu'a Santibanez. Le gite est tres rustique, voire sommaire: douches et wc dans la cour, chambres ressemblant a des chambres de caserne. Nous sommes peu nombreux (8) et l'hospitalier, Hercule, est tres sympa. De toute facon, je n'irais pas a l'etape suivante qui est assez loin. Hercule nous fait un excellent repas tres copieux. Comme il ne fait pas chaud, Hercule allume le poele de la salle commune. Le souci est toujours de faire secher le linge.
Le lendemain, depart avant le lever du soleil, la nature est tapie dans une petite brume legere qui s'etire en lambeaux et donne une touche poetique a la nature. Depuis Leon, le paysage est beaucoup plus beau et sympathique. On monte peu a peu sur le plateau et surprise! Au loin, j'appercois une grange avec comme un petit etal devant(?). C'est surprenant. Plus je m'approche, plus je me rends compte que c'en est un: offert aux pelerins qui peuvent laisser "a donativo" quelque chose, il y a du cafe chaud, des jus de fruits, des biscuits, des fruits, de la confiture, du lait, du lait de soja. Tres genereux, j'en suis heureux car je suis parti sans dejeuner, il n'y avait rien. Deja, la veille, a la sortie de Villadango, il y avait une table devant une maison avec des biscuits, des bonbons pour les pelerins. Ces gestes sont touchants et bien agreables.
Le paysage change peu a peu, on attaque les monts du Leon qui montent serieusement. Le paysage est de plus en plus beau, je prefere de loin a la Meseta. au passage je double Pilar et Felix qui sont heureux de me voir en bonne forme. Je traverse Astorga qui a une tres belle cathedrale. A 14h15, j'arrive a l'etape prevue de Rabanal. En forme, je decide de continuer. Si je peux arriver a Santiago le vendredi, je pourrai faire ma radio de controle sans etre bloque car le week end du 1 mai est ferie en Espagne. Finalement je continue jusqu'a Foncebadon un petit village de montagne. Le gite paroissial etant plein, je vais au gite prive tenu par Oscar qui nous fait un excellent diner. Comme nous sommes peu nombreux, c'est calme et la nuit paisible. La table est tres cosmopolite: Francais, Danois, Italien, Belge Flamand, Allemand.
Le depart du lendemain se fait dans la brume et le brouillard. Le passage a la Croix de fer est dans les nuages. Lors de la redescente sur Molinesca, de loin, je reconnais Bernard le luthier avec sa barbe blanche et ses sandales. Je ralentis pour bavarder un peu puis reprends mon rythme. A Ponferrada a 13h15, je vais dejeuner devant le chateau. C'est une jolie ville moyennageuse qui s'est tres etendue ces dernieres annees. Pour sortir de Ponferrada, je ne suis pas le camino qui fait des detours dans la ville neuve, mais je file tout droit sur 7km. J'ai prevu de m'arreter a Carcabellos, une jolie ville medievale, mais la gite qui est a la sortie de la ville est .... ferme! soit je reviens en arriere sur 1km pour un gite eventuel ou je continue 8km plus loin. En forme, je choisis la deuxieme solution et arrive a Villafranca au gite Ave Fenix. C'est un gros gite sympathique tenu par un homme tres type. Repas en commun apres un benedicite, meme si tu n'est pas croyant! Et attention au telephone qui sonne a ce moment, cesar rouspete! La soupe fourre-tout est bonne et tient bien au corps. Autour de moi c'est tres cosmopolite: Slovenie, Estonie, Bresil, Autriche, Allemagne. Tres sympa, mais il est bon de pratiquer un peu d'anglais quand meme. Comme nous ne sommes que trois dans mon dortoir, la nuit est reposante.
La journee suivante sera plus dure car il y a beaucoup de denivelees. J'irai jusqu'a Alto di Poio, un gite prive dans un bar sur un col. Nous ne sommes que quatre pelerins, mais l'ambiance n'est pas sympathique. L'un d'eux est un mauvais coucheur: il n'a pas apprecie que je ne lui prete pas tout de suite ma savonnette pour laver son linge alors que j'allais prendre ma douche. Quand a la fin de ma douche l'eau est devenue brutalement froide, je lui ai demande de prevenir l'hotesse: il m'a repondu "non". Bien l'esprit pelerin! Pour ne pas le revoir, le lendemain, j'ai encore trace. Je suis arrive a Ferreiras un gite dans un petit village. il ne restait pas beaucoup de place, mais j'ai pu avoir un lit. J'y ai fait la connaissance d'une coreenne charmante, un peu entreprenante, troublante, et qui m'a ensuite presente son mari. Il y a de plus en plus de monde sur le chemin, mais l'apres-midi cela s'eclaircit car beaucoup de gens s'arretent vers 13 ou 14h apres 15 ou 20 km. A Melide, le gite est installe dans des algeco dans un gymnase. Il y a beaucoup de monde. J'y fait la connaissance de Michel de Pau et de Rene. Le contact avec Michel est tres chaleureux. Quand je lui parle de mon retour, il me donne ses coordonnees pour m'accueillir chez lui si cela correspond a une etape. Alors que nous etions un peu critique sur le chemin espagnol, Rene est venu defendre les espagnol, emerveille par ce peuple croyant, etc... amusant!
Il a plu toute la nuit, mais au matin le temps est beau et frais. Les chemins sont souvent en sous-bois, ombrages et bordes d'eucalyptus odorants. J'aime bien la Galice. Les villages sont plus pauvres et ont moins de caractere que les autres regions traversees, mais les vallons et la nature sont plus beaux. Suivant les conseils de Michel de Lauzerte, j'arrive ainsi au village de vacances de Monte do Gozo, a 4 km de Santiago. C'est une grosse structure, mais les chambres ne sont que de huit. L'hospitalier nous conseille de ne pas manger a la cafeteria, tres cher mais dans un petit restaurant qui est tres copieux. Les parts sont pratiquement pour deux personnes. Je profite des installations de laverie pour faire une grosse lessive. Pendant que j'attends au bar la fin de ma lessive, je vois debarquer Rene qui fait le chemin tantot a pied tantot en bus. Nous bavardons un bon moment ensemble puis je vais manger.
Le lendemain matin, vendredi 30 avril, je me leve de bonne heure et part des 6h30. J'arrive sur le parvis de la cathedrale a 7h10. Il n'y a pratiquement personne. Je fais un premier tour de la cathedrale pour la visiter, et passer au tombeau de l'apotre. A 9h, le bureau des pelerins ouvre et je vais faire faire ma compostella. Ils tiquent et me disent que je n'ai pas respecte les regles. Vu que je faisais de grosses etapes, il aurait fallu que je fasse mettre deux tampons par jour sur ma credential. Il est vrai qu'ayant fait les 305km de Leon a Santiago en 7 jours, je n'ai pas beaucoup de tampon dans les 100 derniers kilometres. Mais finalement vu tous les autres tampons, ils acceptent de me faire le document (en latin). Je vais ensuite deposer mon sac a la consigne et je retourne a la cathedrale. La tout etant ouvert, je passe par la porte sainte, vais faire l'abrazzo a la statue de l'apotre qui domine l'autel, vais prier un moment dans la crypte devant le tombeau de St Jacques, puis je refais un tour de visite plus approfondi de la cathedrale. A midi, nous avons une tres belle messe des pelerins. La cathedrale est pleine y compris de touristes ce qui pose quelques problemes aux pretres lors de la communion. En effet certains viennent recevoir une hostie comme on va chercher un ticket, ils repartent avec l'hostie dans la main. Le pretre qui surveille chacun, l'interpelle et lui fait manger l'hostie tout de suite. A la fin de la messe nous avons la chance d'avoir la mise ne route du Fumero. 5 a 6 hommes sont necessaires pour le balancer.
Apres avoir dejeune dans un petit restaurant, je me dirige vers un centre de soin pour faire une radio de controle de mes poumons: Le voile de la pneumonie a disparu mais une tache est visible et inquiete le medecin. Il fait appeler une ambulance qui m'emmene a l'hopital voir un specialiste. La-bas, comme en France je dois attendre longtemps mon tour. Finallement une autre radio sous un autre angle fait apparaitre que la tache ne doit être qu'un reflet dû a une superposition de côtes. Je repars a 20h45 rassure, tout est rentre dans l'ordre. Un taxi me depose au gite des pelerins du petit seminaire, le plus pres de la cathedrale.
Apres une bonne nuit, je repars de bon matin pour rejoindre Fisterra. Ayant pris un bon rythme les jours precedents, j'envisage de le garder et de faire le trajet en deux jours au lieu de trois. Le chemin est varie et beau, les paysages agreables. Je vois tres peu de pelerins. Si beaucoup vont a Santiago, peu vont jusqu'a Fisterra. Le chemin est moins bien balise qu'avant Santiago, il y a moins de bars ou restaurants, moins de gites et moins de fontaines. Je fais etape dans un beau gite prive a mi-chemin, tenu par un bar. Le repas est excellent. C'est le lendemain que je vois apparaître la mer du sommet d'un dos d'âne du chemin. Quand j'arrive a Fisterra, je m'installe au gite municipale ou on me delivre le document de fin du chemin. Un Francais qui est arrive le matin me dit que son compagnon est alle jusqu'au phare et qu'il n'y a rien a voir, que cela ne presente aucun interet. Comme j'avais prevu d'y aller le lendemain matin, je m'en dispense. Le soir je m'offre un petit repas de fruits de mer bien frais. Pour plusieurs pelerins, c'est la fin, ils reprennent le car le lendemain pour rentrer chez eux. Certains sont tres emus.
Il pleut pendant la nuit et au matin juste avant de partir. Apres le petit dejeuner dans le bar, au moment de partir, la pluie cesse et je prends le chemin sous un ciel qui se degage. le paysage est la encore tres beau. On sent que l'on est pres de la mer, il y a beaucoup de vent et il ne fait pas tres chaud. J'arrive a Muxia vers 14h et ayant bien depasse l'albergue, je vais directement au sanctuaire qui est au bout du village. La basilique materialise le lieu ou aurait accoste la barque ramenant le corps de l'apôtre St Jacques apres son martyre. Elle est battue par les vents et par gros temps, les vagues passent par dessus les rochers et viennent s'ecraser sur le mur de la basilique. A l'arrivee au gite, je depose mes affaires, me change et vais manger car il est deja 15h et j'ai faim! Apres la douche et la lessive habituelles, je vais faire un tour vers la secherie de congres qui est assez speciale. Les congres sont ouverts et decoupes en filets pour faciliter le sechage. Puis je reviens au gite ecrire les quelques cartes postales que j'ai achetees. Pour diner, je vais dans un bar dont la patronne, Chelo est d'un temperament bon vivant et truculent.
Le lendemain 4 mai reveil 6h car le car passe a 7h30. Je le prends pour rentrer a Santiago. Arrive a 9h30, comme lors de mon premier passage, je fais le tour de la basilique avec les etapes traditionnelles, puis je vais faire quelques courses avant de revenir pour midi a la messe des pelerins. Aujourd'hui, elle est preside par l'eveque et comme la derniere fois, elle est superbe. Une religieuse a voix superbe anime les chants et chante l'office. A la fin de la messe, nous avons la chance d'avoir a nouveau la mise en oeuvre du Fumero. Apres un repas de pelerin dans un restaurant, je termine mes cartes et vais a la poste me soulager de mes radios que je trimbale depuis Leon. Un apres-midi tranquile a l'albergue me permet de mettre a jour mon blog.
Ici se termine la premiere partie de mon periple. Si je n'ai pas apprecie la Meseta, j'ai bien aime les monts du Leon et de la Galice. C'est beau et tres varie. J'ai eu l'occasion de faire quelques belles rencontres, mais c'est vrai que je n'ai pas pu vraiment les approfondir. C'est un choix: la plupart des gens ne font que 15,20 ou 30 km alors que moi j'en fais 30 a 50. A midi, j'en ai deja fait entre 20 et 25, je me vois mal m'arreter alors que je suis en bonne forme et trenailler toute l'apres-midi. C'est vrai que c'est a ces occasions que les contacts se font, mais comme je veux etre a Cotignac le premier week end de juillet apres etre passe a Fatima et Lourdes, il est certain qu'il y a des choix a faire.

jeudi 22 avril 2010

Burgos a Leon

Apres avoir vu le medecin et achete les medicaments prescrits, je reprends le chemin vers 10h. Vu l'heure, j'envisage de ne faire qu'une petite etape de 20 km. Au passage, dans une epicerie, j'ai achete une bouteille de boisson energetique que consommait l'un des espagnol de Villafranca: Aquarius. Peu a peu, je reprends le rythme. Dans les monts au-dessus de Hornillos ou j'ai l'intention de m'arreter, je recupere un espagnol qui a demarre a Burgos et qui a deja des ampoules et est fatigue. nous marchons de concert jusqu'a l'etape. Le gite est deja plein, il ne reste qu'une place. Je me sens mieux que le matin et l'etape suivante est a 11 km, je laisse donc la place a l'espagnol et repars. Le plateau est interminable et monotone. D'apres mon rythme, je devrais arriver a Hontanas, mais toujours cette platitude. Tout d'un coup une pancarte annonce: Hontanas 0.5 km .... En effet, le village est dans un creux et on ne l'appercoit qu'en tombant dessus. A l'auberge je retrouve Marc un Francais que j'avais rencontre quelques jours auparavent a Najera et Bernard un Luthier qui est a son troisieme chemin. La petite auberge ou nous sommes est bien sympathique.
Le lendemain 17 avril je decide de joindre Fromista car je veux aller dans une pharmacie. Le chemin est long et interminablement monotone. Decidement je regrette les chemins Francais. On fait peut-etre de plus petites moyennes mais c'est plus beau et varie. Cela plait a certains, pas a moi, cette platitude est d'une tristesse qui m'ennuie. En arrivant a Fromista, j'ai de la chance, bien que nous soyons samedi, la pharmacie est de garde. Je peux donc faire mes achats. Quand j'arrive au gite, il est 15h30. Douche puis lessive. Quand je veux aller manger, tout est ferme parce que c'est la fete au village. Je trouve bien un restaurant de luxe qui accepte de me faire a manger mais a des prix exorbitants. Au gite, le gerant accepte mais difficilement de me faire un bol d'eau chaude pour que je me fasse une soupe mais n'accepte pas que je me fasse des pates. Il faudra que j'attende 19h pour manger, c'est long! A 19h donc, dans le restaurant ou je m'arrete, je m'installe a une table ou il y a Colette, francaise, deux Hollandaises et un couple Sud africain: Le repas est tres sympathique. Colette partage mon sentiment sur le paysage et sur les frequentations du chemin, beaucoup de touristes. La nuit je tousse et crache beaucoup.
Les deux jours suivants seront pareils, longs et monotones avec des lignes droites interminables (17km). Le temps est tres variable: le dimanche la pluie et le soleil alternent en permanence et je n'arrete pas de mettre et d'enlever le poncho; le lundi, cela va mieux, il ne pleut pratiquement pas. Le poncho est pres mais je ne l'utilise pas. Au passage a Sahagun, je me soulage un peu en renvoyant mon duvet qui est trop chaud et que je n'utilise pas depuis plusieurs jours et d'une polaire. Je fais etape a Calzadilla de la Cueza (36km) et arrive a Bercianos le lundi soir (33 Km): C'est un gite paroissiale avec un accueil pelerin chretien. Je suis agreablement surpris et content les hotesses Rosa (Espagnole) et Carmen (Quebecoise) sont tres accueillantes et au petits soins pour les pelerins. Compte tenu de ma toux, elles m'installent dans une chambre seul au lieu du dortoir. Le repas se fait en commun et l'ambiance est chaleureuse et sympathique. Nous ne sommes qu'une quinzaine. Cela change des autres gites. Apres avoir assite au coucher du soleil et fait la vaisselle, nous avons un temps de priere ensemble. Cela me reconcilie un peu avec l'Espagne.
Au petit matin, je repars d'un bon pas. La boisson Aquarius me fait du bien et je prends un bon rythme. J'aimerais aller jusqu'a Leon pour revoir un medecin car apres cinq jours de traitement, je trouve que l'amelioration n'est pas significative. durant 35km je marche a 6km a l'heure. Cela va bien. A Villarente, l'etape que j'avais envisagee, je decide de continuer jusqu'a Leon car je me sens bien, mais je ralentis un peu. Finalement j'y arrive vers 17h apres 47km. Je suis accueilli a l'auberge du couvent des Benedictines. Quand je demande s'il est possible d'avoir une chambre seul (a cause de ma toux), les hospitaliers tres gentiment me donnent la seule qui est libre. Je suis bien installe avec cabinet de toilette prive. Apres la douche, je me rends au centre de soins ou je rencontre un medecin. Apres examen, il me fait faire une radio et identifie un voile au poumon: cela semble un debut de pneumonie. Il me prescrit des antibiotiques durant 10 jours et me dit de refaire une radio de controle dans 10 jours. Je comprends mieux ma fatigue generale. Quand je reviens au gite et que je donne le resultat de la visite, les hotes me proposent de prendre un ou deux jours de repos. Etant bien installe je reste donc deux jours. Cela me fait beaucoup de bien d'autant que lachant la pression, je me rends compte que je suis quand meme bien fatigue. Je passe donc ces deux jours a me reposer, visiter la cathedrale et l'eglise San Isidore qui est le panteon des rois d'Espagne. C'est magnifique. J'en profite pour regler des affaires personnelles et a mettre a jour mon blog. Les hospitalieres Madalena (Italienne) et Pilar (Espagnole) sont pleines de sollicitude a mon egard, cela change des accueils plus economiques des autres gites .
Ce que j'apprecie beaucoup dans ce gite, c'est que je retrouve un accueil chretien: le soir, a 21h30, il y a possibilite de participer aux complies avec les soeurs benedictines. Nous sommes accueillis par une religieuse qui donne des explications avant l'office et invite a la priere et la meditation par un petit discours sur le sens du chemin.
Je reprends donc le chemin demain 23/04. Je pense que ces deux jours de calme et de repos m'auront fait le plus grand bien. En principe, si je garde mon rythme, je devrais arriver a Santiago dans dix jours.

dimanche 11 avril 2010

St Jean Pied de Port a Burgos

Jeudi matin, reveil de bonne heure pour partir rapidement. La, cela change des jours precedents car on trouve beaucoup de monde sur le chemin. On attaque tres fort par un raidillon. Tres rapidement, le ciel se bouche et nous nous trouvons dans les nuages. Il ne fait pas tres froid, mais tout est bouche. Je ne vois meme pas la Vierge. Je double beaucoup de personnes et marche de concert avec un espagnol, mais par la suite, il me semera. le passage du col se fait dans le brouillard. A midi, j'avise une ancienne chapelle qui a ete transforme en gite. Il y a meme une cheminee avec un insert, et tout ce qu'il faut pour faire un feu: buches, petit bois, papier et briquet. J'ai failli mettre en route une flambee, mais comme je ne voulais pas rester longtemps, je ne le fais pas. La redescente sur Roncevaux est assez raide: Ayant mis six heures pour passer, j'arrive vers 13h a l'accueil pelerin puis au gite qui est situe dans l'ancien hopital des pelerins du moyen age. Il y a plus de 100 ou 150 lits alignes. Tout au long de l'apres-midi cela va se remplir. Apres ma douche et ma lessive quotidienne, je profite de mon temps libre pour aller visiter la basilique, superbe, le musee, le cloitre, et deux anciennes chapelles du moyen age. Entre temps, Christelle et Monica sont arrivees. On constate que l'allemand ronfleur est a deux lits d'elles! Apres le diner dans un des deux restaurants de Roncevaux, nous allons a la messe, en espagnol bien sur: Nous entendons la liste des differentes nationalites: les espagnols et les allemands sont les plus nombreux, mais tous les continents sont representes: Australie, Japon, Coree, tous les pays d'europe ou presque, USA, Canada, Chili, Argentine, mexique, etc....
Extinction des feux a 22h, la nuit est bercee par les ronfleurs qui se donnent parfois la repartie. Pour ma part je n'entends presque rien grace a mes boules quies.
Le lendemain, je me leve des 5h30 pour partir rapidement et fuir ce remue-menage qui me derange. Je demarre a 6h30 et espere prendre un petit dejeuner au village suivant. Il y a bien un bar d'ouvert mais pas de pain, rien a manger. Ce n'est que vers 9h30 que je trouverai quelque chose. A 12h15 j'arrive a l'etape que j'avais prevue. Rien n'est ouvert et je suis en pleine forme alors je continue. Un cycliste espagnol me double et nous faisons le point ensemble. Il va jusqu'a Pamplona. Quand j'arrive a l'etape suivante, Arre, avant Pamplona, il n'est que 15h30 et je me sens capable de continuer. Je continue ainsi jusqu'a Cezur Menor, apres Pamplona soit 55 km dans la journee. Au passage je visite un peu Pamplona car le chemin traverse la vielle ville. Je suis content d'arriver. Les trois jours suivants, c'est pareil, j'avance bien, le chemin n'est pas difficile, il est bien entretenu, c'est une veritable autoroute. Je fais donc etape a estella (42km), Viana (41km), et Najera (43km), mais depuis un ou deux jours je tousse un peu et les derniers kilometres sont un peu longs et difficiles a terminer. Je decide donc de ralentir un peu et pour l'etape suivante je m'offre un petit hotel a Castildelgado arrive vers 15h, je me couche et dors, mais je suis souvent reveille par ma toux. J'ai beaucoup avance parce que les chemins etant bons, ils sont faciles, cela me permet un peu de fuir la vague de touristes qui a pris le chemin, car je ne ressents pas la meme chose qu'en France. Aux gites, quand on discute, on sent que ce chemin n'a rien de spirituel pour beaucoup: je suis un peu decu des rencontres pour l'instant. Les gens sont sympas, mais il n'y a rien de profond. Alors j'avance. Au debut, les paysages sont interessants, mais rapidement on attaque les plaines interminables avec des lignes droites de 15 a 20 km. C'est triste et monotone, il n'y a presque rien a voir. Les premiers villages sont superbes avec de belles maisons assez riches, de belles eglises mais tout est ferme. Puis peu a peu cela devient desertique, des villages pauvres et fermes, des eglises toujours fermees. J'avance.
Apres ma nuit qui m'a fait du bien, je me sens quand meme fatigue. L'etape suivante est donc courte (24km). Je m'arrete au gite de Villafranca. Comme il est 13h, je demande aux trois espagnol qui sont la ou je peux acheter des provisions, ils me proposent de faire le repas, en echange j'achete une bouteille de vin. La halte fut sympa, les compagons sympas aussi, mais grands buveurs: 8 ou 10 bouteilles a 4. Au fur et a mesure, d'autres pelerins arrive. L'apres midi je me repose et soigne les ampoules (pas belles) d'un italien, d'un espagnol, d'une autrichienne....
Le lendemain je pousse jusqu'a Burgos 33km. La traversee de la zone industrielle ne m'interesse pas, je prends donc un bus, d'autant que je me sens fatigue. Le gite municipale est neuf et superbe. Je fais quelques courses pour diner et le petit dejeuner. Je passe une nuit a tousser et cracher.
Le lendemain matin 16/04, je vais voir un medecin qui diagnostique une bronchite et me prescrit des antibiotiques.

samedi 10 avril 2010

Condom - St Jean Pied de port

Le dimanche soir, j'appelle mon camarade de promotion et ami, Alain You qui est pere abbe de l'abbaye de Maylis pour lui demander si je peux venir et en particulier suivre le triduum Pascal. Il me reponds que l´'abbaye sera pleine, mais qu'il va voir comment faire. Le lendemain il me rappelle et me confirme qu'íl peut m'accueillir, mais que je serai loge dans la cloture avec les moines donc en silence. Pas de probleme pour moi bien sur, bien au contraire. Qu'y a-t-il de mieux que de celebrer la mort et la resurection du Christ dans un monastere. Par contre quand je lui annonce que j´arriverai jeudi soir, je comprends que c'est un peu genant avec le temps de silence, mais qu´il me consacrerait quand meme un peu de temps.
Le lendemain lundi, je prends la route sous un beau soleil et passe par Larressingle qui est un splendide petit village medieval. Je file ensuite vers Eauze ou je suis attendu par Pauline et Marcel. Mon passage leur a ete annonce par Isabelle qui a d'ailleurs demande a Pauline de me transmettre un message. En arrivant, je fais un crochet par le centre pour visiter la cathedrale et prendre l'adresse du gite a l'office du tourisme. Comme ils ont une soiree formation alpha, ils me proposent de me joindre a eux pour le diner et suivre la projection de la cassette. Ce que j'accepte, cela me donne l'occasion de rencontrer le tres sympathique cure qui est hollandais et quelques paroissiens tres accueillants.
Le lendemain par contre je repars sous un ciel bien charge et peu de temps apres, je suis oblige de mettre sur-pantalon et poncho. Comme les chemins sont peu praticables, je prends des petites routes. J'arrive trempe a Nogaro vers 13h. Je prends mon casse-croute dans un bar et quand je repars, le temps etant toujours a la pluie et au vent de travers, je prends le chemin le plus court: la nationale. Vais-je m'arreter dans le premier gite? Je passe dans le village vers 15h et j'avance bien: je continue donc tete baisse vers Aire sur Adour. J'y arrive vers 19h apres avoir fait 46km. Apres la douche et la lessive, je vais prendre un diner dans un petit restaurant qui est deja ferme mais qui m'ouvre quand meme quand elle apprend que je suis pelerin.
Il ne me reste que 42 km jusqu'a l'abbaye. Le lendemain je les parcours rapidement et arrive vers 16h30 a l'abbaye. Vers midi, j'avais appele Alain pour lui annoncer que j'avais gagne une journee. Il me recoit royalement car il me met a disposition la suite episcopale qui comprend une chambre, un bureau et un cabinet de toilette prive. Entre le mercredi soir et le jeudi, j'ai la possibilite de beneficier de deux entretiens bien profonds avec lui et d'une confession tres marquante. Par la suite, je peux suivre la plupart des offices et le triduum pascal. Ces ceremonies sont si belles et les moines chantent si bien que l'on ne voit pas le temps passer. Pourtant, les ceremonies du jeudi saint et du vendredi saint ont dure 2h30, la vigile pascale plus de 3h30 a partir de 22h45. Meme les enfants tres nombreux etaient pris par l'ambiance, ils etaient sages et recueillis, ne perdant pas une miette des evenements. Le pere abbe etait rayonnant au cours des offices. Ce sont les plus belles fetes pascales de ma vie. J'ai eu l'occasion de rencontrer quelques familles et de partager avec elles. Je garde un excellent souvenir de ces moments privilegies. Ils ont pourtant ete un peu perturbe au debut car le chicot de mon bridge commencait a me faire mal depuis deux jours. Alain a pris pour moi un rendez-vous chez le dentiste et m'a prete une voiture. Le jeudi soir, juste avant la ceremonie, je me suis fait arracher le chicot, une infection commencait dessous. Elle s'est par la suite transformee en sinusite.
Le lundi matin je prends conge des moines par une belle journee ensoleillee. Alain m'emmenne dans le clocher pour voir la vue. On a une vue splendide sur les pyrenees. Depuis Lectoure, je les vois de temps en temps, mais bien sur de plus en plus pres. Passant par Amou, j'avais l'intention de faire quelques courses pour mon casse-croute, mais j'avais oublie que le lundi de Paques c'est ferie: tout est ferme! Meme les bars et restaurants. Je me dis qu'il va me falloir mendier un bout de pain. Pas facile! Je me trouve toujours une excuse et j'arrive a la sortie du village sans rien. Je m'arrete devant la derniere maison pour boire un peu, comme je finis ma gourde, je suis alors interpelle par une dame qui me propose de me la remplir. J'en profite pour lui demander un bout de pain. Elle me donne gentiment un bon morceau de pain complet aux cereales, deux croissants et deux pommes. Mon Dieu qu'il etait bon ce dejeuner!
La route jusqu'a Orthez se passe bien et je suis accueilli au gite municipale par deux benevoles. Superbe gite dans un batiment ancien, bien equipe.
Le lendemain je reprends la route sous une journee pluvieuse et je trace jusqu'a St Palais. Je prends des raccourcis par rapport au GR car parfois il fait des detours. Le gite est tenu par deux benevoles belges tres sympathiques. Fatigue, je me fais un petit frichti a base de soupe et de pates de ma reserve. Bernadette, gentiment me donne deux saucisses et une tomate. Finalement c'est copieux.
Apres une bonne nuit de repos, je reprends la route sous la pluie. J'evite certains troncons du GR car trop boueux. Je me trouve meme devant un gue infranchissable car les eaux sont abondantes. A midi, je m'arrete dans un petit restaurant pour manger mon casse-croute et commande une bonne soupe bien copieuse et bien chaude. Apres le repas, je reprends la route mais je ne suis pas le GR car mon experience du gue, la pluie, les detours que fait le GR m'incitent a prendre au plus court. Je suis donc la grande route jusqu'a St jean Pied de Port ou j'arrive vers 17h. J'appelle un premier gite qui est malheureusement plein, mais l'hotesse me donne les coordonnees d'un autre gite accueil chretien. Mon interlocuteur me confirme qu'il peut m'accueillir. Je commence par passer a l'accueil pelerin, dans la citadelle ou on m'enregistre. Alors que jusque la je n'avais vu quasiment personne, la, je decouvre beaucoup de monde qui prend le chemin. Avant d'aller au gite, je fais quelques courses: paires de chaussettes car les miennes sont deja pas mal reprisees, embouts de batons car je suis bientot sur la ferraille, quelques courses alimentaires pour le lendemain, pharmacie pour mon hypertension.... Puis je rejoins le gite ou sept autres pelerins sont deja la, mais ils demarrent de St Jean Pied de Port. Apres un repas chaleureux avec les hotes et les pelerins, la nuit est un peu mouvementee car l'un des allemands ronfle comme une locomotive! Je sympathise avec deux jeunes femmes francaises qui vont faire le chemin par petits bouts.